coutume

La Chandeleur

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galette-bretagneLe lundi 2 Février, jour de la purification, on fêtera la Chandeleur dans les campagnes et aussi dans les villes qui ne sont pas si infidèles qu’on le croit aux traditions du passé.

Comme beaucoup d’autres fêtes religieuses, celle là n’est pas qu’une adaptation chrétienne d’une réjouissance païenne et le paysan qui, de nos jours, bat sa farine pour en faire des crêpes qui doivent lui donner de l’argent toute l’année, ne se doute certainement pas qu’à l’exemple de tel ancêtre anonyme, disparu depuis deux mille ans, il rend hommage à son tour et à sa manière à Cérès, la Déesse des moissons.

Les proverbes, nos bons vieux proverbes où tant de vérités contrôlées sont résumées, s’occupent beaucoup de la Chandeleur et lui prêtent plus d’une influence.

On assure, par exemple, que le soleil est le mauvais compagnon de la fête. En effet :

Quand le soleil luit à Chandeleur croyez
Qu’encore un hiver vous aurez, et puis :
Quand la Chandeleur luit,
L’hiver quarante jours s’ensuit.

Et voici encore un dicton qui, sous sa forme originale, exprime la même prévision : « Si la loutre voit son ombre le  jour de la Chandeleur, elle rentre pour quarante jours dans son trou ».

Donc, ne souhaitons pas voir le soleil le 2 Février. Il n’est pas besoin de lui pour nous apporter du bonheur. Il suffit de se livrer fidèlement aux pratiques traditionnelles en usage un peu partout. D’abord, les amoureux : Ceux-là ne se borneront pas à échanger des serments éternels sous la protection de la Vierge, car nombreux sont ceux ou celles qui en sont encore à la recherche de l’âme-sœur. Pour la trouver, pour la connaître, ils devront, la veille de Chandeleur, se placer devant le feu de l’âtre et, en lui tournant le dos, jeter sur les tisons une poignée de cendres. En même temps, ils prononceront l’incantation suivante :

Chandeleur, Chandeleur,
Je le cache à… heures;
Fais-moi voir en mon dormant
Celui que j’aurai d’mon vivant. 

Ensuite, ils iront se coucher, en ayant soin de ne parler à personne et ils pourront être assurés (du moins la tradition l’affirme) de voir bientôt en songe  l’image de celle ou de celui qui les aime ou qui les aimera.

Passons, à présent, à des buts moins  folâtres. Le cierge de la Chandeleur a plus d’une vertu. D’abord, il préserve de la foudre. Quand, la veillée finie, vous l’éteindrez, ayez soin, bonnes gens, de le conserver avec soin. Il pourra vous servir pour conjurer le mauvais sort qui peut frapper vos bestiaux. Vous n’aurez pour cela qu’à l’allumer sous le ventre des bêtes. On prétend aussi qu’une goutte de sa cire glissée dans une cartouche rendra infaillible votre coup de fusil et que trois gouttes jetées dans de l’eau bénite, rendront celle-ci efficace pour guérir l’érysipèle.

Faut-il vous avouer que notre confiance en de pareilles propriétés n’est pas très robuste ? Nous préférons croire à la vertu des crêpes. Si, en effet, contrairement à la légende, elles ne nous procurent pas de l’argent toute l’année, du moins avons- nous eu la satisfaction de nous en régaler. Ce doit bien être la raison pour laquelle la vogue de la Chandeleur est demeurée solide. Au dix-huitième siècle, Louis-Sébastien Mercier écrivait : « Toute fête fondée sur la bâfre doit être immortelle ». Celui-là connaissait les hommes…crepesDans maintes campagnes on croit toujours, dur comme fer, que la ferme où l’on ne fait pas de crêpes ou bien où elles n’ont pas réussi doit voir fatalement le blé de ses champs se carier, l’été venu. A la ville même, dans les patriarcales familles, on fait les crêpes de la Chandeleur. Chacun prend à son tour la queue de la poêle. Celui qui retourne correctement sa crêpe et la lance ensuite d’une main sûre pour la recevoir avec adresse dans le beurre bouillant, peut compter sur du bonheur pour toute l’année. Quant au maladroit qui la laisse retomber sur la plaque du fourneau sous la forme d’un chiffon fripé, il peut s’attendre à toutes les avanies du sort, jusqu’à la revanche de la Chandeleur suivante. Cependant, il y a certaines exceptions rituelles. Ainsi, en Normandie, du moins dans certaines contrées, la coutume est de faire sauter la première crêpe sur l’armoire où elle devra rester. C’est la condition indispensable au bonheur de la maison.

