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L’honneur du commandant

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vizcayaSi l’épopée n’était pas née en Grèce elle serait venue au monde en Espagne, dit le Gaulois. Qu’importent à l’Espagnol, la fièvre, la faim, la misère en haillons, s’il lui reste l’honneur. A propos de fierté le correspondant du Figaro conte l’anecdote  suivante survenue durant le conflit hispano-américain : 

Lorsque le cuirassé espagnol Vizcaya leva l’ancre pour sortir du port de New York, son départ fut salué par de formidables coups de sifflets et par des huées que lançaient des milliers de Yankees réunis sur les quais. Le commandant du cuirassé, M. Eulate, entendit l’ovation et fit stopper immédiatement. Il ordonna de mettre son canot à la mer et dit au second du navire :

 Je vous confie le commandement. Je vais descendre seul à terre. Si vous entendez un coup de feu, bombardez New York ! 

Il sauta dans le canot et se fit débarquer sur le quai, au milieu de la foule hostile. S’adressant à un groupe il s’écria :

— Le premier qui siffle, je lui brûle la cervelle !

Personne ne siffla, et pendant vingt minutes M. Eulate se promena sur le quai, devant la foule silencieuse. Lorsqu’il regagna son bord et que le Vizcaya se mit en marche définitivement, on n’entendit aucun coup de sifflet.

L’anecdote est authentique. 

Nous ne mettons pas en doute la valeur guerrière des Américains, mais avec de pareils adversaires ils auront certainement fort à faire. 

« La Joie de la maison. » Paris, 1898.

Grève d’un nouveau genre

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C’est un signe des temps, un curieux « tournant » d’histoire moderne, qu’il faut enregistrer pour la postérité: les pilotes d’une Compagnie d’aviation hollandaise se sont mis en grève la semaine dernière à propos d’une question de salaires. Le fait est nouveau et sans précédent, mais vous le voyez il y a commencement à tout !

Après avoir ramené leurs « zincs » aux aéroports d’Amsterdam et de Rotterdam, les aviateurs-grévistes ont abandonné le travail, refusant de repartir tant, que leurs revendications ne seraient pas écoutées favorablement. Voici comment a éclaté ce singulier conflit :

L’aviateur Van Dyck a été chargé par sa Compagnie d’assurer le 25 septembre prochain le service aérien d’Amsterdam à Batavia, petite balade de 14.000 kilomètres qui fut réalisée pour la première fois par le lieutenant Koppen et le pilote Fryns, du 1er au 10 octobre 1927.

Or Van Dyck, estimant ses appointements insuffisants, a déclaré qu’il ne marchait pas, et au lieu de l’augmenter, on lui a résilié son contrat. Tous ses camarades, mécontents, se sont aussitôt solidarisés avec lui. C’est un rude métier que le leur : il veulent être payés davantage, et, pour l’obtenir, ils n’ont pas hésité a proclamer la grève au manche à balai.

Les patrons furent terriblement embêtés, car s’il est possible de trouver, en temps de grève, des maçons ou des plâtriers disposés à travailler, il est beaucoup plus difficile de se procurer à volonté des as capables de conduire un aérobus jusqu’à Batavia… Heureusement qu’a été inventé l’avion sans pilote, et il fut question d’utiliser quelques-uns de ces étonnants « gyropilotes automatiques ».

Ainsi l’automate substitué a l’homme, semble appelé à bouleverser, dans un avenir peu éloigné, toutes les vieilles conditions de la vie sociale.

« Hebdomadaire de Paris. » Paris, 1930.