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Pendu deux fois

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brigand;

En Hongrie, le brigandage a repris avec une telle violence que le gouvernement s’est vu obligé de proclamer, dans plusieurs comitats, le « statarium », c’est-à-dire la justice sommaire. Sous ce régime, on est pris, jugé, pendu, le tout dans l’espace d’une demi-heure. On peut rappeler à ce propos la drôlatique histoire magyare du Tzigane pendu et rependu.

Deux paysans, revenant du marché en voiture, passent devant une potence rurale où se balance justement un Tzigane fraîchement exécuté. Les paysans descendent, tâtent le bonhomme, s’aperçoivent qu’il respire encore, le détachent, pour le charger sur leur véhicule, et continuent leur chemin. Les cahots de la voiture raniment le patient tout à fait et quelques gorgées d’eau-de-vie, administrées à la première auberge venue, achèvent cette oeuvre de Samaritain.

Tout à coup, l’homme pendu disparaît de la taverne; il s’est esquivé, en emmenant le cheval et la voiture de ses sauveurs, stupéfaits d’une aussi noire ingratitude. Cependant, ils montent résolument deux chevaux empruntés à la taverne, poursuivent le voleur incorrigible et sont assez heureux pour le rattraper non loin de l’endroit où ils l’avaient sauvé.

Que faire ? La potence était là, la corde encore suffisamment longue. Voilà donc nos deux Magyares qui se mettent à rependre leur Tzigane et à faire très soigneusement ce que le bourreau avait fait très négligemment.

L’histoire est arrivée il y a une trentaine d’années ; elle est authentique.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.