coquetterie

Les petits petons de Loti

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On a dit que Pierre Loti avait la coquetterie des chaussures étroites. La vérité est que l’auteur de Madame Chrysanthème avait des pieds remarquablement petits.

Un soir, dans un bal à la préfecture maritime de Toulon, une dame, près de laquelle il s’était assis, lui demanda, légèrement rougissante, en voyant qu’il regardait ses pieds aussi finement chaussés qu’élégamment gantés :

 Ils vous plaisent, mon cher maître ?
— Ils sont charmants, répondit Loti. Mais c’étaient vos souliers que je regardais. je parie qu’ils m’iraient.

La dame, un peu dépitée, se leva et demanda à l’Académicien de la conduire au buffet.

« Les Spectacles. »Lille, 1923.
Illustration: peinture de Lucien Lévy-Dhurmer.

Les coquetteries d’Eugénie Foa

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Eugénie Foa, qui a écrit de si jolis petits livres pour les enfants, figurait aux soirées de Pradier. Un soir qu’il s’y donnait un grand bal costumé, elle arriva en habit de bergère, costume bien trop prétentieux pour sa grosse personne, ce qui fit dire à Jules Janin :

Cette bonne Eugénie me fait pourtant l’effet d’une bergère qui a mangé tous ses moutons… 

Et c’était non-seulement au bal, mais encore partout, que ce respectable bas-bleu avait des prétentions à la beauté; aussi on raconte que, vers la fin de sa vie, ayant abjuré la religion juive, elle dit un jour à l’abbé de Ratisbonne, son directeur :

Est-ce un péché, mon père, que de trouver du plaisir à entendre les hommes me dire que je suis jolie ? 

Ce à quoi l’abbé répondit avec finesse :

Certainement, mon enfant, car il ne faut jamais encourager le mensonge.

Alphonse Karr, dans une autre occasion, fut plus courtois, sinon moins caustique; car, un jour que Mme Foa déplorait devant lui la perte d’un poisson rouge qu’elle aimait, il improvisa sur-le-champ le quatrain suivant :

Aucun homme ne bouge
Sous ta céleste loi :
Jusqu’à ton poisson rouge
Qu’est mort d’amour pour toi !

« La Petite revue. »  Paris, 1866.

 

L’âge avancé

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femme

Blanche Vogt raconte dans l’Intransigeant le curieux procès que voici :

Un monsieur vient de mourir en laissant toute sa fortune à sa cuisinière, sous la réserve d’une condition. Ce patron a stipulé sur son testament que pour jouir de ses biens, quand il mourrait, Julie devait être dans un âge avancé.

Un neveu intéressé, comme il s’en trouve quelquefois, attaque le testament sous le prétexte que Julie n’ayant que 49 ans à la mort de son maître, cet âge ne constitue pas un « avancement » suffisant pour justifier la nécessité d’hériter.

La question est portée devant un tribunal de province. Les juges seront sans doute bien embarrassés pour la trancher. Une femme de quarante-neuf ans est-elle une femme d’un âge avancé ? Julie, la cuisinière, l’assure d’une voix forte. Et c’est peut-être la première femme qui mette tant de franchise et si peu de coquetterie à cet aveu.

Le neveu, en galant chevalier, va partout clamant qu’à 49 ans une femme est à la fleur de l’âge, voire même qu’elle participe encore de l’adolescence. On dit que cette rare délicatesse semble suspecte à certains experts en toge.

Comment se comporteront les magistrats français ? Peut-être laisseront-ils la question indécise, de sorte que les femmes de 49 ans conserveront le bénéfice du doute.

« La Revue limousine. »  Limoges, 1927. 

Les premiers fards romains

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Antoine-Watteau

Ce n’est certes pas dans les premiers siècles de la République romaine que l’on trouve l’usage des fards : les femmes partageaient les vertus héroïques et les moeurs sévères de leurs maris et ignoraient tout artifice de toilette. Mais quand, par la conquête du monde, ils introduisirent chez eux la richesse, les Romains y ramenèrent en même temps le luxe et la coquetterie, comme plus tard, les croisés de retour d’Orient, devaient rapporter en  Europe l’élégance musulmane.

Bref, c’est à cette époque que les Romaines commencèrent à se farder, mais d’un fard qui était fort grossier, car ce n’était pas autre chose que de la terre de Chio ou de Samos délayée dans du vinaigre. Puis les Romaines firent usage du blanc de plomb, quoiqu’elles connussent déjà ses inconvénients. quant aux fards rouge, on les tirait des végétaux ou de la dépouille des animaux.

Ce qui était encore plus grossier, c’est la façon dont on appliquait le fard sur la figure. L’esclave chargée de farder sa maîtresse devait mélanger le fard avec sa salive, ainsi qu’un auteur latin l’explique en détail :

« L’esclave, avant de commencer l’importante opération, souffle sur un miroir de métal et le présente à sa maîtresse. Celle-ci sent à l’odeur si la salive est saine et parfumée. Elle sait ainsi si elle a mâché les pastilles qui lui sont ordonnées, parce que c’est avec sa salive que l’esclave doit broyer le fard et l’appliquer, afin de l’étendre également et de le fixer sur les joues de sa maîtresse. »

Brrr… On a heureusement fait quelques progrès depuis. Sans cela nos actrices refuseraient énergiquement de se farder.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.
Illustration : Antoine Watteau.