coutumes

Le culte des morts chez les sauvages des temps  anciens et modernes

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hindous-culte-des-mortsLes Bretons, les Hibernois (Irlandais aujourd’hui) quoique élevés dans la religion des druides, mangeaient leurs morts.

Les habitants du Pont, les Massagètes, les Derbyces faisaient comme eux. Ces derniers, habitants de la Scythie asiatique, adoraient, on le sait, le soleil. Ils égorgeaient leurs septuagénaires, et dans leurs familles on mangeait les parents qui succombaient à une mort subite ou violente. Les Hircaniens n’enterraient les femmes que parce qu’ils les croyaient indignes d’avoir leur ventre mâle comme sépulture. Au Venezuela, en Amérique, on faisait rôtir les morts : puis on les découpait, on les pilait, et quand ils étaient réduits en bouillie, on les délayait dans du vin que l’on buvait religieusement.

Les Capanoguas d’aujourd’hui font également rôtir leurs morts, puis ils les mangent, dans la persuasion qu’ils ne sauraient mieux les honorer. Dans les îles Baléares, les habitants mettaient les corps en morceaux et les renfermaient ensuite dans une cruche qu’ils enterraient. Les Parthes, les Mèdes, les Barcéens, les Taxiles, les Hériens, tous les peuples de l’Asie, conquis par Alexandre le Grand, transportaient leurs morts au milieu des champs, des bois, des forêts, et ils les abandonnaient aux bêtes sauvages et aux oiseaux de proie. Ils attachaient aussi à des branches d’arbres les parents arrivés à une vieillesse décrépite et les laissaient expirer sans secours.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1885.  

Esprits domestiques

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En parlant des moeurs et des coutumes des Danois, le chevalier Pasck se moque souvent d’eux, et les accuse d’être superstitieux et crédules. 

« Dans tout le royaume de la Suède, dit-il, et dans plusieurs provinces danoises, on se sert des diables comme en Turquie on se sert des esclaves. On leur fait exécuter toute espèce de travaux, et on les appelle esprits domestiques.

M. Rey, notre ambassadeur en Suède, allant à Stockholm, fut forcé de laisser dans une petite ville de Fionie son valet de chambre, qui était tombé dangereusement malade. Un jour que cet homme se sentait un peu mieux et qu’il était tout seul dans la chambre, il entendit une musique agréable qui semblait venir de l’intérieur de la terre. Bientôt après il vit sortir par un trou de souris un tout petit bonhomme habillé à l’allemande, qui fut suivi de plusieurs autres, et de femmelettes toutes petites, parées comme des châsses, et enfin d’un orchestre.

Toute cette société se mit à danser joyeusement dans la chambre. Le malade effrayé n’osait faire un seul mouvement, ni respirer. Un de ces mirmidons, s’approchant de son lit, lui dit :

« N’ayez pas peur, on ne vous fera pas de mal. Nous sommes des esprits domestiques. Un des nôtres se marie. Nous ne ferons que passer par votre chambre, et, pour remerciement, vous aurez votre part de notre banquet. »

Quelques minutes après, tous sortirent, bras dessus, bras dessous, par la porte : le valet de chambre, ne se souciant pas de les revoir, poussa le verrou.

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Cependant les sons de la musique annoncèrent bientôt le retour de la noce. Trouvant la porte fermée, un des plus petits se faufila par une fente, et, après avoir menacé le malade du doigt, il ouvrit la porte à la noce. Toute la compagnie entra aussitôt, fit quelques tours dans la chambre, et disparut en se fourrant dans le trou de souris par lequel elle était entrée.

Une heure s’était écoutée, lorsqu’un des petits personnages revint et présenta au malade un gâteau aux confitures qu’il crut prudent de recevoir en faisant mille remerciements. Quelques instants après, le médecin et quelques autres personnes de la maison entrèrent dans la chambre, et, voyant le gâteau, demandèrent qui l’avait donné. Le valet de chambre raconta toute l’aventure, et refusa de toucher le gâteau, quoiqu’on l’y engageât beaucoup, en l’assurant que cela ne lui ferait pas de mal. 

