contrebandiers

La dernière incarnation des contrebandiers

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louis_abel-truchetOn sait que les vêtements confectionnés en Belgique sont frappés à leur entrée en France d’un droit d’importation proportionnel variant entre 20 et 50 % de leur valeur marchande.

Depuis quelque temps, une foule endimanchée passait la frontière du Nord chaque dimanche matin et s’ébattait joyeusement dans les kermesses françaises. Le soir, au retour, un peuple en haillons prenait les trains d’assaut et regagnait ses demeures, l’estomac et le gousset bien garnis.

Nos fins douaniers ont ouvert les yeux, après s’être bornés à les écarquiller. Ils ont arrêté la comédie et les comédiens.

Certain jour du mois dernier, deux-cents Belges flambant neuf des pieds à la tête, se sont vus obligés de descendre en gare de Tourcoing, et on leur a fait rebrousser chemin. Ils étaient furieux. « Pour une fois, sais-tu, Monsieur, c’est ennuyeux ! »

Bah ! Vous trouverez un autre tour dans votre sac.

« Le Journal du dimanche. » Paris, 21 juin 1903.

Peinture de Louis Abel-Truchet.

Le gouvernement des contrebandiers

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al_caponeChicago, 9 Sept. — On apprend que le fameux roi américain des contrebandiers en alcool, Capone « le Balafré », qui a à sa disposition un très grand nombre de personnes ayant souvent maille à partir avec la justice, a décidé de « réorganiser ses intérêts » en une coopérative dont les activités porteront surtout sur la vente de la bière et sur les jeux de hasard.

Al Capone  aurait donc décidé d’organiser un « cabinet » dont il serait, évidemment, le président, et dans lequel il confierait des « portefeuilles » à certains de ses anciens ennemis, de façon à éviter la concurrence.caponeCe « cabinet » en question comprendrait entre autres : un secrétaire d’Etat « pour la fabrication de la bière », un secrétaire d’Etat « pour les livraisons », un secrétaire d’Etat pour « l’expansion des vices », un secrétaire d’Etat « pour les jeux », deux secrétaires d’Etat « pour le département de la guerre », ces deux secrétariats d’Etat étant confiés à des gens capables d’abattre un homme à coups de revolver, à 50 mètres de distance. L’un d’eux a d’ailleurs pour sobriquet « Mitrailleuse »  Jack McGurn.

« Le Petit journal. » Paris, 10 septembre 1930.

Les bons de tabac

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maréchal-Canrobert.

Il est des anniversaires qui semblent insignifiants et qu’il convient pourtant de rappeler. Voici soixante ans que fut institué le bon de tabac par l’illustre maréchal Canrobert.

L’affection et l’amour du maréchal pour les soldats sont connus. Sa préoccupation constante était d’assurer leur bien être matériel. C’est pourquoi il provoquait fréquemment leurs réclamations. En 1854, au cours d’une tournée d’inspection qu’il faisait à Lunéville, il avise dans les rangs un soldat à la physionomie franche et intelligente et lui pose les questions d’usage :

Es-tu content de l’ordinaire ? La soupe est-elle bonne ?
Enchanté, monsieur le maréchal. Mais ça manque de tabac !
Comment, ça manque de tabac ?
Mais oui, monsieur le maréchal, on nous interdit d’en acheter aux contrebandiers et celui de la régie coûte cher. Dame ! un sou par jour !
C’est bien, dit le maréchal : tu auras satisfaction.

De retour à Paris, le maréchal n’oublia pas sa promesse. Quinze jours après, une décision ministérielle instituait les bons de tabac. Et depuis lors, les bons ont été distribués régulièrement.

Le troupier français, qui en bénéficie tous les dix jours, a-t-il encore un souvenir pour le brave Canrobert ?

« Nouvelles de France : chronique hebdomadaire de la presse française. » Paris, 1914.

Allô ! douanier ? Pourquoi tu tousses ?

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fraudeurs

De tout temps, les fraudeurs ont employé des voitures rapides pour passer la contrebande à la frontière. Hippolyte Verly, dans son étude sur les Douaniers et contrebandiers à la frontière du Nord, décrivait ainsi la « voiture d’attaque ».

