coutume

Les bébés salés

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georges-de-la-tourSi saint Nicolas (celui de la légende qui ressuscita en soufflant dessus les trois petits enfants qu’a sept ans qu’sont dans l’saloir, où les a couchés un féroce charcutier), si  ce saint Nicolas, dis-je, se promenait en Arménie, il pourrait y exercer sa thaumaturgie protectrice de l’enfance.

Non que les Arméniens aient coutume de fabriquer des conserves avec les petits enfants qui s’en vont glaner aux champs, mais tout de même ils font subir à leurs nouveau-nés un traitement que j’oserai qualifier de barbare.

Cette coutume se pratique normalement. Dès leur naissance, les nouveau-nés sont entièrement recouverts de sel et restent ainsi pendant trois heures. Après quoi, on les lave à l’eau chaude.

Chez différentes peuplades d’Asie, ce séjour dans le sel se prolonge pendant vingt-quatre heures.

Cette coutume est attribuée à une superstition. Le sel exorciserait les nouveau-nés, leur procurerait la force et la santé, et les soustrairait à l’influence des mauvais esprits.

Il est à peine besoin de remarquer que ces petits êtres n’ont pas été consultés et que, s’ils l’étaient, ils seraient très probablement d’un avis différent.

« Nos lectures chez soi. » Paris,  1910.
Peinture de Georges de La Tour.

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Elles ont épousé un arbre

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M. Port, anthropologiste anglais, décrit dans le Globus une coutume indienne de mariage symbolique qui fera le bonheur de la Société des amis des arbres.

Dans certaines régions hindoues, une jeune fille ne peut se marier qu’après sa sœur aînée. Mais pour surmonter la difficulté, la sœur aînée peut épouser un arbre, des plantes ou des objets inanimés. Les suites fâcheuses que ne pouvait manquer d’entraîner la transgression aux coutumes, se trouvent de la sorte évitées, et la jeune sœur peut se marier en toute sécurité.

L’inconvénient se réduit à avoir pour beau-frère un peuplier, un orme ou un sapin. Mais il y a des compensations quand ce proche parent est un chêne dont il a nécessairement le coeur, ou bien un prunier, ce qui permet à la sœur ainée de secouer son époux suivant la méthode usitée dans les mariages non symboliques. Les dames indiennes qui ont des propensions au veuvage épousent tout naturellement un saule pleureur, et celles qui ont le caractère particulièrement cassant, un acacia. 

« La Tradition. » Paris, 1900.

Toast

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toast

Au fond du cœur de tous les Normands, il y a le souvenir de l’Anglais, dont ils ont conservé plus d’un usage, entre autres la coutume du toast, un des triomphes de M. Pouyer-Quertier, un Normand aussi, comme on sait. 

Un érudit de la société nous raconta l’origine de la coutume naturalisée chez nous et l’étymologie du mot. Les Anglais, pour porter la santé de quelqu’un, mettent dans le pot de bière un toast (pain grillé) qui reste au dernier buveur, lequel prononce le speech. A ce propos il rappela la galante anecdote suivante :

Un jour qu’Anne de Boleyn prenait un bain devant les seigneurs de sa suite, ce qui était légèrement shocking, pour une Anglaise, même belle, ceux-ci, pour lui faire leur cour, puisèrent à plein verre dans sa baignoire et burent à sa santé. Un seul gentilhomme, neveu de Buckingham, n’imita pas ses compagnons. On lui en demanda la raison :

— C’est que je me réserve le toast ! dit-il. 

Florian Pharaon.  » Le Figaro. » Paris, 1880. 

La befana des automobilistes

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C’est une gentille coutume romaine, pour le jour de l’Epiphanie. Les automobilistes, reconnaissants envers les agents qui règlent la circulation du haut de leur petite estrade, avec un bâton blanc qu’ils agitent comme de vrais chefs d’orchestre, offrent un cadeau à leur agent préféré.

Bouteilles de mousseux, vermouth, mortadelle, fruits, cigarettes sont donnés au passage à l’agent qui entasse les offrandes à ses pieds, sans pour cela cesser de surveiller le flot des voitures. Ces offrandes sont apportées à la caserne principale et fraternellement partagées entre les 400 agents, les 150 motocyclistes et cyclistes, les deux douzaines de gardes à cheval qui règlent la circulation dans la ville éternelle. 

Aux cadeaux des particuliers viennent s’ajouter plus de 150 paquets envoyés par l’Automobile-Club de Rome.

« L’Intransigeant. » Paris, 1934.

Amourettes et noisettes

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Les fillettes qui ont un amoureux, et les jeunes fiancées nous sauront gré de leur indiquer une coutume observée à la Toussaint (Halloween), dans le pays de Galles, l’Ecosse et quelques-uns des comtés du Nord de l’Angleterre.

