Chpin

Génie

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chopinJe sais une anecdote qui en dit plus sur le génie de Chopin que tout ce qui a été écrit d’analyses par les érudits en musique. Elle a été rapportée par une charmante femme qui a été son élève et qui l’a fréquenté pendant des années. 

Un jour, disait-elle, j’allai chez Chopin pour y prendre ma leçon de piano. Comme il paraissait moins triste, moins chagrin et moins agité que de coutume, je lui parlai d’une soirée musicale à laquelle j’avais assisté la veille. Qu’y a-t-on fait ?, me dit-il.  On y a joué ceci et cela, et de plus votre magnifique nocturne avec la marche funèbre. Le malheureux ! s’écrie Chopin : quel est le malheureux qui a osé jouer ma, musique sans l’avoir travaillée avec moi ! 

L’anecdote finit là. 

Quoique bien courte, elle renferme un grand enseignement pour les jeunes musiciens qui se livrent à l’étude du piano et pour les virtuoses qui exécutent en public les compositions de Chopin. L’exclamation de l’illustre pianiste nous dit assez où il avait conscience de son génie d’exception. Elle est une révélation de cette âme angélique et
mystérieuse qui présidait aux compositions du maître, leur donnait le souffle et la vie, mais qui semblait se dérober dès que l’œuvre n’était plus sous les doigts de celui qui l’avait écrite.

« La Semaine musicale. » Paris, 1866.

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