crédit

Tout flatteur…

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abbé-l'attaignant

Un pâtissier de la porte Saint-Marceau, qui faisait des opéras comiques, comme le perruquier André faisait des tragédies, lut à l’abbé de L’Attaignant une petite pièce intitulée la Galette.

L’Attaignant lui dit, en souriant, qu’il lui conseillait de la remettre au four.

Je vous entends, dit le pâtissier métromane, mais cependant M. …, professeur au Cardinal-Lemoine, que je fournis depuis vingt ans, m’a dit quelle était pleine de sel.
— Oui da, reprit L’Attaignant, mais ne faites-vous point crédit à ce professeur ?
— Vraiment sans doute, et, à l’heure où je vous parle, il me doit pour six cents francs de petits pâtés.
— Nous y voilà, poursuit L’Attaignant: trouvez mauvais qu’il vous doive six cents francs, et il trouvera mauvais que vous vous mêliez de faire des pièces. 

« La Diligence : journal des voyageurs. » Compagnie générale des annonces, Société Bigot et Cie, administration de la Diligence, du Chemin de fer, de la Malle-poste. Paris, 1845.

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Le galure du Gascon

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mousquetaire

Un mousquetaire Gascon, passant, dans une revue, devant Louis XIV, fit faire à son cheval un mouvement si brusque, que le chapeau du cavalier vola à terre. Un de ses camarades le lui présenta à la pointe de son épée :

Sandis ! s’écria le Gascon, j’aurais mieux aimé que vous m’eussiez percé le corps que mon chapeau.

Le roi, ayant entendu cette réponse, lui en demanda la raison :

Sire, dit-il, j’ai crédit chez un chirurgien, mais je n’ai pas la même faveur chez un chapelier

 » La Cloche d’argent : journal hebdomadaire, illustré, politique, littéraire et artistique. »  Rouen, 1884.
Illustration : capture YouTube.

Vieille connaissance

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Henri-Testelin

Jean-Baptiste Colbert, étant jeune, fut mis en pension pendant deux ans chez un procureur au Châtelet appelé Biterne. Le procureur avait une jolie fille, appelée Barbe. On l’appelait dans la maison dame Barbe. Elle fut mariée avec M. Colletet, autre procureur au Châtelet. Elle allait souper chez son père tous les dimanche et fêtes, et après souper, on la ramenait chez son mari. C’était ordinairement M. Colbert qui lui faisait cet office, lequel avait quelque inclination pour elle.

M. Colbert ayant ensuite passé par divers emplois, et étant enfin devenu ministre d’État, ayant le département des finances, dame Barbe maria une de ses filles a un homme qui avait à solliciter chez le Roi (Louis XIV) un remboursement de quinze à seize mille livres. On voulut obliger dame Barbe d’employer son crédit auprès de M. Colbert pour avoir ce remboursement. Elle ne voulait pas le faire, prétendant que M. Colbert qui était un marmot lorsqu’il était en pension chez son père, ne se souviendrait pas d’elle, ayant vu tant d’autres affaires depuis. Mais enfin elle y consentit, et lui alla présenter un placet.

Toutes les fois qu’elle se présentait devant lui à l’audience, M. Colbert se tournait de l’autre côté et la rebutait par ce moyen. Enfin l’audience étant finie, et ne restant plus que dame Barbe à expédier, M. Colbert se voyant seul avec elle, mettant ses deux mains à ses côtés, lui dit : 

Hé quoi ! dame Barbe; est-ce que vous croyez que je ne vous connois pas ? Pensiez-vous que je  voulois me fermer à votre souvenir ?

Il lui demanda comment elle se portait, voulut savoir l’état de toute sa famille, et prenant ensuite son placet avec les pièces y attachées, il lui promit de faire ce qui dépendrait de lui pour lui donner satisfaction. Quatre ou cinq jours après, il envoya à dame Barbe un arrêt du Conseil qui ordonnait le remboursement de la somme demandée, et une ordonnance de comptant au trésor royal.

Dame Barbe, autrement Madame Colletet, vit encore. Elle demeure à Paris dans le cloître Saint-Benoist avec son fils qui y est chanoine…

« Revue nobiliaire, héraldique et biographique. »  Paris, 1865.
Illustration : « Colbert présente à Louis XIV les membres de l’Académie Royale des Sciences créée en 1667. » Peinture de Henri Testelin.