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L’enseigne

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Un jeune peintre de talent, M. Thomas Couture, fort connu par son grand tableau de l’Orgie romaine, a été l’objet d’un quiproquo qu’il a pris fort gaiement. Il était dans son atelier, occupé à combiner on ne sait plus quel groupe historique, lorsqu’on frappa trois coups à la porte.

Entrez ! s’écria l’artiste.

En même temps, il vit s’avancer un homme en casquette et en bourgeron.

Monsieur, lui dit l’inconnu, vous êtes peintre ?
Oui, mon brave.
— On dit que vous êtes fort dans votre partie ?
Oui, quelques amis sont assez indulgents pour dire cela.
Eh bien ! je vous apporte de l’ouvrage. Voulez-vous travailler pour moi ?
 Pourquoi pas ? Que vous faut-il, un portrait ou un tableau de genre ?
Ça m’est égal, pourvu que ça se fasse voir.

Là-dessus le marchand de vin (c’en était un) fit comprendre à l’artiste qu’il désirait avoir pour son commerce une enseigne sous ce titre : « Au Vert-galant ».

M. Thomas Couture prit ses pinceaux et fit… un rébus.

Le vert-galant qu’il a dessiné, ce n’est pas Henri IV, c’est un gobelet, un verre avec des guirlandes de fleurs. Tout le monde s’arrête devant cette enseigne originale, rue Racine.

« Almanach de la littérature, du théâtre et des beaux-arts. » Paris, 1853.
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L’Arche sainte du petit commerce

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Il a été relevé cette expression, d’un lyrisme si touchant, sur une affiche bleue, blanche et rouge, qui conviait, ces jours derniers, le petit commerce, précisément, à des élections consulaires.

Du reste, les signataires de l’affiche dénonçaient avec juste raison les agissements du haut négoce, qui paraît de plus en plus jaloux des trusts américains. L’affiche dont il s’agit rappelle  une circulaire, conçue dans un tout autre esprit et ayant trait à un tout autre objet, qu’on distribuait à Roubaix, il y a quelques années :

Nous venons aujourd’hui faire appel à vous tous, courageux catholiques de Roubaix, pour protester en faveur du rétablissement des processions.

C’est le plus bel acte de foi que vous puissiez faire en faveur de votre Dieu. Pourquoi notre Dieu n’aurait-il pas le droit de traverser librement nos rues, tout aussi bien que le dernier des mécréants ?

Ce sera en même temps un grand acte de charité que vous ferez en faveur du petit commerce, qui souffre tant dans notre ville.

Eloquence de la foi ! C’est textuel.

« Le Penseur. »  Paris, 1901.
Illustration : « Le Pardon de Kergoat. »  Jules Breton.

Balzac épicier

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On sait qu’une des grandes préoccupations de Balzac fut d’arriver à la fortune, même par le commerce et l’industrie. Imprimeur, il en résulta pour lui des dettes qui l’angoissèrent presque toute sa vie.

Il voulut exploiter, en Sardaigne, des mines d’argent abandonnées par les Romains : on lui vola son idée. Aux Jardies, il rêva de battre monnaie avec un guano imaginaire, soi-disant déposé au pied des arbres. Il songeait aussi à cultiver les ananas, pour les vendre, en boutique, sur le boulevard Montmartre : chimères !

Un projet des plus chers à Balzac, en 1840, c’était la création d’une colossale épicerie, en pleine rue Saint-Denis. Mais il voulait, pour la faire prospérer, un personnel d’élite et qui eût attiré tout Paris ! On connaît les employés que se proposait d’appointer Balzac : lui, chef de la maison; Théophile Gautier, premier garçon; George Sand, caissière; Léon Gozlan, commis emballeur… Gozlan prit la chose en riant :

Attendons, dit-il, que les sucres soient en baisse. Et surtout,ne louez pas la boutique sans que je vous en parle.

Le silence obstiné de Gozlan enterra l’épicerie Honoré de Balzac.

« Revue Belge. »  J. Goemare, Bruxelles, 1926.
Illustration : montage fait maison 🙂