Il reste encore à dire un mot d’une coutume touchante et d’une légende poétique. En Bretagne, où les traditions sont demeurées si fortes, quand le marin ne rentre pas alors que la mer est mauvaise, sa femme rallume dévotement le bout de cierge de la Chandeleur. Si le vent l’éteint, c’est un présage redoutable. Mais si, malgré la bourrasque, la flamme résiste, Dieu soit loué, l’espoir est permis.

Et voici maintenant la légende : on assure que la purification marque aussi les fiançailles des oiseaux. De fait, on a remarqué que, ce jour-là, des vols innombrables passent et repassent dans la campagne. C’est un ébattement ailé qui dure jusqu’au crépuscule. Et l’on prétend que pinsons, rouges-gorges et fauvettes échangent les promesses qui seront consacrées. Mai venu, dans la douceur tiède des nids…

Les sceptiques souriront peut-être de nos puériles coutumes. Sans doute, la génération actuelle, plus terre-à-terre que ses devancières, ne s’attarde pas aux traditions populaires. Ne nous demandons pas si elle a tort ou raison. Disons simplement que les choses d’autrefois avaient leur charme et saluons-les au passage l’un souvenir ému.

Marcel France. « L’Écho de Bougie. » 1931.

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Le gâteau des Rois et de la Reine

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jacob-jordaens

Le roi, voulant donner à son deuil quelque trêve 
Et divertir toute la cour,  
Dans Versailles, ce riche et superbe séjour, 
Avec grand apparat fit un roi de la fève. 

Le roi boit, le roi boit !… Et les rires de redoubler et les battements de mains de devenir plus forts. 

Quelle jolie fête que celle-ci qui rassemble autour d’une table bien servie les parents et les amis ! quelle bonne et patriarcale coutume que celle du gâteau des Rois ! 

Dans quelques-unes de nos provinces, raconte Ourry, une des parts de ce gâteau est tirée pour le membre de la famille qui est absent. On la renferme avec soin, et suivant qu’elle se conserve plus ou moins bien, on y trouve un augure favorable ou contraire à la santé du parent éloigné. Combien je préfère, à cet usage superstitieux, la touchante habitude où sont tant d’autres familles provinciales de réserver dans le gâteau des Rois la part du bon Dieu, qui devient toujours celle de l’indigence ! 

On sait que la personne la plus jeune de la société est toujours chargée de prendre au hasard et de distribuer les parts de ce gâteau : ce fut pour Barjac, valet de chambre du vieux cardinal de Fleury, l’occasion d’une spirituelle flatterie : il trouva moyen de réunir, le jour des Rois, à la table de son maître, douze convives d’un âge si avancé que le cardinal se trouvant être le plus jeune, dut remplir les fonctions ordinairement attribuées à l’enfance. 

La royauté est accordée à celui qui possède la fève dans le morceau de gâteau qui lui est échu. Chez les Romains on tirait au sort avec des dés le roi du festin. De là nous vient certainement le roi de la fève. 

Dans le langage catholique, la fête des Rois est appelée Epiphanie. Elle célèbre le voyage des rois et des mages venant adorer l’enfant Dieu dans une étable de Bethléem. Le jour de l’Epiphanie, le diacre annonce à la messe, après l’Evangile, le jour où doit tomber la fête de Pâques. La raison de cet usage, nous dit l’abbé Baudeville, est que Pâques étant la règle du calendrier, le pivot de toutes les fêtes mobiles, le temps le plus convenable pour l’annoncer c’est la fête la plus rapprochée qui précède toutes celles que Pâques dirige. 

Le jour des Rois est généralement consacré en province à des repas de Gargantua. Tirer les Rois est une nécessité qui se fait généralement sentir, et on se renvoie la balle à n’en plus finir. On tire les Rois aujourd’hui chez monsieur le maire, demain ce sera chez l’adjoint, après demain chez monsieur le curé. Il faut que chacun paye sa tournée, comme on dit vulgairement dans notre argot parisien, et arrivé au commencement du Carême, on doit jeûner même par ordonnance, car le gâteau des Rois a été fortement arrosé, et l’estomac des festoyeurs est échauffé. 

