chinois

Mœurs chinoises

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chinoisQuand un enfant est âgé de quatre semaines, on lui rase la tête et on lui donne son premier nom.

Ce nom n’est à la vérité qu’un numéro d’ordre : a yan, numéro un; a sans, numéro deux; aluk, numéro trois. A six ans, on lui donne un second nom, représentatif d’une qualité : Ecriture élégante, Encre parfaite, ou plus général : Mérite naissant, Olive qui va mûrir.

A son mariage, le Chinois reçoit un troisième nom, un quatrième s’il devient fonctionnaire, un cinquième s’il se fait commerçant, et en fin un sixième… à sa mort !

Les femmes n’ont pas droit à autant de noms. Jeunes filles, elles se nomment : Petite sœur, Pierre précieuse. Devenues femmes : Fleur de jasmin, Lune argentée, parfum suave.

Ces noms, dont on ne saurait nier la grâce, sont d’ailleurs la seule galanterie des Chinois envers le sexe féminin. Quand il leur naît une fille, ils annoncent à leurs amis qu’il leur est tombé une tuile.

« Nos lectures. » Paris, 1908.

Suicide doré

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Les Chinois avaient une manière somptueuse de se tuer : ils avalaient de l’or !

Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, de la poudre d’or ou de l’or en feuille auxquels ont recours les riches Célestes las de la vie, mais bien à un morceau d’or d’une certaine dimension. 

Quand l’or arrive dans le ventre, son poids spécifique l’empêche de remonter les circonvolutions de l’intestin et, au bout de quelques jours, il amène la mort.

Une mort très douce, assure-t-on, au pays du Céleste Empire. 

La licorne

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licorne-femmeLa licorne a passé pendant longtemps pour un animal fabuleux, bien à tort puisqu’elle existe au Thibet*. On en trouve beaucoup dans le voisinage d’un grand lac situé non loin  de la petite ville d’Atdza, et les habitants de ce pays n’attachent pas plus d’importance à cet animal qu’aux autres, ne se doutant nullement que son existence a été le sujet de bien des controverses. Voici les détails qu’a donnés sur la licorne M. Klaproth, un célèbre orientaliste anglais :

La licorne du Thibet  s’appelle, dans la langue du pays, séroum, tou-kio-cheou en chinois et keré en mongol. La licorne se trouve mentionnée pour la première fois chez les Chinois dans un ouvrage qui traite de l’histoire des premiers siècles de notre ère. Il y est dit que le cheval sauvage, l’argali et le kiotouam sont des animaux étrangers à la Chine, qu’ils vivent dans la Tartarie, et qu’on se servait des cornes du dernier pour faire des arcs qu’on nommait arcs de licorne

Les historiens chinois, mahométans et mongols parlent tous de la tradition suivante : En 1224, Tchinggiskhan se préparait à aller attaquer l’Indoustan. Ayant soumis le Thibet, il se mit marche pour entrer dans l’Enedkek (l’Inde). Comme il gravissait le mont Djadanaring, il vit venir à sa rencontre une bête fauve de l’espèce appelée sérou, qui n’a qu’une corne sur le sommet de la tête. Cette bête se mit trois fois à genoux devant lui comme pour témoigner de son respect. Tout le monde fut étonné de cet événement et le monarque s’écria :

« L’empire de l’Indoustan est, à ce qu’on assure, le pays où naquirent les majestueux Bouddhas et Baddhisatvas ainsi que le puissant Bogdas ou prince de l’antiquité. Que peut donc signifier que cette bête privée de la parole me salue comme un homme ? »

Cela dit, il rebroussa chemin et retourna dans sa patrie. L’Indoustan fut sauvé par une licorne. Ce fait, pour être fabuleux, ne démontre pas moins l’existence d’un animal à une seule corne dans les hautes montagnes du Thibet. 

Il y a dans ce pays des endroits qui tirent leur nom du grand nombre de licornes qui y vivent par troupeaux, tel que le canton de Sérou-dziong, c’est à-dire village de la rive des licornes, il est situé dans la partie orientale de la province de Kham et tout près des frontières de la Chine. licorneLes licornes hantent de préférence les pays qui ont des lacs salins, elles lèchent le sel qui est déposé sur les terres environnantes, elles ont une forme gracieuse qui rappelle celle de l’antilope, elles ont de grands yeux expressifs et fort beaux, elles sont d’une couleur rougeâtre à la partie supérieure du corps et blanche dans les parties inférieures, elles sont très farouches dans l’état sauvage. Il est impossible de les approcher, car elles s’enfuient au moindre bruit. Attaquées, elles font face à l’ennemi et elles résistent courageusement. Blessées, elles poussent des cris qui se rapprochent des cris humains. 

Le mâle et la femelle ont la même apparence. 

Les caractères distinctifs de la licorne sont d’abord une corne noire longue et pointue, ayant trois légères courbures avec des anneaux circulaires vers la base, ils sont plus saillants sur le devant que sur le derrière de la corne qui a généralement cinquante centimètres de longueur et dix centimètres de circonférence. 

