crime

Si l’estomac vous en dit

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repas-japonSi vous souffrez par trop de la pénurie de viande, un bon conseil : faites-vous naturaliser Anglais et dégustez sans hésiter votre prochain. 

C’est l’agence Reuter elle-même qui, par le truchement de l’AFP, nous donne la recette dans l’instructive dépêche que voici : 

« Le lieutenant japonais Tachilzi Tacaki, qui avait été condamné à mort pour anthropophagie, a vu sa peine commuée en cinq années de prison, le code criminel anglais ne considérant pas le cannibalisme comme un crime. » 

Evidemment, on peut comprendre que la juridiction anglaise n’ait pas prévu cela. Mais alors, pourquoi cinq ans de prison ? Peut-être pour marché noir de viande sans tickets ?

« Regards. » Paris, 1946.

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Les premiers voleurs

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georges-de-la-tour

Entendons-nous bien, il ne s’agit point de clouer ici au pilori les premiers hommes qui pensèrent que le moyen le plus pratique pour se procurer quelque chose était le « larcin furtivement fait ». Il nous faudrait pour cela remonter à travers la nuit des temps, jusqu’aux origines de l’humanité. 

Nous voulons simplement parler des premiers mauvais garçons à qui on infligea le nom de voleurs. Cela ne remonte pas au delà du début du XVIe siècle. Jusque-là, on ne connaissait que des larrons, des pilleurs,  des coupe-bourse et des tire-laine : tels furent les compagnons de François Villon et les Coquillards. 

Quant au mot voleur, écrit le vieux Pasquier, l’ordonnance du roi François 1er faite contre eux nous enseigne l’origine, quand elle dit qu’il y avait de meschants hommes, lesquels faisaient semblant de voler l’oyseau, aguétoient des marchands sur les chemins; si cela n’est vray, il est bien trouvé. Ce texte est rappelé par M. Pierre Champion dans l’Envers de la Tapisserie qui nous apporte une documentation si précise sur les différents aspects de la vie publique et privée des Parisiens au temps de François 1er (Calmann-Levy). 

L’explication de Pasquier, qui séduisait encore Littré, est contredite par les étymologistes, gens redoutables, qui font venir le mot voler de vola, paume de la main. Ainsi, voler équivaudrait strictement à empaumer

Quoi qu’il en soit de cette question d’étymologie, c’est sous le règne de François 1er qu’apparurent les premiers « voleurs ». Ils étaient même si nombreux qu’en 1515 on dut créer au Parlement de Paris une Chambre criminelle distincte, connue sous le nom de Chambre de la Tournelle, car, disait le roi, les crimes et délictz qui ont pullulé, et encore de présent pullulent plus que jamais en nostre royaume n’ont esté corrigez ne pugniz

Nos voleurs, auxquels se mêlaient une foule d’aventuriers allemands et italiens, vivaient en véritables bandes de plusieurs centaines d’individus qui soutenaient, souvent victorieusement, de véritables combats rangés avec Le guet. Leur repaire était dans les bois qui avoisinaient le village du Bourget. Une grande rafle, le 28 janvier 1526, aboutit à cinq cents arrestations de malfaiteurs qui furent condamnés aux fers et galères. 

Comme les méfaits de ces voleurs, dont beaucoup étaient d’anciens soldats, se multipliaient, on se montra plus sévère. Le prévôt de Paris en fit pendre, étrangler ou brûler un bon nombre. 

Ces dernières sanctions furent encore insuffisantes pour assurer la sécurité des citoyens. Aussi, pour les brigands et meurtriers qui terrorisaient les bourgeois, une ordonnance du II janvier 1535, publiée à son de trompe, à tous les carrefours, prévit un nouveau supplice, importé sans doute des bords du Rhin : les coupables seraient liés sur la roue après avoir eu les membres cassés et y demeureraient vivants pour y faire pénitence tant et si longuement qu’il plaira à Notre Seigneur de l’y laisser, et morts jusques à ce qu’il soit ordonné par justice, afin de donner crainte, terreur et exemple à tous autres de ne choir, ne tomber en tels inconvénients et ne souffrir, n’endurer telles et semblables peines et tourments pour leurs crimes, délicts et maléfices. 