Comme il persistait dans son refus, le médecin lui-même mangea le gâteau. Ces hérétiques ont une confiance superstitieuse dans la protection des esprits. Cependant, et si j’ai bonne mémoire, les sabres des Polonais s’ébréchaient rarement sur leur dos.

Il est vrai qu’avant chaque bataille nous frottions nos sabres aussi bien que nos balles avec les saintes huiles. »

« Le Magasin pittoresque ». Paris, 1837. 

Peinture de Nils Blommér.
Capture d’écran : « La belle au bois dormant et les 7 nains. » de Boris Aljinovic Harald Siepermann.

Les moissons joyeuses

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De nos jours les moissons sont bientôt faites. Le progrès a simplifié les durs travaux d’antan, mais, hélas ! il a supprime les riantes coutumes champêtres dont la simplicité ne manquait, ma foi, ni de grandeur ni de poésie. 

Dans certaines contrées de la France, les moissons se passent aujourd’hui sans faste ni solennités. A peine certains coins, dont les blés sont renommés, ont-ils conservé quelques anciens usages qui décorent d’un ton discret de gaieté cette période de la belle saison qui enrichit généralement plus d’un propriétaire.

Il n’en était pas de même, autrefois. Je me souviens, tout enfant, d’avoir entendu « narrer » des réjouissances qui précédaient et suivaient les premiers et les derniers jours de la Moisson. Je passais mes vacances en Bourgogne, dans cette riante Côte-d’Or qui justifie si bien ce nom mirifique que nos aïeux lui avaient octroyé ! A cette époque, ce n’était déjà plus la grande solennité du siècle dernier, mais c’était tout de même quelque chose de moins banal… de moins « sec » qu’aujourd’hui. 

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Les Moissons, c’étaient les plus beaux jours de l’année, les plus joyeux, les plus rémunérateurs. En Côte-d’Or, dès la huitaine qui précédait le début des travaux, on préparait les réjouissances, on escomptait les jours de joie. Le dimanche « d’avant » le commencement des coupes, le patron des champs réunissait à sa table tous les ouvriers qui allaient, pour lui, couper les blés. C’était une joyeuse journée où la table craquait sous l’amoncellement des victuailles et les bouteilles de vins vieux. Cette agape se désignait de cette expression locale :  « Planter les épines » où, encore, « Boire les vins ». 

La dernière voiture de blé qui rentrait à la ferme, les moissons achevées, donnait prétexte à une nouvelle réjouissance qui surpassait encore la première en abondance et en allégresse. Ce repas fastueux s’appelait la « poêlée » ou, dans les campagnes plus « distinguées »… la « pêlée ». 

Bien souvent les moissonneurs, pour être sûrs que ce festin ne leur serait pas supprimé, arrêtaient la dernière charrette de blé à la porte de la ferme et se couchaient sur le sol devant la voiture. 

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On ne la rentrait pas tant que le maître des champs n’avait pas fait apporter aux moissonneurs les paniers de victuailles et les bouteilles de vin que, d’après la coutume, ils étaient en droit d’exiger. Si les paniers étaient copieusement garnis, les moissonneurs, pour glorifier la récolte, dételaient l’attelage de la voiture, se mettaient à sa place et rentraient triomphalement la charrette dans la grange, en chantant de vieux airs du pays. 

Puis on goinfrait, on se divertissait en refrains accompagnés des sons d’accordéon ou de violon et on terminait le repas de midi (bien souvent la nuit venue !) dans une sauterie champêtre dont les patrons devaient faire les honneurs et… les frais dans d’innombrables polkas ou mazurkas à la mode locale. 

« Almanach des coopérateurs. » 1935.
Peintures : Julien Dupré. Amédée Guerard.