Pour s’assurer si l’on est aimée, pour savoir si on le sera toujours, le soir du jour consacré à tous les saints, on jette dans le feu quelques noisettes. Les noisettes fument-elles, mauvais signe. Si elles s’enflamment du premier coup, au contraire, on est aimée, on le sera longtemps, toujours. On peut aussi disposer sur la table du salon une meule de blé en miniature. On tire la tige d’un épi. Si l’épi manque, on restera fille; s’il sort avec sa tige, on se mariera sûrement.

Jean de Paris. « Figaro : journal non politique. »  Paris, 1878.
Peinture : Berthe Morisot.

Loi des Lapons

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Entre autres singularités du royaume de Laponie, on compte une loi faite dans l’intention d’encourager la chasse des ours.

Cette loi donne à tout homme qui parvient à tuer un de ces animaux, le droit de ne pas habiter avec sa femme pendant une semaine entière. On prétend qu’au lieu de la loi sur le divorce, le gouvernement français va adopter quelque mesure semblable à la coutume laponne.

« Gazette Française. » Paris, 1833.

Origine des oeufs de Pâques

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L’historien Ælius Lampridius dit que le jour de la naissance de Marc-Aurèle Sévère, une des poules de la mère de ce prince avait pondu un œuf dont la coquille était couverte presque entièrement de taches rougeâtres. Cette princesse fut frappée de cette particularité, et elle s’empressa d’aller en demander la signification à un devin renommé.

Celui-ci, après avoir examiné la coquille de l’œuf, répondit que cette nuance annonçait que l’enfant nouveau-né serait un jour empereur des Romains. Pour ne pas exposer son fils à des persécutions, la mère garda son secret jusqu’en 224, année dans laquelle Marc-Aurèle fut proclamé empereur.

Depuis ce moment, les Romains contractèrent l’habitude de s’offrir des œufs dont la coquille était revêtue de différentes couleurs, comme souhait d’une bonne fortune.

Les chrétiens sanctifièrent cette coutume et y attachèrent une pensée de foi. En distribuant des œufs dans le temps pascal, ils se souhaitaient mutuellement une royauté, celle de triompher de leurs penchants, et, à l’exemple de Jésus-Christ, de régner sur le monde et sur le péché. Les œufs de Pâques avaient donc pour but de rappeler à ceux auxquels ils étaient offerts, que, comme Marc-Aurèle, ils étaient appelés à régner, et que, dès lors, ils devaient s’y préparer.

Le jour de Pâques, à la cathédrale d’Angers, deux ecclésiastiques sous le nom de corbeilliers se rendaient après Matines à la sacristie, prenaient l’amict sur la tête, la barrette sur l’amict, se revêtaient de l’aube, de gants brodés, de la ceinture et de la dalmatique blanches, puis sans manipule et sans étole , ils se dirigeaient vers le tombeau. Là chacun d’eux prenait un bassin, sur lequel reposait un œuf d’autruche, couvert d’étoffe blanche, puis se rendait au trône de l’évêque. Le plus âgé des deux s’approchait de l’oreille droite de l’évêque, et en lui présentant le bassin contenant l’œuf d’autruche, disait tout bas, d’un air mystérieux : Surrexit Dominus, alleluia ! Le Seigneur est ressuscité, alléluia ! L’évêque répondait : Deo gratias, alléluia ! Grâces à Dieu, alleluia ! Le deuxième  faisait la même chose du côté gauche. Puis, chacun d’eux parcourait tous les rangs des ecclésiastiques, l’un à droite, l’autre à gauche, en commençant par les plus dignes, répétant la même parole et recevant la même réponse. Les œufs étaient ensuite reportés à la sacristie sur les bassins.

Ces œufs annonçaient la royauté de Jésus-Christ, le commencement de son règne fondé sur sa résurrection. L’œuf de l’autruche avait paru symboliser plus qu’aucun autre la résurrection spontanée de Jésus-Christ, puisque, abandonné à lui-même, il éclot sous l’influence seule du climat brûlant des déserts. Le petit, pour sortir vivant de la coquille qui le retient captif, n’a besoin du secours ni de son père, ni de sa mère, mais il sort triomphant par sa propre puissance.

Dans un certain nombre d’églises, on remarque des œufs d’autruche suspendus devant l’autel principal, comme souvenir de la résurrection de Jésus-Christ, base et fondement de la religion catholique. Dans quelques autres, les œufs d’autruche remplacent le gland placé ordinairement au-dessous de la lampe qui brûle jour et nuit devant le Saint-Sacrement, touchant symbole de ces paroles : « Christus surrexit,jam non moritur. Le Christ est ressuscité, il ne meurt plus, et il répand la lumière, l’onction et la force maintenant et dans les siècles des siècles. »

« Les Veillées chrétiennes.L’abbé Vincelot, Essais étymologiques sur l’ornithologie. » Paris, 1865.