On a bu tant de fois à la santé du roi ! sans oublier celle de la reine, car le roi sépare d’ordinaire la fève avec une dame ou demoiselle de la compagnie. La personne choisie est appelée reine. 

Souvent la fève des Rois a fait bien des mariages, et où est le mal après tout ? Mieux vaut ce jour-là en famille, au nez et a la barbe des grands parents qui encouragent parfois en dodelinant de la tête, et en choquant du verre, la première déclaration d’amour présentée par le roi, sous forme de fève, à une jeune fille timide qui lui répond en devenant rouge comme une cerise d’Enghien ou de Montmorency. 

Le roi boit !… le roi boit !… 

Pol de Guy. « Revue historique. » Paris, 1866.
Peinture de Jacob Jordaens.

Le pour-boire réformé

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voeux-anEn Angleterre, un particulier ne peut aller dîner nulle part, même chez son ami, qu’il ne donne un pour-boire plus ou moins considérable aux domestiques de la maison, et cela, selon la plus ou moins grande dignité des maîtres.

Cet usage exacteur choque surtout les étrangers, et beaucoup d’Anglais ont fait d’inutiles efforts pour le réformer. Cependant il a été aboli, il y a cinquante à soixante ans, dans presque toute l’Ecosse. Les juges de paix, les propriétaires de fiefs, en ont donné l’exemple en prenant la résolution, dans leurs assises, de ne donner jamais d’argent aux domestiques des autres. Ils furent ensuite imités par divers particuliers. Enfin les secrétaires du sceau, en Écosse, firent insérer, dans les papiers publics, la délibération suivante :

« Cejourd’hui, les secrétaires du sceau ayant examiné l’usage de donner, sous le nom de pour-boire, de l’argent aux domestiques, il leur a paru que cette pratique était nuisible aux mœurs des domestiques; qu’elle n’est en usage chez aucune autre nation; qu’elle déshonore la police de ce royaume; qu’elle met un obstacle à l’hospitalité, et qu’elle impose une taxe sur le commerce social des amis.

En conséquence, ils sont convenus unanimement de concourir, avec les personnes et les sociétés honorables qui ont donné un exemple louable en abolissant cette pernicieuse  coutume, et ils ont résolu qu’à compter de la Pentecôte de cette année, chaque membre  de la société défendrait expressément à ses domestiques de recevoir de l’argent de quelque personne que ce soit; qu’après ce terme, aucun membre de la société ne donnerait d’argent à aucun domestique, et ils ont ordonné que cette délibération serait rendue publique. »

Cette résolution excita un soulèvement général parmi les domestiques d’Écosse, que l’on prit soin d’apaiser. Leurs gages furent augmentés,et l’on peut voyager actuellement dans ce royaume, sans payer son gîte et son dîner, chez ses amis, quatre fois plus cher qu’à l’auberge. 

 César Gardeton. « La Gastronomie pour rire. » Paris, 1827.

Un repas aux oiseaux

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pere-noelC’est un usage assez répandu, en Suède et en Norwège, d’offrir, le jour de Noël, un repas aux oiseaux.

La dernière gerbe de la moisson est soigneusement conservée, chez les pauvres comme chez les riches, jusqu’à la veille de la grande solennité. Le vingt-cinq décembre, au matin, on la fixe au bout d’une perche et on en décore le pignon de la maison. C’est un charmant et étourdissant concert que celui de la gent granivore faisant tapage autour de ce mât  pour picorer les épis de blé. Tous les petits habitants de l’air prennent, eux aussi, leur joyeux festin et rendent grâces à la Providence qui, dans un jour si heureux, a voulu les combler d’allégresse. Cette ravissante coutume suédoise nous rappelle ces deux vers si connus :

Aux petits des oiseaux il donne leur pâture
Et sa bonté s’étend sur toute la nature
(1)

Un de nos meilleurs poètes a gracieusement chanté ce Réveillon des petits oiseaux  :

Et les oiseaux des champs ? Ne feront-ils la fête ?…
Eux que l’hiver cruel décime tous les jours.
Eux que le froid transit, que la famine guette
Sur l’arbre dépouillé du nid de leurs amours

Oh, non Pour eux, l’on cherche une gerbe emmêlée
Où des milliers d’épis se courbent sous le grain,
On l’étend sur la neige : « Accourez gent ailée,
« Car votre nappe est mise, et prêt est le festin ! »

Et vous voyez d’ici le pinson, la fauvette,
Le menu roitelet voleter à l’appel.

