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Le distributeur facétieux

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Dans tous les bureaux de poste, les distributeurs automatiques de timbres rendent un grand service. Ils dispensent de l’attente, de cette danse devant le guichet, qui agacent les clients et préparent les interminables discussions avec l’employé. 

Chaque distributeur, en outre de la fente où l’on glisse le décime, et du passage réservé au timbre, comporte une ouverture avec cette indication : Fausse monnaie

— Qu’entendez-vous par « fausse monnaie ? » demandait, au cours d’une promenade boulevardière, l’un de nos amis, à un haut fonctionnaire des postes. Les contrefacteurs  ne perdent point leur temps à façonner de gros sous. Alors ? S’agit-il des sous étrangers ?

Mais, certainement, lui répondit-on… La monnaie de cuivre étrangère n’a pas le même poids que la nôtre et l’appareil la rend à cause d’un mécanisme provoquant une pesée. Vous êtes sceptique ? Bah ! nous voici tout près du bureau des Italiens et j’ai dix centimes, italiens également, sur moi. Venez ! 

Les promeneurs entrent dans le bureau. Souriant, le haut fonctionnaire met, comme dans la chanson, « ses deux sous dans la p’tite fente ». Et, en échange de la mauvaise pièce, apparaît un excellent timbre à dix centimes. 

Tête du haut fonctionnaire. Il hausse les épaules, il hésite, puis, avec une grimace, prenant le timbre : 

Bah! cela ne fait rien, grogne-t-il, je le donnerai à un pauvre. 

« Gil Blas. », 1913.