Chine

Hôtelier avant tout

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chineLors du dernier tremblement de terre qui fit, en Chine, dans la région de Kan-Sou, plus de 200.000 victimes en quelques secondes, deux voyageurs chinois avaient loué, dans une auberge en bordure d’une route mandarine, une chambre pour la nuit.

A peine s’étaient-ils endormis que le tremblement de terre détruisait la plupart des maisons voisines et les étages supérieurs de l’auberge. Trois jours plus tard, l ‘aubergiste, qui avait survécu, se souvint de ses deux voyageurs. Des sauveteurs se mirent à l’œuvre et, après six heures de travail, atteignirent l’entrée de la chambre souterraine dont le plafond et les murailles avaient supporté, sans céder, les formidables secousses. 

Les deux voyageurs chinois s’y trouvaient, indemnes… Ils ne savaient rien de ce qui s’était passé ! Plongés dans les ténèbres, ils trouvaient seulement la nuit un peu longue. 

On s’empressa de les délivrer. Mais alors survint l’aubergiste qui entendit leur faire payer le prix de la chambre pour trois nuits ! Un fonctionnaire chinois et des missionnaires américains essayèrent bien de lui démontrer qu’en pareille circonstance il pouvait se montrer plus coulant. Rien n’y fit ! L’hôtelier exigea et finit par obtenir pour sa chambre une somme correspondant à trois nuits de location. 

Les deux voyageurs chinois s’estimèrent d’ailleurs heureux d’en être quittes à si bon compte.

« L’Éclaireur du dimanche. » Nice, 1923.

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Histoires d’Anthropophages 

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pique-nique

Deux décrets rendus ces jours derniers par le Ministre des Colonies ont pour but d’extirper complètement de nos possessions africaines les pratiques de l’anthropophagie. 

Car il paraît que ces mœurs abominables existent encore chez certaines peuplades dans le Haut-Congo et dans le Cameroun. Or, au temps jadis, elles étaient répandues, non seulement en Afrique, mais aussi dans un grand nombre d’îles océaniennes, et même en Extrême-Orient. Dans l’Inde, il y avait des peuplades qui mangeaient le foie de leurs ennemis tués à la guerre. En Chine, pendant la longue guerre civile des Taï-pings, on constata maints faits de cannibalisme. Un marchand anglais de Changhaï raconta qu’il vit un jour un de ses domestiques apporter le cœur d’un rebelle et le manger pour se donner du courage. 

Cette croyance qui consiste à manger le cœur ou l’œil de son ennemi pour s’approprier ses qualités, sa force, son courage, se retrouve chez beaucoup de peuples primitifs. Ainsi faisaient les Hurons, les Iroquois et les Caraïbes, avant la conquête yankee, c’est-à-dire au temps où il y avait encore des Hurons, des Iroquois et des Caraïbes. 

Les Polynésiens, à l’époque où les premiers explorateurs européens visitèrent leur îles, avaient ces mêmes traditions d’anthropophagie. Ils croyaient qu’il fallait surtout manger l’œil gauche de l’ennemi vaincu, non point que ce fût le morceau le plus fin, mais parce  que là résidait l’âme du défunt, et qu’en absorbant cette âme, on doublait son être. Leur anthropophagie, cependant, n’était pas uniquement mystique : il y entrait aussi quelque gourmandise. Un chef mélanésien, d’ailleurs très doux et qui avait accueilli les Européens avec beaucoup d’affabilité, disait au voyageur Earle pour l’engager à goûter à la chair humaine, que cela était « tendre comme du papier ». 

Il paraît cependant que tous les plats humains ne sont pas également bons. Le docteur Clavel, qui explora les îles Marquises, en 1884, rapporte ceci : 

« J’ai connu, dit-il, un chef de Hatihéu qui avait mangé sa belle-mère…« 

Et il ajoute : 

« Comme je lui demandais s’il avait trouvé cela bon, il fit un geste de répugnance… » 

L’anthropophagie était en usage à peu près partout en Océanie chez les Papouas, chez les Néo-Calédoniens, aux Nouvelles-Hébrides. Mais la terre classique du cannibalisme c’était l’archipel de Viti. 

John-Denis Macdonald, qui explora ces îles, il y a un demi-siècle, raconte que les naturels et surtout les hommes des castes élevées, les chefs, se nourrissaient presque uniquement de viande humaine et se faisaient gloire de montrer, dans ces horribles festins, d’insatiables appétits. Un missionnaire rapporte à ce sujet le fait suivant : 

« Parmi les chefs les plus renommés pour leur anthropophagie, Ra-Undreundu fut le plus fameux de tous sans contredit. Il était un sujet d’étonnement et d’horreur pour les Vitiens eux-mêmes… Ra-Vatu, le fils de ce cannibale, se promenant un jour au milieu de  ses domaines héréditaires avec le missionnaire que l’avait converti au christianisme, montra à son compagnon des rangées de pierres placées là pour indiquer le nombre de corps humains que Ra-Undreundu avait dévorés. On eut la curiosité de les compter, et il s’en trouva huit cent vingt-deux. Ra-Vatu affirma que son père avait seul mangé tous ces corps, sans jamais admettre aucun convive à ses affreux festins…« 

Gargantua n’était en vérité qu’un petit mangeur auprès de ce cannibale polynésien. 

