cinéma

Buster travaille 

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buster-keatonBuster Keaton, l’homme-qui-ne-rit-jamais, est venu à Paris. Son séjour aurait pu passer inaperçu, s’il ne se comportait un peu dans la vie comme dans ses films. 

Installé dans un palace des Champs-Elysées, le fantaisiste américain ne sort presque pas de sa chambre. I.e personnel de l’hôtel, intrigué, rôde constamment non loin de la porte toujours close.

Des bruits bizarres viennent de l’intérieur. Buster Keaton trimballe le mobilier, fait de la musique avec des objets variés et se livre à des exercices compliqués de gymnastique. Il paraît qu’il a cassé une carafe et deux verres à dents. On s’attend à des dégâts  matériels plus importants. 

Buster travaille… 

Mais Buster demeure invisible, et plus inaccessible que Greta Garbo. 

On en est à se demander si, lorsqu’il s’absente (ce qui lui arrive de temps à autre) Buster Keaton ne s’enfuit pas par les toits.

Il en est fort capable… 

« La Rampe. » Paris, 1934. 

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L’invasion 

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uhlansLa jolie petite ville de C… venait de s’éveiller, et les rues commençaient à s’animer, lorsqu’on vit. soudain arriver à toute allure une dizaine de uhlans, l’air terrible. 

Ce fut alors un sauve-qui-peut général. Les boutiques se fermèrent instantanément et les rues devinrent désertes.  Au bout d’une heure, n’entendant  aucun bruit, les habitants hasardèrent le nez au  dehors et, ne voyant rien de suspect, ils se risquèrent à sortir. Alors ils s’interrogèrent et bientôt apprirent d’où venaient ces redoutables uhlans. 

Un entrepreneur de cinéma, ayant à tourner une scène sensationnelle sur l’espionnage, n’avait trouvé rien de mieux que d’habiller dix figurants, de  les armer et de les faire dévaler dans la. Grand’Rue de C…, espérant pouvoir  enregistrer en même temps la frayeur des habitants.

Il avait réussi dans son dessein, mais le commissaire de police, n’ayant pas trouvé de bon goût le stratagème, a ouvert une enquête. 

« Excelsior. » Paris, 1917.

Les toiles

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les-rapaces-greedVoici une petite anecdote susceptible de calmer l’enthousiasme des midinettes qui  désirent faire du cinéma. 

Erich von Stroheim, le metteur en scène américain, fit dernièrement appeler son secrétaire. 

J’ai besoin, lui dit-il, pour une scène de « Greed » (Convoitise), de 3.000 toiles  d’araignée que j’utiliserai, dans un décor. Débrouillez-vous comme vous voulez. Il me les faut pour demain matin, impérativement, tendues à cet endroit

Le secrétaire se débrouilla : le metteur en scène eut ses 3.000 toiles d’araignée, mais, pendant quinze jours, il ne se passa pas un quart d’heure sans qu’un cri de terreur ne vint annoncer qu’une actrice se trouvait eu présence d’un de ces arachnides  réquisitionnés dans un des coins des studios où ils s’étaient réfugiés. 

« Il faut souffrir pour être belle. » déclare un vieux dicton. 

Si ce n’est de certains producteurs, il faut n’avoir peur de rien quand on est  photogénique, pourrions-nous ajouter. 

Charlie Chaplin renoncera-t-il  à tourner Le Dictateur ? 

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charlot

Chaplin abandonne Le Dictateur… Telle est la nouvelle qui circule dans tous les studios de Hollywood depuis hier. On ne verra pas Charlot dans ce film que le monde entier attendait avec curiosité. 

Depuis neuf mois déjà, le film était en « gestation ». Chaplin, disait-on, veut présenter dans cette bande sensationnelle, une caricature du Führer de la plus grande Allemagne et stigmatiser à sa façon les exagérations et la vanité des séides qui appliquent sans discernement ses idées. Les menaces dont il fut l’objet depuis le jour où son projet fut connu, et probablement les protestations officieuses ou officielles du Troisième Reich, sont sans doute à l’origine de l’abandon du film en cours. 

Le personnage inventé cette fois par Chaplin était non pas exactement celui d’un dictateur, mais celui d’un petit israélite enfermé dans un camp de concentration. Comme il ressemble trait pour trait au Führer, des ennemis de ce dernier ourdissent un complot.  Ils enlèvent par surprise le dictateur et lui substituent le prisonnier. 

