Congrès du Film scientifique

Victime d’un vampire ?

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vampireDans la nuit du dimanche au lundi, Jean Painlevé terminait, dans les laboratoires des Arts et Métiers, le montage de son film Le Vampire, qui va être présenté le 14 octobre au Congrès du Film scientifique.

Dans son documentaire où sont écrites les étrange et nocturnes mœurs de ces bêtes nourries de sang, le savant avait intercalé plusieurs fragments du film Nosferatu le Vampire, réalisé il y a plus de vingt ans par le célèbre metteur en scène Friedrich Wilhelm Murnau. Cette production avait, à l’époque, défrayé la chronique, non seulement pour l’audace de sa réalisation, mais encore à cause de mystérieuses coïncidences dans le déroulement de
certains événements.
nosferatuOn voyait en effet, dans ce film, le vampire Nosferatu quitter son navire où sévissait la peste, en rade d’un port nordique, portant son cercueil sur ses épaules. Murnau mourut en Californie, mais son corps, rapatrié en Allemagne, resta à bord d’un bateau en quarantaine, au large d’un port nordique, en tout semblable à celui où prenait pied son personnage d’épouvante.

On apprenait également que les techniciens, collaborateurs de Murnau, qui revenaient d’Océanie où ils avaient fait des prises de vues, trouvèrent tous la mort, peu de temps après leur retour en Europe. Une légende naquit de toutes ces troublantes coïncidences et l’on rappela qu’une tradition vaudou condamnait à une mort rapide ceux qui osaient s’intéresser au vampire.jeanpainleveJean Painlevé, le premier, défia cette malédiction. Il entreprit, avant la guerre, la réalisation de ce film documentaire, au cours duquel on peut voir le vampire attaquer un cobaye et sucer le sang de sa victime.

Deux bêtes furent amenées à cet effet d’Amérique du Sud. L’une fut expédiée à Londres, l’autre à l’institut Pasteur, à Paris. Mais la réalisation du film fut interrompue en 1939 par la mort de l’animal, exécuté par ses gardiens, qui craignaient qu’au cours d’un bombardement la bête ne s’échappât et n’attaquât les habitants.

Ce n’est que cette année (1945) que Jean Painlevé, qui avait refusé de produire des films sous l’occupation, se mit en devoir de terminer son œuvre. Il y a trois jours, il en finissait le montage dans son laboratoire, lorsqu’un incendie, dont les causes restent mystérieuses, se déclara dans la salle. Le film prit feu et Painlevé fut gravement brûlé au visage. Grâce à son sang-froid. les précieuses images ont pu cependant être sauvées et le public pourra voir — à ses risques et périls — le fruit d’un travail qui ne fut pas de tout repos.

Minnie Danzas. « Ce soir : grand quotidien d’information indépendant. » Paris, 12 octobre 1945.