« La voiture d’attaque prend les allures de l’antique char de guerre; elle entend forcer le passage et arrive à fond de train, avec la violence d’une charge de cavalerie. Elle est montée par deux hommes, l’un conduisant, L’autre armé pour défendre l’abordage gourdin au poing et, à côté de lui, munitions diverses : pierres pour projectiles, poivre et tabac en poudre pour aveugler. Arrêter cette locomotive au passage n’est point une entreprise commode; plus d’un douanier y a laissé pied ou aile, quelquefois même son cadavre tout entier. »

Or, cette description ne s’applique qu’à la voiture d’attaque d’autrefois, qui était hippomobile. Mais les fraudeurs mettent à profit les progrès de l’industrie et de la science : les voitures d’attaque d’aujourd’hui sont automobiles. Et ce sont des automobiles construites tout exprès pour le but qu’elles remplissent.

Près d’Hazebrouck, on a découvert ces jours derniers une de ces voitures enlisée dans le fossé d’un chemin et abandonnée par les fraudeurs. C’est une formidable machine mesurant plus de six mètres de longueur, et pesant, avec son chargement, environ 5.000 kilos. Entièrement blindée, cette voiture est munie à l’avant d’une bande d’acier formant chasse-pierres et de balais spéciaux. 

Une cornière en fer en forme de rampe commence, à l’avant de la machine, à dix centimètres du sol et court des deux côtés en s’élevant vers l’arrière. Cette cornière a pour but de prendre au ras du sol les objets qui font obstacle, de les faire passer par dessus la voiture et de les projeter en l’air par l’arrière. Là ne se borne pas le rôle de cette rampe qui, en son milieu, est munie d’une série de lames pointues et tranchantes formant scie, afin de déchiqueter les mains des personnes qui s’aviseraient de se cramponner à la voiture. Ces sortes de scies étaient dissimulées par des draperies aux couleurs françaises et par de la verdure.

Il est évident que l’intention des fraudeurs qui montaient ce terrible engin était de faire croire qu’ils allaient à une fête.Le moteur, fort puissant, pouvait donner à la voiture une vitesse de 80 kilomètres à l’heure. Cette machine, qui, est toute neuve, paraît avoir servi pour la première fois. On estime que sa construction a dû coûter une vingtaine de mille francs. Les douaniers ont trouvé 1.500 kilogrammes de tabac de contrebande à l’intérieur de cette auto.

Que voulez-vous que fassent contre d’aussi formidables engins les malheureux douaniers, qui n’ont, pour toute défense, que les gaffes à crocs de fer dont ils se servaient naguère pour essayer d’arrêter les voitures d’attaque attelées de chevaux ?…

« Le Petit Journal illustré. »  Ernest Laut, janvier 1912.

Les éléphants sauveteurs

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éléphantCombien justifiées sont les objurgations de nos explorateurs qui voudraient qu’on utilisât l’éléphant domestiqué dans nos possessions d’Afrique.

Dans l’Inde, cet intelligent animal rend les plus précieux services. Non seulement on l’utilisait jusqu’ici pour une foule de travaux, mais on vient d’avoir recours à sa force et à sa taille pour assurer le sauvetage d’une foule de malheureux atteints par les inondations qui désolent l’Inde depuis quelque temps.

De pauvres gens réfugiés dans les arbres ou sur les toits de leurs maisons ont été préservés de la mort, grâce à des éléphants qu’on amena jusqu’à eux et qui les tirèrent de leur dangereuse position.

Or, tandis que les Anglais, dans leurs possessions d’Asie, tirent un si merveilleux parti de l’éléphant, nous autres, dans nos colonies africaines, nous laissons imprudemment détruire la race de ce précieux animal.

Pourtant, le général Faidherbe le grand précurseur de la colonisation française en Afrique, avait préconisé la domestication et le dressage de l’éléphant.

Mais on a oublié ses enseignements. Déjà l’Afrique du Sud a vu disparaître le grand pachyderme. Seul, le centre africain possède encore des éléphants, mais, du train dont y vont les chasseurs d’ivoire, la race est destinée à s’éteindre prochainement si on ne se décide à y mettre bon ordre.

« Le Petit Journal illustré. » Paris, août 1913.