« condamné à mort »

Danse macabre

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Un Hongrois, nommé Szalay, que la Cour d’assises d’Ohio a condamné à mort, a demandé avant d’être exécuté de danser encore un csardas aux sons d’un orchestre hongrois.

On a acquiescé à sa demande et on a fait venir dans la cour de la prison de Columbus, le chef d’orchestre, M. Serly, avec sa troupe, qui se trouvait par hasard en tournée. Szalay dansa quelques tours de csardas, puis la danse des volontaires hussards, très populaire parmi les militaires hongrois, et puis fondit en larmes. C’est la première fois qu’on l’a vu pleurer depuis son arrestation.

Le lendemain, il fut pendu haut et court.

« Le Progrès de la Côte d’Or. » 1907.
Illustration : Amy Duarte.

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Un dernier pour la route

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A Paris, quand un criminel, condamné à mort, était conduit au gibet de Montfaucon, on le faisait arrêter en route, dans la cour des Filles-Dieu, rue Saint-Denis, et là on lui donnait deux coups de vin à boire. Quand l’exécution se faisait dans Paris même, l’usage était de servir aussi du vin aux juges chargés d’y assister, et c’était le bourreau qui le fournissait. Au moins ce fait se produisit-il, en 1477, à l’exécution du duc de Nemours.

Dans un compte de la prévôté de Paris, rapporté par Sauval, on voit une somme de 12 livres 6 deniers allouée au bourreau pour du pain, des poires et douze pintes de vin, fournis, « à Messieurs du Parlement et officiers du roi estant aux greniers de la salle, pendant que le dit duc se confessait. »

« Musée universel. » A. Ballue, Paris, 1873. 

Dernier jour d’un condamné

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lcdl2C’est pour aujourd’hui ! Le geôlier de la prison l’a salué en entrant, le directeur l’a appelé monsieur; toutes ces politesses sentent la mort. Déjà il est monté dans la voiture qui doit le mener au bourreau ; la voiture part au grand trot, escortée d’un piquet de gendarmes, et, quand à sept heures et demie, elle s’arrête dans la cour de la Conciergerie, le misérable se croit déjà au pied de l’échafaud.

Ce jour-là, le ciel était sombre et pluvieux, un triste vent d’automne agitait les robes noires qui circulaient dans l’escalier du Palais de Justice, et en dehors on voyait un attroupement de peuple qui avait l’air de se préparer à une fête. Alors on le fit entrer dans la chambre où les condamnés attendent l’heure.

« Que voulez-vous ? », dit le guichetier.

« Un lit de sangle », répondit-il ; et le geôlier le regarda d’un air étonné, et qui semblait dire : « A quoi bon

Il s’endort, son rêve est doux et riant, et l’agonie attend son réveil. Cependant, il rêve encore, il rêve de ses jeunes amours, il rêve de son jeune enfant ; il revient au temps de ses plaisirs de collège, au temps de ses emportements de folâtre jeune homme; il a des amis et une vieille mère ! Puis il se réveille à une heure un quart. Malheureux ! il est presque mort ! Ses reins sont froids, son front brûlant; on dirait qu’un liquide flotte dans son cerveau et bat contre les parois de son crâne ; les yeux lui cuisent comme s’il était dans la fumée, il a mal dans les coudes. Encore deux heures et quarante-cinq minutes, et il sera guéri ! Puis on lui amène sa fille. Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux, elle est belle ! Pourquoi pas avec sa mère ? Sa mère est malade, sa grand-mère aussi ; c’est bien.

« Marie, lui dit-il, ô ma petite Marie ».

« Vous me faites mal, monsieur », répond la pauvre enfant en jetant un cri d’effroi.

Monsieur ! Il n’y a qu’un an, elle l’appelait son père. Elle a oublié visage, parole, accent; cependant, il l’embrassait encore, et la petite fille jouait avec un papier qu’elle chiffonnait dans ses doigts : c’était la sentence de mort de son père. La bonne de l’enfant avait eu le papier pour un sou !

« Rendez-moi mon papier ! », cria l’enfant.

Et le condamné la remit à sa bonne, et il retomba sur son grabat, sombre, désespéré, muet. A présent, ils peuvent venir ; il est bon pour ce qu’ils vont faire. Cependant, trois heures sonnaient. On est venu l’avertir qu’il était temps, et on l’a poussé entre deux guichets du rez-de-chaussée : salle sombre, étroite, voûtée, à peine éclairée par un jour de pluie et de brouillard. Une chaise était au milieu. Cette chaise était pour lui; et, en face, quelques personnes debout, un gendarme et trois hommes ! Le premier, le plus grand, le plus vieux, était gros et avait la face rouge. Il portait une redingote et un chapeau à trois cornes déformé; c’était lui. C’était le bourreau, le valet de la guillotine; les deux autres étaient ses valets à lui. A peine assis, les deux autres se sont approchés comme des chats ; puis, tout à coup, un froid d’acier dans ses cheveux qui tombaient par mèches sur ses épaules, pendant que l’homme en chapeau à trois cornes les époussetait doucement avec sa grosse main.