En dépit de ses rigueurs, François 1er fut obligé de constater qu’on continuait à piller et à détrousser de nuict les allans et venans, ès villes, villages et lieux de notre royaume. 

L’ordre ne fut guère rétabli, et encore provisoirement, que sous Henri II, qui, en 1549, enleva ces affaires à la compétence du Prévot pour les rendre à la juridiction des tribunaux ordinaires, Mais non plus que Louis XIII avec M. de Laffemas ou Louis XIV avec M. de la Reynie, les souverains de la Renaissance ne purent faire disparaître de Paris les mauvais garçons.

Et nous nous apercevons chaque jour, par la lecture des quotidiens, que nous n’en sommes pas encore débarrassés. 

Georges Mongredien.  » Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques. » Paris, 1936.
Peinture de Georges De la Tour.

Le mystère et la légende de la Marie Céleste

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charles-temple

Je crois bien qu’on ne saurait trouver une plus mystérieuse aventure. Contentons-nous de rappeler, aussi brièvement que possible, les faits. Ils se suffisent à eux-mêmes. Voici donc :

Le 2 septembre 1872, un splendide vaisseau, la Marie-Céleste, quitte le port de New York, toutes voiles dehors, à destination de Gênes. Il y a à bord le capitaine, un certain Benjamin Griggs, sa femme, sa fille, huit hommes d’équipage (dont un marin faisant fonction de second : Henri Bilson), enfin deux passagers. Les gens superstitieux ne manqueront pas de frémir en considérant ce total : oui, mon Dieu, oui, il y avait treize personnes à bord !

Les jours passent, les mois. Aucune nouvelle de la Marie-Céleste. Le capitaine Griggs n’en était pas à son premier voyage, il avait la réputation d’être un marin prudent, expérimenté, sérieux. L’armateur du voilier continuait à ne pas s’inquiéter. Au reste, quatre mois de navigation pour traverser l’Atlantique ne paraissaient pas, à cette époque, quelque chose de vraiment anormal. En vérité, ce, furent les premières nouvelles qu’on eut de la Marie-Céleste qui devaient faire frémir ses propriétaires. Elles consistaient en une dépêche, envoyée le 9 février 1873 par le consul américain à Gibraltar aux propriétaires du brick. Et que disait cette dépêche ? Elle signalait que, le 3 janvier, un petit voilier anglais, le Dei-Gratias, commandé par le capitaine Morhouse, avait rencontré en plein océan la Marie-Céleste, que la navigation de cette dernière avait attiré l’attention, que des signaux avaient été adressés au voilier, étaient restés sans réponse, que finalement une barque avait été détachée du Dei-Gratias, avait réussi à aborder le trois-mâts et que les marins anglais, montés à bord, avaient eu la stupeur de ne trouver, sur la Marie-Céleste, aucune trace d’homme vivant.

Le problème était exactement posé : personne à bord de la Marie-Céleste, et (c’est ici que les choses s’enveloppent de mystère) et cependant le bateau était resté en parfait état. On ne relevait aucune trace d’avarie, mieux, on ne relevait à bord aucune trace de dispute, de rixe, d’émeute, de drame. Le capitaine Morhouse avait fait la seule chose qui était en son pouvoir : il avait ramené le voilier au port le plus proche : Gibraltar, et avait rédigé son rapport.

L’enquête, on le pense bien, ne s’en tint pas là. Gibraltar connut des heures terriblement émouvantes : qu’étaient devenus les treize passagers de la Marie-Céleste ? Accident ? Un accident, aussi, si l’on peut dire, collectif, était vraiment bien improbable. Crime ? De qui, et pourquoi ? Quel bénéfice le ou les criminels avaient-ils bien pu retirer de leur crime ? Tout était intact à bord. Pas trace de pillage. L’ordre le plus parfait. Et pas la moindre goutte de sang.

