commission du budget

Qui aime bien, taxe mieux 

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mistinguettLa commission du budget en a de bonnes. En effet, elle a décidé de taxer les chiens d’un impôt qui s’ajouterait à la taxe municipale et serait de deux  francs pour les chiens de garde et de vingt francs pour les chiens dits « de luxe ». 

Or, ceux qui ont des cabots savent, par expérience, qu’un animal de garde paie déjà cinq francs de taxe. Avec les deux francs en plus  (si je sais bien compter) cela en ferait sept. Pour les dits « de luxe » (où ça commence et finit-il ?) la dîme serait d’un louis. 

Ne trouvez-vous pas qu’elle cherre la commission du budget ? 

Et les chats ? (le chat que l’on caresse mais qui ne vous caresse pas) qu’est-ce qu’ils vont prendre alors ? Rien ! Dans ce cas, c’est injuste et pas n’est besoin de mettre, sur les monuments publics : LibertéEgalité, Fraternité, à moins que vous ne vouliez réveiller la lutte des… classes. J’entends bien qu’avec tous nos frais et les milliards que l’on dépense (saluez, vous ne les verrez plus jamais) il faut faire flèche de tout bois; mais en être réduit à prélever sur nos toutous (nos bons toutous) un pareil impôt, c’est vouloir qu’ils aboient à la lune. 

Déjà, à la suite d’incessantes tracasseries, il nous regardaient un peu en chiens de faïence, que sera-ce donc le jour où l’employé du fisc viendra en faire le recensement ? Je ne donnerais pas un radis de ses chausses. Moi, qui suis un réfractaire impénitent et qui me permets, souventes fois, de reculer l’irrespect des grands jusqu’à la dernière borne (la borne permise s’entend) je vais, d’ores et déjà, apprendre à mes dogues toutes sortes de mauvais tours. 

Un entre mille. Lorsque le répartiteur se présentera à mon domicile, ils auront pour devoir (est-ce que l’insurrection n’en est pas le plus saint ?) de considérer ses jambes comme la colonne d’un bec de gaz et de les arroser copieusement. S’il récidive (le répartiteur) il apprendra aux dépens de ses mollets (s’il en a) ce qu’il en coûte de les… tondre de si près. 

Est-ce qu’ils vous demandent quelque chose ? Trouvent-ils extraordinaire que vous touchiez des appointements, prestigieux, pour faire pas grand chose, alors que de pauvres bougres n’ont rien à se fourrer sous le nez ! 

Malgré les coups injustes, parfois, qu’ils reçoivent, ne vous lèchent-ils pas les mains à langue que veux-tu ? Ne sont-ils pas les premiers à vous avertir du danger qui vous menace ? Ne partagent-ils pas avec vous, la bonne et mauvaise fortune ?

« La Grimace : satirique, politique, littéraire, théâtrale. » Paris, 1916.