L’Epreuve du poison

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 Elisabeth Faure

Elisabeth Faure
Dans l’appareil judiciaire des indigènes de Madagascar, les épreuves physiques jouaient un grand rôle. Arrangés d’avance par l’arbitraire et la vénalité des juges, elles achevaient de fausser et d’anéantir toute notion du droit et de l’équité. La principale de ces épreuves était l’appel au poison. On ne se contentait pas d’y recourir en matière pénale, on l’étendait à toutes espèces de contestations. Sa pratique était d’une simplicité étonnante. Qu’on en juge:

Un Malgache était-il poursuivi pour un vol, par exemple, on l’obligeait à absorber la coupe préparée pour expérimenter sa sincérité. S’il en mourait, ce qui arrivait le plus souvent, c’est qu’il était coupable. S’il réchappait, on en concluait qu’il était innocent. Dans le cas d’un procès entre deux parties, on agissait autrement. On ne s’attardait pas à déférer le serment aux plaideurs, manifestation purement morale et dont la duplicité malgache se serait amusée. On ne les confrontait pas avec les témoins qu’ils auraient pu invoquer. On n’examinait pas les preuves produites. Mais on faisait apporter deux coupes pleines, et les deux plaideurs en avalaient le contenu inégalement composé. Tant pis pour celui qui avait omis ou refusé de se ménager en espèces sonnantes la complaisance du juge. Il perdait à la fois son procès et la vie.

Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que les malheureux Malgaches se soumettaient le plus passivement du monde à cette redoutable consultation. Souvent il se rencontrait de pauvres gens qui, croyant posséder un fétiche capable de neutraliser l’action nocive du breuvage, bravaient l’épreuve et y succombaient. Il y avait des catégories d’individus plus particulièrement menacées par ce mode de vérification, c’étaient les sorciers, les « jeteurs de sorts », les artisans en maléfices, ils étaient et ils sont encore nombreux dans les villages. Comme on leur imputait tous les malheurs publics ou particuliers, on visait à les exterminer, eux et leur famille. C’est ainsi que, devant une population assemblée, des centaines d’individus étaient contraints d’ingurgiter l’un après l’autre le poison meurtrier, et à peine l’avaient-il absorbé que la foule se précipitait sur eux pour les lapider. Ces sacrifices humains prenaient le nom d’ordalies. Un naturaliste anglais, sir William Jackson Hooker, fut le témoin de ces hécatombes, et il fit retentir de ses protestations toute la presse britannique. Mais rien n’y fit.

Le poison usité par les Malgaches était un végétal bien connu le tanguin. On l’appelait à Madagascar le Manrecbetsé. De la famille des Apocynées, cette plante pousse en abondance dans les forêts épaisses qui se développent le long de la baie d’Antongil, Tamatave et Ambohimanga. Il en est plusieurs variétés, mais la plus répandue est le Tangbinia venenifera. Elle s’élève en arbre jusqu’à 10 et12 mètres de hauteur; les feuilles en sont d’un beau vert, plus longues que larges, et les fleurs en sont roses, tachées de pourpre près de la tige. Le fruit du tanguin, de la grosseur d’un abricot, cache un noyau dur. On le broie, et il en coule une huile extrêmement amère qui constitue un poison mortel. On aura une idée de sa violence, en sachant qu’il suffit d’une amande pour empoisonner vingt individus. D’ailleurs, les fruits eux-mêmes arrivés à maturité sont considérés comme pouvant donner la mort à qui les mange.

Déjà, vers 1865, certains tribunaux malgaches parurent vouloir renoncer à ces errements barbares; mais ces usages étaient si fortement enracinés dans les mœurs que les habitants les faisaient revivre dans la vie privée, pour les règlements de leurs difficultés ou de leurs querelles. Il aura été de l’honneur de la France de les abolir définitivement.

 » A travers le monde  » Paris, 1899.