circulaire

Le crâne de Beethoven

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beethovenUne maison viennoise avait envoyé à des amateurs de musique une circulaire ainsi conçue : 

« Nous avons l’honneur de vous informer qu’à l’occasion du 140e anniversaire de la naissance de Beethoven, notre maison a obtenu la permission de fabriquer des moules du crâne exhumé du maître. Ces moules, en plâtre, sont exécutés par un artiste viennois. Nous espérons vous compter parmi nos clients et vous prions de bien vouloir nous dire si vous désirez recevoir le crâne contre remboursement. » 

Le crâne de Beethoven contre remboursement !… 

Illustration : Silhouette de Beethoven au piano (par Schlipmann), © Getty / DEA/A. DAGLI ORTI/ Collection De Agostini.

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Fonctionnaires ennuyés

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fonctionnaireUne catégorie de fonctionnaires ennuyés ce sont ces sous-préfets pour qui leurs chef-lieux d’arrondissement apparaissaient surtout comme d’agréables villégiatures, propices à l’élaboration d’œuvres poétiques, romanesques ou dramatiques. 

M. Louis-Lucien Klotz vient, en effet, d’adresser une circulaire au personnel préfectoral, interdisant aux sous-préfets de publier sans autorisation du ministre de l’Intérieur leurs œuvres, littéraires ou autres, même sous un pseudonyme, et si, malgré cette autorisation, ces œuvres donnaient lieu à quelques polémiques, ils devraient s’abstenir d’y répondre sous peine d’être mis immédiatement en disponibilité. 

Et voici ce qui cause tant de tristesse chez ceux d’entre eux qui sont aussi de gentils poètes et d’agréables romanciers. Mais si on leur donnait à choisir entre l’indépendance dorée et l’habit brodé d’argent, entre la plume et l’épée à poignée de nacre, soyez  persuadés qu’ils n’hésiteraient pas… ils choisiraient l’épée à poignée de nacre.

« L’Homme libre. » Paris, 1913.

Tradition

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gaulois

« ….Ne sont pas compris dans ces interdictions le vin, la bière, le cidre, le poiré,  l’hydromel... » 

Ainsi s’exprime la dernière circulaire du ministre de l’Intérieur sur la vente au détail des spiritueux. 

Dites, est-ce que, vraiment, il y a encore en France des marchands d’hydromel ? 

Nous avons tous appris au collège que les Gaulois buvaient de l’hydromel. Mais, depuis Vercingétorix, nous pensions avoir fait quelques progrès. Il semble bien que nous ayons renoncé à l’hydromel en même temps que nous renoncions a laisser flotter nos cheveux sur nos épaules, à porter des sayons de poils de chèvre, et à combattre avec la framée

Mais, depuis le début de la guerre, chaque fois qu’un ministre ou un préfet a eu  l’occasion d’écrire quelques lignes sur les boissons. il n’a pas manqué de citer avec  honneur l’hydromel. D’où il faut conclure que l’hydromel est resté  une boisson moderne. Evidemment il ne vient à l’esprit de personne, même les jours de plus forte chaleur, de se rafraîchir avec un verre d’hydromel. Et celui qui commanderait : « Garçon, un hydromel ! » se verrait sans doute regardé comme un mauvais plaisant. Mais il faut bien qu’il y ait quelque part de l’hydromel et des gens qui en boivent. Où ? Voilà seulement ce qu’on ignore. 

Il est vrai que, voilà quelques années, le préfet de Seine-et-Oise, énumérant les animaux que les chasseurs devaient respecter, ne négligea point de signaler le balbuzard  fluviatile, qui a disparu depuis plus de cent ans.  

L’hydromel peut donc être inscrit sur quelque nomenclature qui fut traduite du latin sous Philippe-Auguste et que les fonctionnaires se repassent chaque année, le 1er janvier, sans la lire jamais. 

« Excelsior. » Paris, 1917.

La circulaire de Courteline

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georges-courteline

Voici un détail amusant sur la personnalité de Georges Courteline qui vient d’entrer à l’Académie Goncourt : Courteline ne répond jamais aux demandes d’enquête sur des questions littéraires, artistiques, politiques ou sur n’importe quel sujet, que lui adressent les revues ou les journaux, ou plutôt il y répond d’une façon originale. Il a fait imprimer des circulaires ainsi disposées :

Au coin de gauche, la mention suivante : « Cabinet de G. Courteline », puis, au-dessous, cette autre : « Centralisation des interviews. — N°… » et, enfin, le texte que voici :

Monsieur et cher confrère,

En réponse à votre lettre du……, par laquelle vous voulez bien me demander mon avis sur …….., j’ai l’honneur de vous informer que je m’en fous complètement.

Dans l’espoir que la présente vous trouvera de même, je vous prie d’agréer, Monsieur et cher confrère, l’assurance de mes sentiments les plus dévoués.

Pour M. G. Courteline :
Le Centralisateur général,
Signé : (Illisible) 

Un de nos confrères hebdomadaires qui vient de recevoir cette circulaire imprévue n’en est pas encore revenu.

« La Revue limousine : revue régionale. »  Limoges, 1926.
Illustration :  Georges Courteline : photographie de presse. Agence Meurisse

L’Arche sainte du petit commerce

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jules-breton

Il a été relevé cette expression, d’un lyrisme si touchant, sur une affiche bleue, blanche et rouge, qui conviait, ces jours derniers, le petit commerce, précisément, à des élections consulaires.

Du reste, les signataires de l’affiche dénonçaient avec juste raison les agissements du haut négoce, qui paraît de plus en plus jaloux des trusts américains. L’affiche dont il s’agit rappelle  une circulaire, conçue dans un tout autre esprit et ayant trait à un tout autre objet, qu’on distribuait à Roubaix, il y a quelques années :

Nous venons aujourd’hui faire appel à vous tous, courageux catholiques de Roubaix, pour protester en faveur du rétablissement des processions.

C’est le plus bel acte de foi que vous puissiez faire en faveur de votre Dieu. Pourquoi notre Dieu n’aurait-il pas le droit de traverser librement nos rues, tout aussi bien que le dernier des mécréants ?

Ce sera en même temps un grand acte de charité que vous ferez en faveur du petit commerce, qui souffre tant dans notre ville.

Eloquence de la foi ! C’est textuel.

« Le Penseur. »  Paris, 1901.
Illustration : « Le Pardon de Kergoat. »  Jules Breton.