coq

L’ivrogne

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coqIl existait à Falkirk, un petit coq de la race appelée bantam, dont les habitudes étaient assez extraordinaires, et font voir jusqu’à quel point les animaux peuvent prendre goût à des choses qui semblent tout à fait contraires à leur nature.

Par quelque circonstance, sans doute fortuite, notre petit gallinacée se trouva un jour en présence d’un verre de whisky. Loin d’imiter son confrère à la perle, il osa aborder ce limpide breuvage, et il le trouva si fort de son goût, que, depuis lors, il prenait hardiment sa place à table, toutes les fois qu’il voyait couler le nectar écossais. Rien n’était plus comique que de voir son impatience et le battement réitéré de ses ailes, pour obtenir une seconde ration, quand il avait savouré la première. Sa hardiesse alors tenait de la témérité : il éperonnait vigoureusement les mains de celui qui cherchait à lui enlever sa pitance.

Après sa petite bacchanale, s’il n’était pas le coq le plus fort du canton, il en était du moins le plus impertinent et le plus courageux. Du haut de son fumier, il proclamait avec force sa supériorité et sa bonne humeur.

Illustration : Xu Beihong.

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Le chant du Coq

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On raconte en pays Betsimisaraka, que dans des temps anciens, le Soleil, la Lune et Coq vivaient fraternellement auprès du Seigneur Parfumé, Principe et Créateur de toute chose.

Un jour le Soleil partit seul à la promenade, laissant à la maison le Coq et la Lune. Cette dernière en profita pour faire acte d’autorité, et ordonna au Coq d’aller chercher des
bœufs. Mais, indépendant et fier, le Coq refusa. Furieuse, la Lune saisit son frère Coq à la gorge et le précipita sur la Terre.

A son retour, le Soleil chercha le Coq. La Lune dut lui avouer pourquoi et comment elle avait puni le Coq de sa désobéissance. Le Soleil, indigné, s’écria :

« Puisque tu as perdu l’esprit de famille, tu ne partageras plus mes promenades, et je te condamne à errer la nuit qui sera désormais ton domaine. Moi, je resterai le seul maître du jour, et le Coq ne m’oubliera pas, car je l’aime. Tu n’entendras plus celui que tu as chassé, et à l’avenir il ne chantera que pour moi. »

Ainsi, chaque matin, dès que son frère se lève, le Coq, ravi de le voir paraître, et fidèle au rendez-vous, contemple le soleil et élève vers lui son hymne éclatant :

« Tonga zoky ô, Tonga zoky ô ! » ( Viens, ô mon cher aîné !)

Mais au crépuscule, quand disparaissent les derniers rayons du soleil et que se montre la Lune, alors le Coq se hâte de rentrer dans sa maison, pour ne pas apercevoir sa détestable sœur.

« Air-France revue : revue trimestrielle. »  Paris, 1949.
Illustration : Prosper Alphonse Isaac.

Statistique avicole

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poulaillerCertain préfet avait adressé aux maires de son département une circulaire pour leur demander le nombre d’œufs que les poules avaient, dans une année, pondus dans leurs communes.

M. le maire de X… envoya à son supérieur le nombre d’oeufs pondus dans sa commune, plus la moitié d’un œuf.

Grand embarras à la préfecture. On convoqua le conseil.

Un jeune conseiller trouva tout de suite que la moitié d’un oeuf était un oeuf sans jaune. Son aîné, la lumière du conseil, vit au contraire que c’était un oeuf sans blanc. L’avocat de l’administration fut appelé, et, après mûre réflexion, il fut d’avis que la moitié d’un oeuf était un oeuf imparfait, à moitié vide.

Le préfet restait toujours embarrassé dans le choix de ces trois opinions. Fallait-il avoir recours au conseil d’Etat ?

Il prit le parti le plus sage, celui de demander des explications à M. le maire de X…, qui lui répondit immédiatement :

« Monsieur le préfet, aux extrêmes limites de ma commune et d’une commune voisine une poule noire avait fait son nid, dans lequel on trouva un œuf; il était de toute justice de l’attribuer par moitié à chacune des deux communes limitrophes.

« J’ai l’honneur d’être, monsieur le préfet, le maire de X…, en Normandie. »

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1886.

Les voleurs et le coq

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Les voleurs ayant pénétré dans une maison n’y trouvèrent qu’un coq et l’emportèrent.voleurs_coq

Le coq, voyant qu’ils allaient le tuer, les supplia de le relâcher:

Car, disait-il, je suis utile aux hommes; c’est moi qui, la nuit, les rappelle au travail en les réveillant.

Raison de plus pour te tuer, répliquèrent les voleurs; car, en les réveillant, tu nous empêches de voler.

C’est précisément ce qu’on fait de bien aux braves gens qui est le plus grand obstacle aux desseins des méchants.

 Esope.