commune

Une condition

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jules-vallèsLe Radical raconte une anecdote amusante sur Jules Vallès. 

L’ancien membre de la Commune était à Londres où il s’était réfugié, quand il reçut la visite d’un inconnu à grands favoris, à grande chaîne de montre, à nombreuses et grosses breloques. Cet homme puait l’or. 

 Je viens vous proposer une affaire,  lui dit-il, entrant brutalement en matière.
— Voyons. -.
— Je suis M X…, dont le nom est bien connu. J’ai dirigé des tournées dans le monde entier, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique, en Océanie. J’ai montré à tous les peuples des comédiens, des chanteurs, des phénomènes. Je voudrais maintenant promener en Amérique un homme éminent de la Commune. Vous êtes celui qu’il me faut. 

Vallès laissait dire, stupéfait. Le barnum continua : 

 Combien ? 

Vallès se mit à rire. 

— Cinquante mille francs ! 

Vallès rit plus fort.  

— Eh bien ? ajouta le barnum croyant que la somme n’était pas suffisante, ce sera soixante-quinze mille. Mais vous vous habillerez en général. 

« Le Rappel. » Paris, 1888.
Illustration : portrait de Jules Vallès par Gustave Courbet.

Intermède comique

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maxime-lisbonne

Le citoyen Lisbonne  vient  agrémenter d’un intermède comique la période électorale.Voici la proclamation qu’il a fait afficher dans Paris.

Élection législative du 27 janvier 1889.

Citoyens, électeurs de la Seine. Un grand nombre d’électeurs m’offrent la candidature à la Chambre des députés. J’accepte.

Criblé de dettes, dont l’origine remonte à 1865, où j’étais directeur du théâtre des Folies-Saint-Antoine, et comme je suis honnête, je ne puis être élu qu’à une condition : Désintéresser mes créanciers, qui sont au nombre de 1793. Je n’invoque pas la prescription !!!

Mon programme, si j’étais élu, vous le connaissez : Suppression de la Présidence, du Sénat et de la Chambre, étant prouvé que, pendant les vacances, on n’est jamais plus tranquille.

Suppression du budget des cultes, liberté de réunion et d’associations ouvrières, séparation de l’Église et de l’État.

Pour arriver à siéger à la Chambre, il faut que je désintéresse mes créanciers. Je fais donc appel à un terre-neuve financier qui voudra bien me débarrasser des huissiers, notaires et hommes d’affaires, qui me tombent sur le dos chaque fois que j’entreprends une direction ou une industrie quelconque.

Je ne suis pas gourmand. Le citoyen financier assez patriote pour mettre seulement CENT MILLE FRANCS à ma disposition aura bien mérité de la patrie et de mes créanciers. 

Si je suis élu ? Je remplirai fidèlement mon devoir.

Au cas d’un échec, 1793 créanciers, réunis dans un banquet dont mon sauveteur financier sera président de droit, porteront des toasts à l’infini au Manteau bleu politique qui les aura payés beaucoup plus tôt que je n’aurais pu le faire. Il remportera à la sortie leurs bénédictions accompagnées de toutes celles des officiers ministériels de Paris, de la France et de l’étranger.

Vive la République!
Salut et fraternité.

Colonel Lisbonne,
Ex-forçat de la Commune et directeur
des Frites révolutionnaires.

« Gazette littéraire. » Paris, 1889.

Pierre d’achoppement

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revolution

Au plus fort de la révolution, au temps de la fraternité de Caïn, selon l’expression de Chamfort, un des cent mille districts de la République était administré par cinq membres complètement illettrés.

Un jour, la commune de Paris fit passer à tous les districts le signalement des suspects, longue et diffuse nomenclature où il était dit que tous les individus désignés étaient autant de pierres d’achoppement. Ce mot fit rêver profondément les membres de notre district. L’un d’eux, content comme Archimède, se rappelle qu’en effet il y a dans le faubourg un nommé Chopement. Pour comble de joie, le prénom de l’individu se trouve être Pierre.

Il n’y a plus de doute, il faut arrêter Pierre Chopement, honnête et pauvre maçon, père de quatre enfants, aussi incapable de conspirer contre la République que le district d’être savant. Un mandat d’amener est lancé contre Pierre Chopement qui est aussitôt expédié à Paris, garroté comme un malfaiteur dangereux.

Fouquier-Tinville s’égaya beaucoup à la lecture de cette étrange pièce. Il rassura le malheureux maçon et le renvoya chez lui avec un passeport, après lui avoir remis une lettre pour messieurs du district qu’il complimentait sur l’immensité de leur civisme.

 » Le Nouvelliste des Vosges. »  Epinal, 1896.
Illustration : Cesare Dell’Acqua.