Chine

Le menu d’un explorateur

Publié le Mis à jour le

edouard-blanc

Un voyageur, M. Edouard Blanc (1858-1923), est en train d’accomplir la traversée de l’Asie, de l’ouest à l’est. Il raconte, dans une lettre, qu’à son arrivée dans la ville chinoise Kachgar, il fut invité à un repas chez le gouverneur de cette ville. Le menu de ce repas, mérite d’être cité. 

Les ailerons de requins, les holothuries farcies de moelle, les crabes confits étaient assez médiocres. Le canard à la mode du Yunnan et les andouillettes de foie du même volatile étaient tout à fait supérieurs. En revanche les oeufs farcis d’une gelée parfumée et les racines de bambou marinées dans l’huile de ricin, qu’on mange à la fin du’repas, étaient détestables.  

Les queues de rats au sucre et les sangsues confites accompagnaient de très bonnes salamandres confites et farcies.

Voilà un repas qui n’est pas commun.

Publicités

Le théâtre en Chine

Publié le Mis à jour le

opera-pekin

Le goût des représentations scéniques est fort ancien en Chine, mais les théâtres chinois ne ressemblent pas aux nôtres.

Ce sont des constructions légères, faciles à démonter et à transporter, qui rappellent, d’autant mieux nos cafés-concerts, que le public y est groupé autour de petites tables chargées de consommations. La mise en scène est des plus simples et toute conventionnelle. Ainsi un personnage qui fera le geste de monter à cheval sera, pendant tout l’acte, considéré comme étant à cheval. 

Dans ces théâtres, on donne des tragédies interminables, qui ont le plus souvent pour sujet, des épisodes de l’histoire nationale. Notre goût européen ne supporterait, pas leurs péripéties terrifiantes. 

D’autres pièces tiennent de la féerie et font apparaître les divinités des cerisiers et des pêchers et d’autres génies imaginaires. Tout devient animé et parle : les animaux, les objets domestiques, jusqu’aux plats de porcelaine qui dénoncent les traîtres. On y voit des hommes qui se réveillent d’un sommeil de cent ans, des sorciers d’un grotesque achevé, en un mot, tout ce que la fantaisie peut inventer. 

D’un naturel observateur et fin, les Chinois se sont exercés également dans la comédie, mais leurs moeurs diffèrent tant des nôtres, que nous ne comprendrions pas toujours le comique de ces pièces. Par contre, des situations que leur théâtre prend au sérieux nous sembleraient bizarres et presque comiques. 

Dans une de leurs comédies, par exemple, un jeune homme ayant commis une faute grave, est amené devant le mandarin chargé de le juger. Au lieu de prononcer la sentence contre le coupable, le mandarin fait, appeler le tuteur du délinquant et condamne cet homme respectable à recevoir les coups de bâton que son pupille a mérités. 

Ce jugement paraît juste en Chine, où l’on punit la faiblesse des parents qui ont mal élevé leurs enfants. En Europe, il paraîtrait choquant. 

Après s’être cloîtrée chez elle pendant, des siècles, la Chine de nos jours est ouverte aux étrangers, et elle envoie en Europe des colonies d’étudiants, qui, une fois rentrés dans leur pays natal, y rapporteront le fruit de leurs études en tout genre. Alors sans doute, l’ancien théâtre chinois sera renouvelé. 

« Le Petit Français. » Paris, 1890.
Photo : http://www.voyages-chine.com/opera-de-pekin-attraction-pekin.html

Superstitions

Publié le

inondation

Les anciens attachaient des idées superstitieuses à l’intempérie des saisons. Ainsi, les Hérules massacraient leur roi quand des pluies détruisaient les biens de la terre.

« Six choses, disent les anciennes lois d’Irlande, témoignent de l’indignité d’un roi : opposition illégale dans le conseil, infraction aux lois, disette, stérilité des vaches, pourriture du fruit, pourriture du grain mis en terre. Ce sont là six flambeaux allumés pour faire voir le mauvais gouvernement d’un roi. » 

L’historien espagnol Antonio de Solís y Ribadeneyra raconte que lorsque l’empereur du Mexique montait sur son trône, on lui faisait jurer que, pendant son règne, les pluies auraient lieu suivant les saisons, qu’il n’y aurait ni débordement des eaux, ni stérilité de la terre, ni maligne influence du soleil.

En Chine, c’est aussi une maxime reçue que, si l’année est bonne, c’est que l’empereur est béni du ciel, et ses sujets lui en tiennent compte. Mais il court grand risque d’être détrôné s’il survient quelque tremblement de terre ou une suite d’inondations ou d’incendies, car alors on croit, voir un arrêt du ciel dans ces désastres.

« L’Impartial. » Djidjelli, 1931.

Choix chinois

Publié le Mis à jour le

guangxu

On décapite ferme en Chine !