Son premier décret annonce la dissolution du parti nazi, celle des milices brunes et autres et la libération de ses frères de race. Mais la vie officielle d’un dictateur est fatigante. Surmené par les inaugurations, les exhibitions et les acclamations, l’Israélite de jadis regrette l’obscurité du camp de concentration. Mais une femme a compris son désarroi. Grâce à elle, il échappera à sa prison dorée, et l’aide, à s’enfuir en Suisse, où il redeviendra lui-même. 

L’abandon est-il définitif ? On sait que Charlie Chaplin est capricieux, tout autant que volontaire. On prétend ici que son abandon n’est peut-être pas tellement définitif et que, comme il n’a jamais manqué de courage, il se pourrait que, bravant les dangers et l’opinion, il présentera peut-être  Le Dictateur à l’écran au moment où on s’y attendra le moins. 

« Paris-soir. » Paris, 19/11/1938.

Ton univers impitoyable

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Les artistes reçoivent beaucoup de lettres. On leur demande des photos, des autographes, on les interroge sur leurs rôles, on leur demande des précisions sur les films qu’ils doivent tourner. On leur pose aussi parfois des questions embarrassantes, des questions imprévues et souvent saugrenues.

A Loretta Young, une demande en mariage se terminait par ces mots : Dans le cas où ma proposition ne vous agréerait pas, veuillez être assez aimable pour en faire part à Mlle votre soeur, qui me plaît également beaucoup. A l’exquise divette Germaine Roger, un étranger demanda : Etes-vous amoureuse de vos partenaires ? Au jeune premier Joel Mac Crea : Que portez-vous quand vous prenez un bain de soleil ? La réponse fut : Un pardessus en poil de chameau. Et  cette autre que reçut Lucien Baroux : Cher monsieur, je vous ai souvent vu au cinéma. J’ai dix-sept ans et je suis blonde. Dois-je me faire faire « la permanente » ? A Ginger Rogers, âgée de vingt ans, on écrivit pour lui demander si elle était la mère de Buddy Roggers, trente-cinq ans.

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Georgius se vit poser la série de questions suivantes, dont l’ensemble constitue un bel assortiment, et cela pour la même personne : Portez-vous des caleçons courts ou longs ? Comment préférez-vous les pommes de terre ? Quelle est votre couleur favorite pour une voiture ? Jim Gerald estime, lui, que la plus saugrenue des questions que l’on puisse lui poser est celle de faciliter l’accès de la profession de comédien à un nouveau venu. Autant offrir à un agneau de partager sa couche avec le loup !

Duvallès a plutôt ri jaune quand on lui a demandé quel maquillage il se mettait sur la figure pour avoir un teint d’âne. Or, Duvallès tourne sans se maquiller ! La jolie Blanche Montel eut bien peur quand elle reçut la missive suivante :L’esprit de ma mère me commande de vous épouser. Je vous attends demain à Lyon. Le plus ennuyeux était qu’elle fut en butte aux avances de ce demi-fou pendant un mois.

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A Laurel et Hardy, l’on demanda s’ils dormaient ensemble avec leur femme au milieu ou aux extrémités du litRaimu n’a jamais pu digérer cette question que l’on posa un jour à sa femme : Est-il exact que votre mari soit interné comme fou et ne soit remis en liberté que pour tourner ?

Robert Frankel. « Ciné-miroir. » Paris, 1940. 

Les costumes  de Lon Chaney 

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Lorsque Lon Chaney a besoin d’un costume usagé pour tourner un film où il représente un vagabond ou un personnage dans la misère, il ne veut pas revêtir un habit ayant appartenu à un miséreux. Il préfère acheter un costume neuf qu’il fait vieillir.

Cette opération n’est pas si commode qu’on peut le croire. On commence par laver le costume au savon une douzaine de fois. Après chaque lavage on le fait sécher au soleil. L’étoffe s’abîme vite et prend des teintes jaunâtres. Puis Lon Chaney confie le vêtement à un automobiliste qui l’attache au bout d’une corde à l’arrière de sa machine. On roule pendant plusieurs kilomètres. Le résultat est que le veston et le pantalon soumis à un tel régime, ne tardent pas à se déformer, à se trouer.

