coups et blessures

A propos de duel

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hommes-duelL’antiquité n’a pas connu le duel proprement dit, les combats singuliers n’y étaient que des épisodes de la guerre. Rien n’était réglé. On cherchait à se tirer d’affaire comme on pouvait, sinon par la force ou l’adresse, du moins par la ruse. 

Ainsi un des sept sages de la Grèce, Pittacus, se battant contre un général athénien, jeta à la tête de son adversaire un filet qu’il avait caché sous son bouclier et le tua aisément grâce à ce stratagème. De nos jours, cela s’appellerait un assassinat. En Allemagne, les champions, arrivés au lieu désigné pour le duel, trouvaient un cercueil au milieu du champ clos. L’accusateur et l’accusé s’agenouillaient l’un à la tête, l’autre au pied de ce cercueil, et y restaient quelques moments en silence avant de commencer le combat. duel 1Quand le duel avait lieu entre personnes de qualité, on élevait des tribunes pour le roi, les juges du camp et les dames de la Cour. Ces espèces de théâtres étaient construits aux frais de l’accusateur, mais souvent, par fierté, l’accusé tenait à partager la dépense. Les propriétaires de certains terrains, préparés pour les combats judiciaires, s’en faisaient de gros revenus en les louant. 

La confiscation des biens suivait de droit la défaite. Une partie de la fortune du vaincu était dévolue au roi, l’autre, au seigneur haut-justicier. Or, comme les évêques, les abbés mitrés, les prieurs et les chapitres étaient considérés comme hauts-justiciers dans leur juridiction, ils trouvaient admirable que les procès civils et criminels fussent tranchés par le duel judiciaire. Quelle que fût l’issue, ils étaient sûrs du gain. duelLe dernier de ces combats autorisés par le Parlement eut lieu en 1385, entre deux gentilshommes normands, derrière l’église Saint-Martin-des-Champs. Il s’agissait d’un attentat sur la femme de l’un deux, dont l’autre était accusé. Le duel fut défavorable à ce dernier, que l’on acheva par ordre du roi Charles VI, spectateur du duel, en le pendant à une potence. Mais, quelque temps après, un malfaiteur, au moment d’expier d’autres crimes, s’avoua coupable de celui-là qui avait coûté la vie à un innocent. Cette cruelle méprise détermina le Parlement à repousser d’une façon systématique toutes les demandes en « gage de bataille ». 

Au Tibet, les deux adversaires jettent une pièce blanche et une pièce noire dans une chaudière pleine d’eau bouillante, puis ils y plongent en même temps la main. Celui qui retire la pièce blanche est considéré comme vainqueur. Seulement, on peut se demander en quoi consiste sa victoire, car ils doivent être tous deux affreusement brûlés et estropiés.

vrai duel
Cliché réel d’un duel entre deux cowboys

Les Américains des Etats-Unis se battent parfois au fusil dans une forêt : ils se cherchent comme un chasseur traque le gibier. Toutes les ruses sont permises : tantôt on se dissimule derrière un tronc d’arbre, tantôt on se couche dans l’herbe. On cite même l’aventure d’un duelliste qui était monté dans un énorme chêne et qui, du haut d’une branche où il perchait, invisible derrière le feuillage, comme un oiseau, tua son adversaire, qui s’avançait sans défiance. 

cow-boys-duelEn 1849, dans le Kentucky, un duel se termina d’une façon moins tragique. Il s’agissait d’une rencontre exigée par un jeune homme qui en avait provoqué un autre pour l’empêcher de faire la cour à sa sœur. L’amoureux n’avait aucune envie d’un combat qui ne facilitait certes pas un mariage désiré par-dessus tout. Il accepta cependant sous cette réserve qu’il aurait le choix des armes. 

Le choléra sévissait alors d’une façon terrible dans le Kentucky. 

Arrivé sur le terrain, l’amant tire d’un petit coffre une magnifique salade de concombres et plusieurs douzaines de pommes vertes :

Nous allons, dit-il, partager ce repas. L’un de nous aura sans doute le choléra après un tel déjeuner. Voilà mes armes.  