Second signe distinctif, la licorne a deux touffes de crins qui sortent du côté extérieur de chaque narine. Beaucoup de soie autour du nez et de la bouche. Son poil très dur est creux comme celui de tous les animaux qui habitent le nord de l’Himalaya, il a environ cinq centimètres de longueur, il est si touffu qu’il fait l’effet au toucher d’une masse solide. En dessous de ce rude poil, la licorne a sur le corps un duvet fin, doux. Ceci est un trait distinctif propre à tous les quadrupèdes qui vivent dans les régions des monts Himalaya, et les fameuses chèvres dites kachemir le possèdent aussi, et c’est avec ce duvet  qu’on fait les châles cachemir. 

Il est probable que l’antilope-licorne du Thibet est l’oryx capra des anciens, elle se trouve aussi dans les déserts de la haute Nubie. Les Nubiens la nommant ariel, les Hébreux la nommaient reèm et les Grecs monokéros

*Thibet ou tibet : les deux transcriptions orthographiques sont possibles. Cela s’explique suivant qu’on accepte l’étymologie chinoise ou thibétaine du mot.

Louis De Vorth. « Les Deux mondes. » Paris, 1880.

Chinoiseries

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medecin-chinoisLes Chinois ne croient guère à la médecine européenne.

Si un chrétien tombe malade on lui fait avaler les drogues consacrées par la tradition, et il meurt. Si on leur demande pourquoi il n’ont pas consulté le missionnaire, docteur en médecine, il faut s’attendre à cette réponse inattendue :

Nous ne voulions pas faire de la peine au Père. S’il n’avait pas réussi à guérir le malade, il aurait eu trop de chagrin ! 

Avouez qu’on ne peut pas s’exprimer plus diplomatiquement.

« L’Aventure : journal hebdomadaire. »  Paris, 1927. 

Les métiers en plein vent

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Aquarelle de Malval

Une des industries utiles dans lesquelles se distinguent les Chinois qui viennent chercher fortune en Australie, est celle de restaurateur en plein vent. Un homme porte sur ses épaules tout l’attirail d’un restaurant; il se promène dans les rues de la ville appelant à lui ceux que la faim aiguillonne et qui, éloignés de leur domicile, n’ont pas le courage de continuer leur route pour aller dîner chez eux.

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Il y a dans ce restaurant aérien un fourneau, du feu, des casseroles, des plats, des assiettes, du poisson, de la viande, des oeufs, des légumes, du beurre, du poivre et des épices, au gré des consommateurs. Le client s’arrête, choisit son plat, s’assied sur un escabeau et prend son mets assaisonné, cuit et servi dans l’espace de quelques minutes pour un prix très modique.

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Comme autre profession fort divertissante à voir en Australie, il faut citer celle du barbier ambulant. Sur la tête du Chinois est une bouilloire d’eau chaude et aux deux extrémités d’un bambou qui repose sur ses épaules sont: le vase d’eau froide, le plat à barbe, les rasoirs, la serviette et les ciseaux. Le figaro fait asseoir la pratique sur la voie, la rase, la peigne, lui coupe les cheveux, la nettoie, l’éponge, etc., en un instant, pour quelques sous.

« Musée universel. » A. Ballue, Paris, 1873.

Aquarelle de Malval.

Les Chinois vont couper leur queue

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Le Sénat chinois vient de voter définitivement l’abolition de la queue. Ce vote qui n’a l’air de rien, qui semble une mesure insignifiante, est le symbole et l’aurore d’une révolution complète.

C’est le passé qui tombera avec la queue chinoise, c’est l’attachement invincible à la routine immuable faisant place à tous les modernismes. Est-ce que le Japon ne fut pas obligé de décréter de même la suppression du port des deux sabres et du toupet sur le crâne rasé avant de pouvoir lancer le peuple dans la voie du progrès ? Chose bizarre ! L’origine de la tresse qui pend sur le dos des Célestes n’a rien de glorieux. C’est la race conquérante des Tartares qui, sur la fin de la dynastie des Min, l’imposa à la population en signe de soumission aux vainqueurs. Et pourtant le Chinois du Nord et même celui du Sud, qui cache sa natte sous sa calotte, s’y sont prodigieusement attachés. Si bien qu’on se représente difficilement un Chinois sans la queue flottant sur les épaules et, réellement, beaucoup préféreraient perdre la vie plutôt que de renoncer à cet appendice étrange.

C’est que le Chinois est éminemment routinier, et la queue représente toutes les routines. Supprimez la queue, habillez les Célestes d’un frac ou d’une redingote, coiffez-les du haut de forme, et vous les verrez voler de réformes en progrès. Il y aura cependant des gens pour regretter la queue, ce sont les agents de police, car elle leur permettait de tenir aisément en laisse et de dompter tous les Chinois récalcitrants qu’il s’agissait de conduire au poste.

« A travers le monde  » Hachette, Paris, 1907.