comédie

L’esprit souffle où il veut

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cordonnier

On parle beaucoup d’une tragédie en cinq actes et en vers de la composition d’un maître cordonnier de Paris. On assure que cet ouvrage, informe à beaucoup d’égards, est rempli d’ailleurs de beautés du premier ordre.

L’auteur n’a fait aucune espèce d’études, mais il a fréquenté le Théâtre-français, et depuis plus de deux ans il a travaillé à sa tragédie, sans cesser de faire des souliers. Cet homme a présenté son ouvrage au Théâtre-français. Il a été lu tout récemment chez Talma; il a étonné tous ceux qui l’ont entendu.

N’y a-t-il pas là de quoi exciter la curiosité des bonnes gens et la défiance des incrédules ?

Ainsi s’exprimait le Journal de Paris du dix-huit avril dix-huit cent huit, qui ajoutait le vingt-deux avril suivant :

La tragédie du cordonnier a fait découvrir un nouveau phénomène du même genre, dans un jardinier du faubourg Saint-Antoine, nommé Lentayne, auteur d’une comédie en cinq actes, dans laquelle on trouve, dit-on, des caractères très bien tracés et des tirades très bien écrites. On ajoute que ce jardinier a une bibliothèque choisie et sait tout son Molière par cœur.

Si la comédie du jardinier et la tragédie du cordonnier sont représentées et ont du succès, il faut, dit un de nos journaux, conseiller à nos poètes dramatiques de profession d’aller planter des choux ou faire des souliers.

Que sont devenues ces deux pièces ? Peut-être que M. Couët, le savant bibliothécaire de la Comédie-française, pourrait les retrouver dans ses archives ?

Lefebvre Saint-Jean. « Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. » Paris, 1923.

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Les boiteux

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Thomas-Faed

Le siècle actuel semble appartenir aux boiteux avec toutes ses gloires. La tragédie que préférait l’Empereur était Hector, de Luce de Lancival. La meilleure comédie du temps était l’ Avocat, par M. Roger; Eh bien ! M. Roger et M. Luce de Lancival, ces deux représentants de l’art dramatique, étaient boiteux.

Lord Byron fut proclamé le premier poète de l’époque; Walter Scott, le premier romancier. Personne ne leur disputa la palme. Ils étaient boiteux l’un et l’autre. En France, pendant que la politique tournait toutes les têtes, les partis se dessinèrent, et chacun se choisit un chef. Les libéraux modérés et constitutionnels se rallièrent sous le drapeau de Benjamin Constant. Il était boiteux. Enfin, les hommes positifs, dédaignant les théories, se rangèrent sous le patronage du premier talent financier de notre époque, M. le baron Louis. Il est boiteux.

Depuis la révolution de juillet, l’opposition avait reconnu pour chef M. de La Fayette. Il est boiteux. Le gouvernement se fit représenter à l’extérieur par M. de Talleyrand, bien plus boiteux encore. Le parti royaliste appela alors à son secours l’illustre Châteaubriand. A peine rentré dans la carrière politique, il se sentit pris de douleurs rhumatismales, et il est boiteux, comme il convient à un illustre du siècle où nous vivons.

« Echo de la frontière. » paris, 1833. 
Illustration : « Sir Walter Scott et ses amis littéraires à Abbotsford. » de Thomas Faed.