citoyen

Admission

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forts-des-halles

Pour être admis dans l’athlétique corporation des forts de la Halle, à Paris, il faut subir victorieusement un examen d’orthographe.

Pourquoi n’imposerait-t-on pas des épreuves sportives aux candidats médecins, aux aspirants avocats, aux professeurs de belles-lettres ? Ainsi se réaliserait, peu à peu la conception de l’idéale démocratie, où tous les citoyens (quelle que soit leur fonction) doivent posséder un corps robuste et sain, avec un esprit agile et cultivé.

Le fort de la Halle devrait se reposer en lisant Renan, et le philosophe se divertir à porter
des sacs de farine.

Paris, 1907.

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Intermède comique

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Le citoyen Lisbonne  vient  agrémenter d’un intermède comique la période électorale.Voici la proclamation qu’il a fait afficher dans Paris.

Élection législative du 27 janvier 1889.

Citoyens, électeurs de la Seine. Un grand nombre d’électeurs m’offrent la candidature à la Chambre des députés. J’accepte.

Criblé de dettes, dont l’origine remonte à 1865, où j’étais directeur du théâtre des Folies-Saint-Antoine, et comme je suis honnête, je ne puis être élu qu’à une condition : Désintéresser mes créanciers, qui sont au nombre de 1793. Je n’invoque pas la prescription !!!

Mon programme, si j’étais élu, vous le connaissez : Suppression de la Présidence, du Sénat et de la Chambre, étant prouvé que, pendant les vacances, on n’est jamais plus tranquille.

Suppression du budget des cultes, liberté de réunion et d’associations ouvrières, séparation de l’Église et de l’État.

Pour arriver à siéger à la Chambre, il faut que je désintéresse mes créanciers. Je fais donc appel à un terre-neuve financier qui voudra bien me débarrasser des huissiers, notaires et hommes d’affaires, qui me tombent sur le dos chaque fois que j’entreprends une direction ou une industrie quelconque.

Je ne suis pas gourmand. Le citoyen financier assez patriote pour mettre seulement CENT MILLE FRANCS à ma disposition aura bien mérité de la patrie et de mes créanciers. 

Si je suis élu ? Je remplirai fidèlement mon devoir.

Au cas d’un échec, 1793 créanciers, réunis dans un banquet dont mon sauveteur financier sera président de droit, porteront des toasts à l’infini au Manteau bleu politique qui les aura payés beaucoup plus tôt que je n’aurais pu le faire. Il remportera à la sortie leurs bénédictions accompagnées de toutes celles des officiers ministériels de Paris, de la France et de l’étranger.

Vive la République!
Salut et fraternité.

Colonel Lisbonne,
Ex-forçat de la Commune et directeur
des Frites révolutionnaires.

« Gazette littéraire. » Paris, 1889.

Le grand duc et le citoyen américain

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voiture-1907

Le grand duc Michel de Russie se promenait l’autre jour en auto sur la route de Napoule. Une autre auto précédait la sienne, et envoyait dans les narines grand-ducales des exhalaisons malodorantes et des images de poussière.

Le grand duc donne des appels de trompe, il fait agir la sirène. Il insiste. L’automobile, continue à marcher à son allure et ne se range pas. Le grand duc prend la troisième vitesse pour dépasser l’incommodante auto. Mais celle-ci prend la troisième aussi et le grand duc ne peut passer.

Enfin les deux véhicules s’arrêtent. Le grand duc descend et dit au propriétaire de l’automobile  irrespectueuse : 

Monsieur… je suis le grand duc Michel de Russie…
Cela m’est tout à fait égal Monsieur.
Vous êtes un impertinent.
Monsieur, je suis citoyen américain, nous sommes en France et je suis libre de…
Monsieur, vous êtes un faquin…
Monsieur, si vous continuez sur ce ton, je vais vous boxer la… figure.

Le grand duc se le tint pour dit, remonta en auto très impérialement et débraya.

Fit-il pas mieux que de se plaindre ?

« Ma revue. »  Paris, 1907.
Image d’illustration.

Quiproquo

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boucherie

Un boucher, citoyen actif, monte sa garde. Sa femme ennemie de la solitude, engage sa voisine à venir coucher avec elle. Au milieu de la nuit, le Citoyen croit qu’il sera mieux entre deux draps qu’à son poste. Il revient à sa maison.

Oh ! oh ! dit-il, en voyant deux têtes sur l’oreiller, j’avais envie de dormir.
Mon ami, répond la femme , rien n’empêche, le lit est grand. La voisine est trop honnête pour ne pas consentir …. N’est-ce pas ma voisine ?
Qui, moi ? Très-volontiers.

Le mari se place entre les deux commères. Ils s’endorment.

Le boucher se réveille et fait un quiproquo. Sa femme dormait; la voisine ne réclame pas.

Quelques mois après, la même voisine dit à la bouchère :

Ma voisine , vous vous rappelez bien cette nuit !
Oui.
Eh bien !
Eh bien ! Quoi ?
Je dormais encore à moitié. Votre mari, sans doute par méprise…
Allons, vous plaisantez.
Non certes, voyez plutôt…

On appelle le mari, on l’interroge. 

Oui, oui, dit-il, j’en ai une idée confuse : la voisine pourrait bien avoir raison.

Cependant il refuse de transiger. La voisine le traduit au Tribunal de paix. Jugement qui le condamne à payer les frais de gésine, et à se charger de l’enfant.

« Almanach littéraire ou Etrennes d’Apollon. »  Paris, 1792. 
Image d’illustration :  Agence Rol. 1918.