Plusieurs officiers de marine convaincus d’avoir « lâché le pont » devant les Japonais sont condamnés à des peines variées, telles que empoisonnement, suicide, strangulation, décapitation, dont le choix leur est généreusement laissé.

Comme il n’est question que de leur mort, là dedans, le choix importe peu. Néanmoins il paraît que c’est la décapitation qui est le plus  « recherché » des modes proposés. Il parait de plus que toutes les condamnations capitales doivent être sanctionnées par l’Empereur, qui, avant de les examiner, jeûne pendant trois jours.

A en juger par la situation, il est à peu près probable que le malheureux Fils du Ciel ne pourra pas manger avant l’année prochaine.

« Le Journal amusant. »  Paris, 1894.

L’empereur de Chine en balade

Publié le Mis à jour le

empereur-chine

On n’est pas Fils du Ciel pour cheminer sur la terre comme un simple mortel. Voici comment l’empereur de Chine se promène, notamment quand il va visiter, comme, il l’a fait dernièrement, les tombeaux de son impériale famille.

Le Fils du Ciel a fait le voyage dans un palanquin à seize porteurs. (Qu’est-ce que le vulgaire attelage à six ou à huit… chevaux des monarques européens auprès de cela !) Parmi les nombreux personnages de la suite, on remarquait les présidents des treize ministères, qui seuls étaient autorisés à se servir de chaises à porteurs. L’escorte particulière de l’empereur se composait de cinquante cavaliers. En sortant du palais, le cortège s’engagea sur une route nivelée pour la circonstance avec un soin admirable.

Selon le cérémonial en usage en Chine, défense avait été faite à la population de paraître dans les rues au moment du passage de l’empereur. Mais les humbles sujets avaient percé des petits trous dans les murs de leurs maisons, afin de pouvoir contempler les traits du Fils du Ciel et de l’impératrice régente.

Lorsque l’immense procession arriva dans la campagne, la consigne devint moins sévère : on permit aux paysans d’assister au passage du cortège, mais tous devaient s’agenouiller a une vingtaine de mètres de l’empereur.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1885. 

La fin des supplices en Chine

Publié le

muraille-chine

Un décret de l’empereur vient d’abolir le lingchi ( 凌遲 ), c’est-à-dire l’exécution des méchants avec découpage du corps en dix mille morceaux, décapitation du cadavre, et exposition de leur tête.

Désormais, on continuera bien d’exécuter les criminels, mais on se contentera de les pendre.

« Journal Français. »  Paris, 1905.

 

Apothéose des tripes à la mode de Caen

Publié le Mis à jour le

repas

Les tripes ! Grande invention, qui a plus fait, pour la gloire de la ville de Caen, que tous ses hommes de lettres et ses savants. Que de gens ignorent l’œuvre de Malherbe; on sait bien que Malherbe vint… mais beaucoup ne se sont jamais enquis de ce qu’il est venu faire. Et Auber ! combien de ses admirateurs fervents ne se doutent guère qu’il est né à Caen !

Les tripes, au contraire, elles sont toujours et forcément de Caen, partout, dans tous les pays de la terre, où l’on mange avec des fourchettes. A Calcutta, à Shang-Haï, vous trouvez des écriteaux annonçant qu’on peut se procurer des tripes à la mode de Caen, et je gage qu’au Tonkin, la première création de nos colons sera la fondation d’un restaurant où l’on mangera des tripes, les dimanches !

Donc, en l’honneur des tripes, festoyons; faisons défiler les marmites immenses et les bouteilles innombrables; que les plus convaincus renoncent au Saint-Emilion et au Champagne, pour se consacrer au jus de la pomme; buvons à la prospérité de la Normandie, intimement unie, sous le drapeau de la POMME-A-CIDRE, d’une part à la Picardie et à la Bretagne, d’autre part aux nombreuses colonies des Amis du cidre dans les quatre coins de l’univers !!!

Oui, tripes, poursuivez votre marche triomphale; allez, vous aussi, en voiture; circulez noblement dans les rues de Paris, en exhibant aux passants vos enseignes alléchantes. N’êtes-vous pas le véritable plat national de la France ? Qu’on nous cite donc un mets qui ait pris une extension aussi considérable, aussi universelle ! Est-ce la bouillabaisse de la Provence ? est-ce la gachure du Languedoc ? la galette de sarrazin, les rillettes de Tours, les madeleines de Commercy, ou les pâtés d’Arras ? Puériles concurrences…

Au contraire, les tripes ont envahi Paris et rayonné sur la France; elles ont débordé sur l’étranger et forcé même les murailles de la Chine !

Venez donc, pommiers grands et petits, avec respect et appétit, rendre hommage à ce mets étonnant, qui a fait le tour du monde et unifié les règles de la gastronomie internationale.

 E. Chesnel. « La Pomme et les pommiers. » Société littéraire et artistique de la Pomme… entre Bretons et Normands, Paris, 1884.