Autour, on parlait à voix basse. Il y avait un grand bruit au dehors, comme un frémissement qui ondulait dans l’air. C’était la foule qui s’amusait en attendant ! Tout à coup, un des valets enlève la veste du condamné; l’autre a pris ses deux mains qui pendaient, les a ramenées derrière son dos, roulant une corde autour de ses poignets rapprochés ; en même temps on détachait sa cravate, et le col de sa chemise tombait comme ses cheveux sous les ciseaux de l’exécuteur. A cette précaution horrible, au saisissement de l’acier qui touchait sa peau, ses coudes ont tressailli ; il a tremblé, et le valet du bourreau s’arrêtant :

« Monsieur, dit-il, pardon ! Est-ce que je vous ai fait mal ? »

Ces bourreaux sont des hommes très doux. La foule s’impatientait et hurlait plus haut au dehors. Alors, l’un des valets s’est baissé aux pieds du patient, il les a liés au moyen d’une corde fine et lâche qui ne lui laissait à faire que de petits pas. Et le bon prêtre s’est approché avec le crucifix :

« Allons, mon fils, a-t-il dit, partons…»

Le Ciel de Leyenda 2

Il se lève, il marche appuyé sur des valets ; ses pas étaient mous, et fléchissaient comme s’il avait eu deux genoux à chaque jambe. En ce moment, la porte extérieure s’est ouverte à deux battants. Une clameur furieuse, et l’air froid, et la lumière blanche,ont frappé en même temps les paupières du patient. Tout à coup, il aperçoit à travers la pluie mille têtes hurlantes entassées pêle-mêle sur la rampe du grand escalier du Palais ; à droite, de plain-pied avec le seuil, un rond de chevaux de gendarmes ; en face, un détachement de soldats en bataille; à gauche, l’arrière d’une charrette, auquel s’appuyait une raide échelle: tableau hideux, bien encadré dans une porte de prison.

« Le voilà ! le voilà ! », s’écriait la foule.

Il sort enfin, et les plus proches battaient des mains. Si fort qu’on aime un roi, ce serait moins de fête ! C’était une charrette ordinaire, avec un cheval étique et un charretier en sarrau bleu, à dessins rouges, comme ceux des maraîchers des environs de Bicêtre. Le gros homme est monté le premier.

« Bonjour, monsieur Samson! », criaient des enfants pendus à des grilles.

Un valet l’a suivi. « Bravo ! hardi ! », ont crié de nouveau les enfants ; ils se sont assis tous deux sur la banquette de devant. Après quoi, il est monté d’une allure ferme.

« Il va bien ! », a dit une vieille femme.

Cet atroce éloge a relevé son courage. Un coup de fouet a mis le cortège en marche; gendarmes devant, gendarmes derrière ; puis de la foule, de la foule et de la foule, une mer de têtes sur la place. On allait au pas. Le quai aux Fleurs embaumait, c’était un jour de marché. Les marchands ont quitté leurs bouquets pour le voir passer. On louait des tables, des chaises, des échafaudages, des charrettes. Des spectateurs criaient à tue-tête :

« Qui veut des places ? »

Les femmes se disputaient à qui aurait la plus commode. Cependant, la charrette avançait, et plus il approchait du terme, plus il commençait à ne plus voir, à ne plus entendre toutes ces voix, toutes ces têtes aux fenêtres, aux portes, aux grilles des boutiques, aux branches des lanternes, ces spectateurs avides, cette route pavée et murée de visages humains. Tout à coup la Seine s’élargit, la voix de la foule est devenue plus vaste, plus glapissante, plus joyeuse encore ; la charrette s’est arrêtée subitement; c’est là ! Alors on apporte une échelle à l’arrière de la charrette ; le misérable a levé la tête, et il a vu ! Une espèce d’estrade en bois rouge, avec deux grands bras et quelque chose de noir au-dessus. Au pied, un escabeau, rouge aussi, mais d’un rouge plus foncé et plus acre; dans le coin, le reste de la chandelle avec laquelle on avait graissé la rainure…

Extrait de » Œuvres de jeunesse  »   Jules Janin, Jouaust Editeur, 1876.