Tont en mangeant le grain, ils relèvent la tète,
Pour lancer une gamme, un cri de joie au ciel. 
(2)

(1) Racine, Athalie, acte II, scène VII.
(2) Comtesse O’ Mahony.

« Noël dans les pays étrangers. » Monseigneur Chabot. Pithiviers, 1906.

Les bébés salés

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georges-de-la-tourSi saint Nicolas (celui de la légende qui ressuscita en soufflant dessus les trois petits enfants qu’a sept ans qu’sont dans l’saloir, où les a couchés un féroce charcutier), si  ce saint Nicolas, dis-je, se promenait en Arménie, il pourrait y exercer sa thaumaturgie protectrice de l’enfance.

Non que les Arméniens aient coutume de fabriquer des conserves avec les petits enfants qui s’en vont glaner aux champs, mais tout de même ils font subir à leurs nouveau-nés un traitement que j’oserai qualifier de barbare.

Cette coutume se pratique normalement. Dès leur naissance, les nouveau-nés sont entièrement recouverts de sel et restent ainsi pendant trois heures. Après quoi, on les lave à l’eau chaude.

Chez différentes peuplades d’Asie, ce séjour dans le sel se prolonge pendant vingt-quatre heures.

Cette coutume est attribuée à une superstition. Le sel exorciserait les nouveau-nés, leur procurerait la force et la santé, et les soustrairait à l’influence des mauvais esprits.

Il est à peine besoin de remarquer que ces petits êtres n’ont pas été consultés et que, s’ils l’étaient, ils seraient très probablement d’un avis différent.

« Nos lectures chez soi. » Paris,  1910.
Peinture de Georges de La Tour.

Elles ont épousé un arbre

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mariage-hindou

M. Port, anthropologiste anglais, décrit dans le Globus une coutume indienne de mariage symbolique qui fera le bonheur de la Société des amis des arbres.

Dans certaines régions hindoues, une jeune fille ne peut se marier qu’après sa sœur aînée. Mais pour surmonter la difficulté, la sœur aînée peut épouser un arbre, des plantes ou des objets inanimés. Les suites fâcheuses que ne pouvait manquer d’entraîner la transgression aux coutumes, se trouvent de la sorte évitées, et la jeune sœur peut se marier en toute sécurité.

L’inconvénient se réduit à avoir pour beau-frère un peuplier, un orme ou un sapin. Mais il y a des compensations quand ce proche parent est un chêne dont il a nécessairement le coeur, ou bien un prunier, ce qui permet à la sœur ainée de secouer son époux suivant la méthode usitée dans les mariages non symboliques. Les dames indiennes qui ont des propensions au veuvage épousent tout naturellement un saule pleureur, et celles qui ont le caractère particulièrement cassant, un acacia. 

« La Tradition. » Paris, 1900.

Toast

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toast

Au fond du cœur de tous les Normands, il y a le souvenir de l’Anglais, dont ils ont conservé plus d’un usage, entre autres la coutume du toast, un des triomphes de M. Pouyer-Quertier, un Normand aussi, comme on sait. 

Un érudit de la société nous raconta l’origine de la coutume naturalisée chez nous et l’étymologie du mot. Les Anglais, pour porter la santé de quelqu’un, mettent dans le pot de bière un toast (pain grillé) qui reste au dernier buveur, lequel prononce le speech. A ce propos il rappela la galante anecdote suivante :

Un jour qu’Anne de Boleyn prenait un bain devant les seigneurs de sa suite, ce qui était légèrement shocking, pour une Anglaise, même belle, ceux-ci, pour lui faire leur cour, puisèrent à plein verre dans sa baignoire et burent à sa santé. Un seul gentilhomme, neveu de Buckingham, n’imita pas ses compagnons. On lui en demanda la raison :

— C’est que je me réserve le toast ! dit-il. 

Florian Pharaon.  » Le Figaro. » Paris, 1880.