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Le cheval du corbillard

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La veille de sa mort, le jeudi, Me Paillet assistait au service de M. Jacquemin , ancien avocat à la Cour de cassation et chef du contentieux à la préfecture de la Seine.

La cérémonie dura une heure et demie, et Me Paillet accompagna le corps jusqu’au cimetière. Un ami lui demanda comment il allait :

Assez mal , répondit-il, je ne suis pas content de ma santé.  

A ce moment le cheval du corbillard se cabra, on eut beaucoup de peine à le maintenir.

Est-ce que par hasard , reprit Me Paillet, ce gaillard-là, aurait des actions dans l’entreprise des Pompes funèbres !  

C’est peut-être le même cheval, qui, trois jours plus tard, l’a conduit au cimetière. 

Journal parisien, 1955.

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La dernière halte

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Dryburgh-abbaye
Ruines de l’abbaye de Dryburgh.  LeCardinal

Lord Glenconner avait fait don à la nation britannique de l’abbaye de Dryburgh, où repose Walter Scott. On raconte, à ce propos, une anecdote touchante.

Walter Scott, qui avait choisi lui-même le lieu de sa sépulture, se rendait fort souvent de son château d’Abbotsford à l’abbaye de Dryburgh à cheval. Le romancier menait sa monture le long des berges verdoyantes de la rivière Dee et avait coutume de s’arrêter à certain point de la route pour admirer le paysage. 

Le jour des obsèques de l’illustre écrivain, le cheval fut placé derrière le corbillard de son maître, qu’il suivit, tenu à la bride par un groom. Au moment où le cortège atteignait la halte favorite de Walter Scott, le cheval s’arrêta de lui-même. Ordre tout aussitôt donné au cocher du corbillard d’arrêter le convoi et d’attendre que la bête consentît à reprendre sa marche.

La halte s’était renouvelée pour la dernière fois.

Photo d’illustration : LeCardinal

Cumul

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corbillard.

En voyant passer un enterrement, on a pu se demander parfois pour quelle raison le cocher du corbillard, tout en surveillant la marche lente de ses chevaux, lorgne de droite à gauche, le nez en l’air, dans une attitude méditative, les façades des maisons.

Ce n’est pas, croyez-le bien, qu’il rêve aux tristesses de sa lugubre profession ni qu’il creuse l’éternel problème du To be or not to be… Très prosaïquement, il relève, pour le compte de quelque agence de location, les numéros des maisons où se trouvent des appartements, logements, boutiques à louer et ainsi, par ce cumul bizarre, il ajoute quelque peu à ses maigres appointements.

Tout en conduisant les morts à leur dernière demeure, le cocher de corbillard en cherche pour les vivants.

« La Joie de la maison : journal hebdomadaire. »  Paris, 1892.