Clermont-Ferrand

Le vélocipède du « Grand Pierre »

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michelin

Par une chaude après-midi de printemps, alors que la soixantaine d’ouvriers employés à la modeste usine de M. Michelin à Clermont-Ferrand travaillaient paisiblement à manufacturer des objets en caoutchouc industriel, un visiteur imprévu s’annonça à la porte, dont l’arrivée fit sensation.

Le visiteur et son engin arrivaient, en effet, dans un char traîné par des boeufs à l’instar des rois fainéants. C’était un vélocipédiste assez connu dans la région, car l’exercice auquel il se livrait, comportait peu d’adeptes à cette époque. On l’appelait le Grand Pierre et ses promenades sur sa mécanique à deux roues étaient légendaires dans l’esprit des populations. Le Grand Pierre, qui possédait un vélocipède dont les roues se trouvaient munies d’étranges bandages en caoutchouc gonflé d’air, qu’on appelait bandages pneumatiques, venait demander à l’usine Michelin de lui réparer un de ces pneumatiques qui était crevé.

L’opération dura plus de trois heures. Elle fut effectuée selon les indications fournies par une notice très complète que possédait le Grand Pierre, par le meilleur ouvrier de l’usine, Duvert, sous la surveillance de M. Edouard Michelin, dont la curiosité avait été excitée par cette innovation. En effet, MM. Michelin, soucieux de trouver un débouché pour le caoutchouc industriel, étaient justement en train, cette année-là, d’installer chez eux la fabrication des caoutchoucs pleins et creux, à l’usage des vélocipèdes. Edouard Michelin avait même appris à monter à vélo pour étudier la question.

Or, il était revenu de quelques promenades, absolument éreinté, se disant qu’il y avait peut-être là un débouché, mais très restreint et que cette industrie ne se développerait jamais beaucoup, parce que ni un homme d’un certain âge, ni un homme peu robuste, ni une femme ne pourraient faire du vélo. Il voyait donc l’avenir de ce sport (alors une véritable acrobatie) réduit à sa plus simple expression et ne craignait pas de l’écrire à son frère André, lequel lui répondait, d’autre part, qu’on effectuait bien à Paris quelques essais de pneumatiques, mais que l’opinion publique s’élevait, indignée, contre ce dispositif, tellement tout le monde le trouvait horrible.

… Lorsque le pneumatique du Grand Pierre fut réparé, on laissa passer la nuit avant de s’en servir, afin que la dissolution puisse sécher. Le lendemain, le Grand Pierre dit à Edouard Michelin en montrant sa bicyclette :

Montez dessus, c’est du nanan !

Edouard Michelin se laissa tenter. Au bout de vingt minutes, il revenait, la réparation n’ayant pas tenu ; mais il avait acquis de cette expérience deux opinions, à savoir :

La première : que le pneumatique était l’avenir. La seconde : que le pneumatique du Grand Pierre ne lui valait rien du tout.

Sitôt après en avoir écrit à son frère pour poser le problème, E. Michelin convoquait son ingénieur, M. Laroche, et lui tenait le bref discours suivant :

Il faut qu’on puisse, si une chambre à air est crevée, en mettre une autre en un quart d’heure par des moyens mécaniques. Je ne veux pas de colle.

En même temps le Grand Pierre, expert vélocipédiste, était embauché dans la maison en qualité de « chef des essais ». Le principe du pneumatique démontable était trouvé. Restait à Michelin et à ses collaborateurs la lourde charge de passer de la théorie à la mise en pratique.

« Histoire de l’automobile. » Pierre Souvestre. Paris, 1907.
Illustration : velo.michelin.fr

Le vrai visage d’Hollywood

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Mireille-Balin

Mireille Balin s’ennuie à Hollywood et elle menace de quitter la capitale américaine du cinéma :

« Ici, déclara-t-elle, tout gravite autour du cinéma. On perd petit à petit sa personnalité et le sens des valeurs réelles. Je frémis à l’idée de la réadaptation qu’ii me faudra faire lorsque je quitterai un jour Hollywood pour me retremper dans la vie normale de Paris. Hollywood, c’est une stupide potinière qui épie les gens et bâtit des romans impossibles. Voilà ce qu’est Hollywood et on y étouffe ! Dans cette atmosphère sans gaîté et ce climat sans saison, je perds ma joie et mon enthousiasme. Je lutte pour me sauver, parce que je ne veux pas devenir une « star » comme celles d’ici qui ne sont plus que de luxueux automates. Je veux vivre, aimer, respirer et rire, malgré Hollywood et ses dollars… Je me suis trompée sur Hollywood, Ce n’est pas seulement la ville des mirages, c’est, comme le disait Maurice Chevalier, « un ring de boxe… »

Peut-être y a-t-il dans ces déclarations désenchantées un peu de rancoeur provoquée par des espoirs déçus, mais cette description d’Hollywood semble véridique. Le cinéma est le dieu de cette cité sans âme et tout doit lui être subordonné.

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. »  Paris/Clermont-Ferrand, 1938.
Illustration : Mireille Balin dans «Gueule d’amour» (1937)