La garde-robe de Lon Chaney en contient plusieurs qui paraissent avoir été portés pendant des années par de pauvres diables tant ils sont lamentables.

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Superstitions en studio

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On a souvent dit que les gens de théâtre étaient plus superstitieux que quiconque. Cela s’explique aussi facilement que le trac. Le fait de se présenter devant un public implique toujours, quel que soit le talent d’un artiste, une part de risque que, malgré lui, et  presque inconsciemment, il essaiera toujours de diminuer par des pratiques rituelles. Pratiques défensives plus qu’offensives.

Les acteurs de cinéma, et même les comédiens qui abordent le studio ont des nerfs moins sensibles. C’est sans doute parce qu’ils n’ont pas de contact direct, à la fois délicieux et redoutable, avec le public. Un geste, une intonation sont-ils mauvais ? Il suffit de tourner la scène une fois de plus. Considérable au théâtre, le facteur « hasard » se débilite à l’éclat des sunlights. Et l’on prend l’habitude de le braver avec beaucoup moins de précautions.

Non seulement je ne suis pas superstitieux, disait un jour Charles Vanel, mais je trouve ça idiot chez les autres. Et je suis très content lorsque quelqu’un allume trois cigarettes avec la même allumette.
— Je n’aime pas beaucoup évidemment qu’on prononce le mot « poisse », reconnaît Henri Roussel, en passant la main sur le dos d’une chaise, mais je n’ai jamais constaté que ça ait une influence mauvaise.
— Non, pas du tout superstitieuse, assure Florelle.
— Des blagues, prétend Odette Talazac
— Donnez-moi un joli rôle un vendredi 13, je le prendrai quand même, précise Simone Simon.
— Ma fille n’aime pas les chapeaux sur les lits, ni les parapluies ouverts dans les maisons, avoue la maman d’Annabella. Mais je crois que c’est tout simplement parce qu’elle aime l’ordre et qu’elle a horreur de l’odeur de la soie mouillée.
— Il m’est très désagréable qu’on parle à l’avance du succès d’un film, dit Mme Jeanne Fusier. Appelez-vous ça de la superstition ? Ou n’est-ce que de la prudence ?

André Roanne, Henri Garat, Roger Tréville sont des hommes forts. Ils n’usent, eux non plus, d’aucun truc vis-à-vis de la chance. Elle ne les a pas boudés quand même ! Le metteur en scène Tourjansky n’aime pas que l’on siffle dans un studio, mais tout le monde sait que ça ne doit se faire que dans une écurie. Il existe à ce sujet une très jolie histoire marseillaise.

Pour qu’une exception vienne confirmer la règle, une de nos plus jolies vedettes du cinéma français est, elle, effroyablement superstitieuse : c’est Simone Cerdan.

Mais certainement, je le suis… Pour rien au monde je ne porterais une robe verte. Et pourtant, le vert me va très bien… Et tourner dans un décor où il y a des poissons peints ? Quelle horreur ! Ça me couperait tous mes effets ! Je vous assure, ça porte malheur… C’est très sérieux !

Le compositeur Roland-Manuel, qui a écrit la musique de nombreux films, résumait d’une façon fort élégante l’état actuel de la question :

C’est évident, on est de moins en moins superstitieux, mais on le reste quand même, par politesse. Je n’inviterais pas treize personnes à dîner, parce que l’une d’elles pourrait en être désagréablement affectée. Je ne vous donnerais pas du feu avec une allumette qui aura servi déjà deux fois, parce que cela pourrait vous être désagréable. Je crois que nous évitons ainsi, machinalement, beaucoup de petits gestes auxquels nous n’accordons plus aucune signification maléfique, simplement parce que « ça ne se fait pas »… Toutes nos habitudes de politesse n’ont-elles pas aujourd’hui un sens bien détourné de leur origine ? Lorsque vous inclinez la tête devant quelqu’un, vous souvenez-vous que, jadis, les captifs signalaient ainsi leur humilité et leur faiblesse, en offrant la leur à couper ?
— Cela ne fait rien, reprit Simone Cerdan, en vérifiant dans une glace l’état de son maquillage, vous ne me ferez pas porter une robe verte !…

Sarreau de Maynard, Dans L’Intransigeant du 26 février 1932.  12