S’il fallait tracer l’histoire du cannibalisme en Afrique, nous n’en finirions pas. La plupart des explorateurs ont rapporté là-dessus des détails horribles. Le docteur Schweinfürt a vu chez les Niams-Niams cet épouvantable tableau : 

« Sous un éblouissant soleil de midi, dit-il, entre deux cabanes dont les portes étaient ouvertes, en face l’une de l’autre, un enfant nouveau-né et mourant gisait sur une natte. A la porte de  l’une des cabanes, un homme jouait tranquillement de la mandoline; à l’autre porte, une vieille femme, au milieu d’un groupe de jeunes garçons et de jeunes filles, coupait et préparait des gourdes pour le souper. Une chaudière, pleine d’eau  bouillante, était toute prête : on n’attendait que la mort de l ‘enfant, dont le cadavre devait servir au plat principal... » 

Depuis l’époque où l’explorateur allemand parcourut l’Afrique, il est vrai que la civilisation européenne a pénétré jusqu’au cœur du continent noir. Les pratiques  barbares reculent et s’effacent peu à peu devant elle, et le jour est prochain, sans doute, où l’anthropophagie, si elle n’a point disparu complètement, n’existera plus qu’à l état d’exception et comme le souvenir d’un horrible passé. 

Or, voici qui est singulier : C’est à l’heure où ces mœurs horribles disparaissent que la science semble les justifier. Je m’explique :

D’après une théorie de deux savants allemands, MM. E. Fischer et Abderhalden, théorie basée sur de nombreuses expériences, il est admis aujourd’hui par la physiologie que la chair qui est le plus complètement assimilée par un animal carnivore n’est autre que la chair des animaux de même espèce. Il est prouvé que, dans ces conditions, la digestion s’accomplit le plus rapidement et avec le minimum de déchets. Des savants français ont fait à ce sujet des expériences qui confirment la théorie des savants allemands. Ils ont  pris des grenouilles, ont nourri les unes avec du veau et les autres avec de la chair de grenouille, et ils ont constaté que dans un même temps, ce sont ces dernières qui ont augmenté de poids. Et pourtant nul n’ignore que la chair de la grenouille contient moins d’albumine que celle du veau. Ils ont donc conclu à la justesse de cette théorie. 

En conséquence de ces constatations physiologiques, la chair de l’homme doit être pour l’homme celle qui se digère le plus facilement, celle qui, pour employer une expression populaire qui traduit bien la pensée « profite » le plus. C’est la chair la mieux adaptée, la mieux assimilée parce que c’est celle qui fournit les éléments les plus semblables à ceux des tissus. 

Et voilà comment, à l’heure où la civilisation supprime l’anthropophagie, la science physiologique la justifie et en fait, en quelque sorte, l’apologie. 

Jean Lecoq. 1923.

Le menu d’un explorateur

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edouard-blanc

Un voyageur, M. Edouard Blanc (1858-1923), est en train d’accomplir la traversée de l’Asie, de l’ouest à l’est. Il raconte, dans une lettre, qu’à son arrivée dans la ville chinoise Kachgar, il fut invité à un repas chez le gouverneur de cette ville. Le menu de ce repas, mérite d’être cité. 

Les ailerons de requins, les holothuries farcies de moelle, les crabes confits étaient assez médiocres. Le canard à la mode du Yunnan et les andouillettes de foie du même volatile étaient tout à fait supérieurs. En revanche les oeufs farcis d’une gelée parfumée et les racines de bambou marinées dans l’huile de ricin, qu’on mange à la fin du’repas, étaient détestables.  

Les queues de rats au sucre et les sangsues confites accompagnaient de très bonnes salamandres confites et farcies.

Voilà un repas qui n’est pas commun.

Le théâtre en Chine

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opera-pekin

Le goût des représentations scéniques est fort ancien en Chine, mais les théâtres chinois ne ressemblent pas aux nôtres.

Ce sont des constructions légères, faciles à démonter et à transporter, qui rappellent, d’autant mieux nos cafés-concerts, que le public y est groupé autour de petites tables chargées de consommations. La mise en scène est des plus simples et toute conventionnelle. Ainsi un personnage qui fera le geste de monter à cheval sera, pendant tout l’acte, considéré comme étant à cheval. 

Dans ces théâtres, on donne des tragédies interminables, qui ont le plus souvent pour sujet, des épisodes de l’histoire nationale. Notre goût européen ne supporterait, pas leurs péripéties terrifiantes. 

