commissaire

Vengeance

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adultère.

M. Louis B…, qui habite rue de la Condamine, a quitté, il y a environ deux ans, sa femme pour aller vivre avec une maîtresse qu’il avait connue avant son mariage.

Depuis cette époque la femme B… vivait à Levallois-Perret chez sa mère, et son mari n’en avait jamais entendu parler. Il y a quelques jours, elle s’adressait au tribunal pour demander l’autorisation de faire constater l’adultère de son mari, son intention étant de déposer ensuite une instance en divorce.

Cette autorisation lui fut accordée et hier matin le commissaire de police du quartier se présentait au nouveau domicile de M. B… Ce magistrat ne trouva à la maison que la maîtresse de B., la fille Augustine N…, mais put facilement établir que tous deux vivaient maritalement. Aussi malgré les protestations d’Augustine dressa-t-il procès-verbal.

Soudain cette dernière qui, justement, avait, tout comme la femme légitime, quelques petites choses à reprocher à M. B… s’approcha du commissaire de police et lui dit :

C’est un flagrant délit qu’il vous faut constater, eh bien allez dans cette maison en face, vous le trouverez chez Mme T…, c’est elle qui est sa maîtresse pour le quart d’heure.

Le magistrat se rendit à l’adresse indiquée et put cette fois constater un vrai flagrant délit. Grâce à la maîtresse de son mari, Mme B… a donc maintenant entre les mains tout qu’il faut pour divorcer.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.

Un gentleman

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couple-mondain.

Une dame galante de la rue Marboeuf, Lucienne G…, rencontrait au dernier bal de l’Opéra un gentleman des plus aimables, âgé de plus de quarante ans, mais très correct, très galant.

Il offrit à Lucienne G… un souper des plus délicats, et la jeune femme qui aime le vin de Champagne en vida de si nombreuses coupes qu’elle s’endormit presque. Le gentleman, qui avait déclaré s’appeler Octave de P…, reconduisit la jeune femme à son domicile.

Quand celle-ci se réveilla dimanche soir vers cinq heures, sa domestique lui remit une lettre ainsi conçue :

Chère belle,

En moins de six mois vous avez ruiné mon ami Raoul V… Le pauvre garçon a accepté une place en Cochinchine. Sa femme et ses deux enfants vivent à Paris, dans la plus  profonde misère. Les quelques objets dont vous constaterez la disparilion serviront à procurer du pain à cette famille. 

Lucienne s’aperçut bientôt qu’on lui ayant en effet dérobé un bracelet, une broche et des brillants d’oreilles valant environ trente mille francs. Le soi-disant Octave de P…, avait laissé une barbe postiche sur la table de toilette.

Lucienne G… a fait immédiatement prévenir  le commissaire de police du quartier. On apprit quelque temps après que Mme V… (la femme de Raoul) avait reçu un billet de cent francs et ces lignes : 

« Vous recevrez chaque semaine un pareil envoi. » 

Il est vrai que Lucienne G… a ruiné M. V…

On recherche le compagnon momentané de la demi-mondaine.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.

Go fast

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gavroche60.com

Vers neuf heures du soir, boulevard des Italiens, à la hauteur de la rue Drouot, un charretier, Louis M…, conduisant une voiture attelée de deux chevaux, passait au galop en suivant la partie gauche de la chaussée.

Interpellé par un gardien de la paix, ce charretier a refusé de s’arrêter et de donner son nom. L’agent l’ayant cependant rejoint, a arrêté ses chevaux et voulait prendre le relevé de la plaque ; mais le charretier a pris la fuite en frappant ses chevaux à coup redoublés de son fouet et en entraînant le gardien qui est tombé après un parcours de cent cinquante mètres environ.

Celui-ci, se relevant, sauta alors dans une voiture de place qui allait dans la même direction et rejoignit de nouveau le charretier place de la Trinité, et de là, aidé de deux de ses collègues du 9ème arrondissement, il le conduisit au bureau du commissaire de police du quartier de la Chaussée-d’Antin. Le charretier refusait de marcher et opposait la plus vive résistance aux agents.

Le commissaire de police a consigné ce charretier à sa disposition et a fait conduire la voiture à son propriétaire, par un commissionnaire.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.
Illustration : montage personnel.