Les témoins réconcilièrent les deux jeunes gens, et tout finit par un mariage, comme dans un vaudeville. duel--Sous le premier empire, un projet de loi fut déposé contre le duel, qui n’est pas prévu dans notre Code et qui n’est puni que comme homicide ou coups et blessures, ce qui amène souvent l’acquittement. Le conseil d’Etat le repoussa, surtout pour le motif suivant : « Il existe une multitude d’offenses que la justice légale ne punit pas, et parmi ces offenses il en est d’indéfinissables ou qui tiennent à des matières si délicates que l’offensé rougirait de les porter au grand jour pour en demander une justice publique. Dans ces circonstances, il est impossible que l’homme se fasse justice autrement que par le duel ». 

Quoi qu’on fasse, ce sera là le sentiment français persistant. 

Jean Frollo, 1887.

Une nouvelle affaire Landru

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spiritisme

Landru, ses fiancées disparues, sa cuisinière-four-crématoire, Landru, don Juan populaire et ses exploits passionneront sans doute encore longtemps les foules. 

Le seigneur de Gambais a-t-il emporté un secret, après avoir passé, sur une place versaillaise entre les mains expertes de M. Anatole Deibler ? D’aucuns le prétendent et les spirites, qui depuis quelque temps se réunissent, chaque semaine, chez Mlle Jeanne D… espéraient enfin un soir dernier avoir le mot de l’énigme. 

Ces spirites avaient déjà évoqué l’esprit de Napoléon 1er qui, paraît-il, leur avait donné quelques détails inédits sur ses campagnes. Mme de Pompadour leur avait parlé de la guerre des sept ans et de Louis XV. La du Barry les avait entretenus de la Terreur… M. Félix Faure, lui-même, avait répondu à leur appel, de même que le maréchal Mac-Mahon, mais Landru… 

Les mains de douze personnes bien à plat comme il convient sur le guéridon, les doigts se touchant, les coeurs battant, une voix anxieuse (celle de la maîtresse de maison) avait balbutié :  

 Esprit de Landru… es-tu là ?  

Le guéridon, sous les douze paires de mains fébriles, avait fait un grand saut qui en langage de l’au-delà, signifie : oui. 

 Tu es bien l’esprit de Désiré Landru, qui mourut sur l’échafaud à Versailles ?  

Nouveau bond :

 Il n’y a pas de doute, déclara péremptoire Mlle Jeanne D…, c’est bien lui… nous allons lui demander s’il veut nous parler de ses femmes, de ses aventures, de ses amours…. 

Et sur ce dernier mot magique, la voix de la demoiselle spirite se pâma… 

Or, Landru, bon garçon (ou plutôt bonne âme) déclara, toujours par l’entremise du guéridon, qu’il était prêt à parler. Enfin, on allait savoir comment était morte Mme Cuchet, comment il avait envoyé dans un monde qu’on dit meilleur Mme Collomb, comment il avait occis Mme. Mercadier, comment… 

 Mais, dit alors un sceptique, qu’est-ce qui nous prouve que c’est bien l’esprit de Landru ?
— Il n’y a pas de doute.
— Mais si…
— Mais non…
— Imbécile… incroyant…, abruti…, etc., etc. 

Des mots plus aigres que doux étant échangés, on en vint aux mains qui, pour la circonstance, avaient abandonné le marbre froid du guéridon. Et ce fut une mêlée générale : coups de pied, coups de poing, vitres prisées, tableaux arrachés, chaises qui tournaient… sur la tête des combattants. 

Brusquement, la porte s’ouvrit figeant les belligérants sur place. Qu’allait-il se passer ? l’esprit vengeur de Landru réincarné apparaissait-il ? 

Non… le visage légendaire à la barbe noire qu’on vit pour la dernière fois dans le panier de M. de Paris, ne se fit pas voir… un agent, à la bonne figure épanouie, se montrait sur le seuil, suivi d’un collègue et de la concierge de l’immeuble que le bruit fait chez Mlle D… avait inquiétée. Tout le monde s’en fut au poste. Prochainement, cette seconde affaire Landru aura son épilogue devant le juge de paix du 9e arrondissement, spirites et sceptiques se réclamant mutuellement des dommages-intérêts pour coups et blessures.

« Cyrano. » Paris, 1931.