D’autres pièces tiennent de la féerie et font apparaître les divinités des cerisiers et des pêchers et d’autres génies imaginaires. Tout devient animé et parle : les animaux, les objets domestiques, jusqu’aux plats de porcelaine qui dénoncent les traîtres. On y voit des hommes qui se réveillent d’un sommeil de cent ans, des sorciers d’un grotesque achevé, en un mot, tout ce que la fantaisie peut inventer. 

D’un naturel observateur et fin, les Chinois se sont exercés également dans la comédie, mais leurs moeurs diffèrent tant des nôtres, que nous ne comprendrions pas toujours le comique de ces pièces. Par contre, des situations que leur théâtre prend au sérieux nous sembleraient bizarres et presque comiques. 

Dans une de leurs comédies, par exemple, un jeune homme ayant commis une faute grave, est amené devant le mandarin chargé de le juger. Au lieu de prononcer la sentence contre le coupable, le mandarin fait, appeler le tuteur du délinquant et condamne cet homme respectable à recevoir les coups de bâton que son pupille a mérités. 

Ce jugement paraît juste en Chine, où l’on punit la faiblesse des parents qui ont mal élevé leurs enfants. En Europe, il paraîtrait choquant. 

Après s’être cloîtrée chez elle pendant, des siècles, la Chine de nos jours est ouverte aux étrangers, et elle envoie en Europe des colonies d’étudiants, qui, une fois rentrés dans leur pays natal, y rapporteront le fruit de leurs études en tout genre. Alors sans doute, l’ancien théâtre chinois sera renouvelé. 

« Le Petit Français. » Paris, 1890.
Photo : http://www.voyages-chine.com/opera-de-pekin-attraction-pekin.html

Superstitions

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inondation

Les anciens attachaient des idées superstitieuses à l’intempérie des saisons. Ainsi, les Hérules massacraient leur roi quand des pluies détruisaient les biens de la terre.

« Six choses, disent les anciennes lois d’Irlande, témoignent de l’indignité d’un roi : opposition illégale dans le conseil, infraction aux lois, disette, stérilité des vaches, pourriture du fruit, pourriture du grain mis en terre. Ce sont là six flambeaux allumés pour faire voir le mauvais gouvernement d’un roi. » 

L’historien espagnol Antonio de Solís y Ribadeneyra raconte que lorsque l’empereur du Mexique montait sur son trône, on lui faisait jurer que, pendant son règne, les pluies auraient lieu suivant les saisons, qu’il n’y aurait ni débordement des eaux, ni stérilité de la terre, ni maligne influence du soleil.

En Chine, c’est aussi une maxime reçue que, si l’année est bonne, c’est que l’empereur est béni du ciel, et ses sujets lui en tiennent compte. Mais il court grand risque d’être détrôné s’il survient quelque tremblement de terre ou une suite d’inondations ou d’incendies, car alors on croit, voir un arrêt du ciel dans ces désastres.

« L’Impartial. » Djidjelli, 1931.

Choix chinois

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guangxu

On décapite ferme en Chine !

Plusieurs officiers de marine convaincus d’avoir « lâché le pont » devant les Japonais sont condamnés à des peines variées, telles que empoisonnement, suicide, strangulation, décapitation, dont le choix leur est généreusement laissé.

Comme il n’est question que de leur mort, là dedans, le choix importe peu. Néanmoins il paraît que c’est la décapitation qui est le plus  « recherché » des modes proposés. Il parait de plus que toutes les condamnations capitales doivent être sanctionnées par l’Empereur, qui, avant de les examiner, jeûne pendant trois jours.

A en juger par la situation, il est à peu près probable que le malheureux Fils du Ciel ne pourra pas manger avant l’année prochaine.

« Le Journal amusant. »  Paris, 1894.

L’empereur de Chine en balade

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On n’est pas Fils du Ciel pour cheminer sur la terre comme un simple mortel. Voici comment l’empereur de Chine se promène, notamment quand il va visiter, comme, il l’a fait dernièrement, les tombeaux de son impériale famille.

Le Fils du Ciel a fait le voyage dans un palanquin à seize porteurs. (Qu’est-ce que le vulgaire attelage à six ou à huit… chevaux des monarques européens auprès de cela !) Parmi les nombreux personnages de la suite, on remarquait les présidents des treize ministères, qui seuls étaient autorisés à se servir de chaises à porteurs. L’escorte particulière de l’empereur se composait de cinquante cavaliers. En sortant du palais, le cortège s’engagea sur une route nivelée pour la circonstance avec un soin admirable.

Selon le cérémonial en usage en Chine, défense avait été faite à la population de paraître dans les rues au moment du passage de l’empereur. Mais les humbles sujets avaient percé des petits trous dans les murs de leurs maisons, afin de pouvoir contempler les traits du Fils du Ciel et de l’impératrice régente.

Lorsque l’immense procession arriva dans la campagne, la consigne devint moins sévère : on permit aux paysans d’assister au passage du cortège, mais tous devaient s’agenouiller a une vingtaine de mètres de l’empereur.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1885.