Les emplettes d’un villageois

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gare-du-nord

Un inspecteur de la brigade des recherches arrêtait hier, à dix heures du matin, un individu qui était occupé à charger un revolver de gros calibre. Il le conduisit au commissariat du quartier. Consciencieusement fouillé, il fut trouvé porteur d’un couteau à cran d’arrêt, d’un coup-de-poing américain et d’une boite contenant cinquante cartouches.

M. Archer, commissaire de police, demanda quelques explications sur ce véritable arsenal, exclusivement composé d’armes prohibées. Le délinquant déclara alors se nommer Lucien L…, âgé de dix-sept ans, demeurant à Caulaincourt, près de Saint-Quentin, et raconta qu’il était venu à Paris pour assister aux fêtes des jours gras.

Le couteau, expliqua-t-il, me sert pour manger. Le revolver, je viens de l’acheter chez un armurier, pour tuer des corbeaux à Caulaincourt, petit hameau situé près de Saint-Quentin. Quant au coup-de-poing, je l’ai pris pour pouvoir me défendre des rôdeurs qui fourmillent dans votre Paris… Du reste, vous pouvez demander des renseignements à mon ami M…, qui m’a accompagné. Vous le trouverez dans la gare du Nord. Il a un panier peint en vert, avec des sabots dedans.

Grâce à ce signalement précis, M… fut vitre retrouvé. Il confirma la déposition de son ami. Mais M. Archer a consigné les deux voyageurs à sa disposition, en attendant la réponse de leurs parents, prévenus par télégramme.

« Le Petit journal. »  Paris/Clermont-Ferrand-Pau, 1902.

Un aventurier précoce

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Grant-Wood

L’Amérique endigue sévèrement l’immigration. Les enfants n’en savent rien. Hantés par les lectures de ces vieux romans d’aventure où l’on voyait les pépites surgir sous les pas des explorateurs, et pervertis par les conversations des aînés qui leur représentent le nouveau monde comme le réceptacle de tout l’or monnayé du vieux continent, ils rêvent de plus en plus de s’expatrier vers le pays fabuleux où, théoriquement, la vie devrait être dorée sur tranche comme un livre de Noël.

Et c’est ainsi que le petit apprenti tisseur de 13 ans Charles Marc quitta la maison paternelle du 52, rue de Turenne, à Calais, et vint tout d’abord à Paris se familiariser avec l’atmosphère des grandes villes avant de s’embarquer au Havre à destination de New York. Ne doutant point de son étoile, comme tous les aventuriers de race, il ne s’était muni, pour tout viatique, que de la somme de 8 francs et d’une boite de sardines. Mais il s’était armé d’importance. Pensez donc !… un vieux pistolet, une fronde et un piège à moineaux, tout ce qu’il faut pour affronter les pirates de la savane et les grands fauves.

Errant, la nuit dernière, rue de Chabrol, le conquistador en herbe fut abordé par un agent de ronde qui souffla fort paternellement sur son rêve et le confia à M. Garnier, commissaire de police de la Porte Saint-Denis. Et Charles Marc, déjà revenu de l’aventure, attend au Dépôt que ses parents viennent le reprendre et le rendre à son métier.

Restez en France, petits gars aventureux, car c’est l’élan de vos forces neuves qui lui restituera, tôt ou tard, tout son bel or exilé !

« Le Matin : derniers télégrammes de la nuit. »  Paris, 1925.
Illustration (extrait) : Grant Wood. 

Tortue sentimentale…

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jardin-des-plantes

Le commissaire du quartier des Arts-et-Métiers, faisant perquisition dans le logement d’un voleur arrêté par ses soins, y trouva deux tortues de la grande espèce, dont une était encore vivante, et qui avaient été volées en plein jour au Jardin des Plantes. La survivante fut immédiatement rendue au gardien et réintégrée dans son enceinte gazonnée.

L’opinion générale refuse à la tortue toute intelligence. Cependant, à peine cet animal fut-il placé dans son enclos, qu’il parut se reconnaître, donna des signes non équivoques de la joie la plus vive, se plaça successivement dans tous les endroits où il avait l’habitude de se tenir, alla se baigner dans son bassinet sembla heureux de reprendre possession de tous les lieux qui lui étaient chers.

Voilà, on en conviendra, une tortue sentimentale qui était tombée en de bien mauvaises mains. Vous verrez, si l’on n’y prend garde, que les hardis coquins emporteront quelque jour, sous leur manteau, les lions de la ménagerie.

« Le Siècle illustré : littérature, romans, histoire, causes célèbres, voyages, nouvelles diverses, chanson. »  Paris, 1862.