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Pierre d’achoppement

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Au plus fort de la révolution, au temps de la fraternité de Caïn, selon l’expression de Chamfort, un des cent mille districts de la République était administré par cinq membres complètement illettrés.

Un jour, la commune de Paris fit passer à tous les districts le signalement des suspects, longue et diffuse nomenclature où il était dit que tous les individus désignés étaient autant de pierres d’achoppement. Ce mot fit rêver profondément les membres de notre district. L’un d’eux, content comme Archimède, se rappelle qu’en effet il y a dans le faubourg un nommé Chopement. Pour comble de joie, le prénom de l’individu se trouve être Pierre.

Il n’y a plus de doute, il faut arrêter Pierre Chopement, honnête et pauvre maçon, père de quatre enfants, aussi incapable de conspirer contre la République que le district d’être savant. Un mandat d’amener est lancé contre Pierre Chopement qui est aussitôt expédié à Paris, garroté comme un malfaiteur dangereux.

Fouquier-Tinville s’égaya beaucoup à la lecture de cette étrange pièce. Il rassura le malheureux maçon et le renvoya chez lui avec un passeport, après lui avoir remis une lettre pour messieurs du district qu’il complimentait sur l’immensité de leur civisme.

 » Le Nouvelliste des Vosges. »  Epinal, 1896.
Illustration : Cesare Dell’Acqua.

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Etonnant, non ?

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impôtsCe n’est pas seulement par un courage admirable dans le combat, par une modération plus admirable après la victoire, que la révolution de juillet 1830 s’est signalée. Les exemples de vertu civique se multiplient chaque jour.

Non contents de secourir les victimes par une bienfaisance inépuisable, et d’assurer le maintien de l’ordre par leur service personnel dans la garde nationale, les citoyens font preuve d’une émulation peut-être encore plus méritoire, eu égard à la crise commerciale.  Nous voulons parler de l’empressement à acquitter les charges publiques, qui, à Paris, n’a jamais été plus actif et plus soutenu. On peut dire que dans cette grande circonstance, le zèle patriotique de la population parisienne se manifeste par tous les genres de dévouement.

Le mouvement de l’impôt direct ne s’est pas interrompu, même, pendant les trois journées militantes. Il résulte des états de situation du 31 août, que plus des sept douzièmes de cet impôt étaient rentrés, à cette époque; et, chose digne d’attention, les recettes du mois d’août, en 1830, présentent sur celle du même mois , en 1829 , un excédent de plus de 150,000 fr.

Ce n’est pas tout. Un grand nombre de contribuables offrent de faire l’avance de leurs taxes pour I83I. Nous avons sous les yeux une correspondance fort remarquable à cet égard. Le passage suivant, que nous extrayons d’une de ces lettres, nous paraît être l’expression vraie du sentiment général:

« Lors de la publication des ordonnances du 25 juillet, dit le contribuable à son receveur, je m’étais promis de refuser ma part d’impôt. Aujourd’hui je vole avec empressement au devant des devoirs nouveaux qui me paraissent imposés. Je vais faire acquitter intégralement entre vos mains la quotité qui me concerne pour toute l’année 1830. Si vous étiez compétent pour recevoir des avances imputables sur l’année prochaine, et que vous fissiez dans ce sens un appel aux contribuables, je ne doute pas qu’il ne fût entendu. Pour ma part, j’y répondrais immédiatement. »

Rien ne prouve mieux que ces paroles la confiance au nouvel ordre de choses. Il y a dans ce langage plus de conviction que d’enthousiasme, et la simplicité en même temps que la fermeté de l’expression lui donne presque le caractère d’une profession de foi politique. Voler au devant des devoirs légaux, résister aux demandes illégales, telle est aujourd’hui la maxime et comme la religion politique de tous les Français.

Moreau-Rosier, Paris, 1830.