Bien mieux : il semblait que l’équipage, le capitaine, sa famille, les passagers eussent quitté le navire depuis quelques minutes à peine. Sur la table du capitaine, un œuf était placé dans un coquetier, la coquille à demi-brisée. Mieux encore : quand le capitaine Morhouse aborda le vaisseau, il constata que, les fourneaux de la cuisine, éteints, étaient encore chauds et que, dans la cabine des passagers, deux tasses étaient pleines d’un thé resté tiède. Les sacs de l’équipage étaient parfaitement à leur place, rien n’y manquait. La soute aux vivres était pleine, rangée. Dans le salon, sur l’harmonium, une partition était ouverte. Des jouets d’enfant traînaient sur le pont. Enfin, au haut d’une armoire, dormait paisiblement, seul être vivant à bord, un petit chat noir.

Le livre de, bord, il est vrai, était arrêté à la date du 4 décembre et (seule note qui parût se rapporter au mystère) sur l’ardoise du maître d’équipage, au-dessous d’une note de service, étaient inscrits ces mots : « Etrange, ma chère femme ! »

Tels étaient les faits. Tels sont les faits. Car l’énigme n’a pas été percée. En vain, les meilleurs policiers anglo-américains, en vain les maîtres du roman policier (Conan Doyle en tête) s’efforcèrent-ils de percer le mystère. Les seules explications auxquelles parvinrent les romanciers ne tenaient pas debout : Conan Doyle supposait qu’un mulâtre, d’une force extraordinaire, avait successivement jeté par-dessus bord ses douze compagnons de voyage, par haine de la race blanche, puis s’était suicidé, en les suivant.

La seule solution sensée (mais en ces matières sensé ne veut pas dire vrai) vient d’un écrivain anglais : il y aurait eu complicité du navire Dei-Gratias. Morhouse et Griggs, d’accord, auraient trouvé un ingénieux moyen de se partager la prime de sauvetage accordée à tout capitaine de bateau qui ramène au port une épave. Et, en effet, la Marie- Céleste était devenue la propriété des marins du Dei-Gratias.

Mais cette explication suppose le silence total, durant de longues années, d’une telle quantité de complices ! N’est-ce pas, cela, aussi, bien invraisemblable ?

La Robertie. « Almanach des coopérateurs. » Limoges, 1932.
Peinture : Charles Temple.

Cherchez la femme !

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Edward-G-Robinson-Joan-Bennett

Il n’y a pas de jour où vous  ne lisiez ce mot à la fin du récit de quelque crime plus ou moins célèbre.

Sait-on qui est l’auteur de cet aphorisme policier ? C’est l’ancien lieutenant de police, M. de Sartine. Mais celui qui l’a vraiment rendu populaire c’est Alexandre Dumas père, en le mettant en action dans ses Mohicans de Paris.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »   Paris, 1892. 
Photo : Edward G Robinson et Joan Bennett

Le douzième juré

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tribunal.

Selon l’ancienne coutume anglaise, un accusé ne pouvait être condamné que sur l’accord unanime des membres du jury. Un fait affirmé par nombre d’auteurs témoigne hautement en faveur de cette loi.

Un anglais était accusé d’avoir assassiné un de ses voisins. Des témoins séduits ou abusés le chargeaient de cet assassinat. Le crime était, évident aux yeux de onze jurés sur douze. Le douzième s’obstinant à dire que l’accusé était innocent, lui sauva la vie.

Or le douzième juré, comme cela fut reconnu plus tard, était lui-même l’assassin.

« Musée des familles. »  Paris, 1897.

Un journal bien renseigné

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crime

Nous lisons dans un journal de la région bordelaise ce court chef-d’oeuvre de précision. La province cette fois donne l’exemple à Paris. Quand donc les petits et grands échos seront- ils aussi ponctuellement rédigés dans la presse européenne et transatlantique ? Voici cet extrait authentique :

Un crime épouvantable et qui fait frissonner encore toute la population a été commis la nuit dernière dans notre paisible localité.

Un douanier après avoir frappé sa femme de trente-cinq coups de couteau, a traîné sept fois le corps autour de sa chambre. La malheureuse a poussé dix-neuf cris; après quoi l’époux parjure lui a broyé la tête entre deux pierres et l’a achevée en lui enfonçant vingt-cinq allumettes dans les yeux. 

Cela se passait à deux heures vingt-six du matin.

Dès huit heures douze, le procureur de la république de Bordeaux s’est présenté à la maison d’arrêt, accompagné de trois gendarmes et d’un secrétaire. Il a interrogé l’assassin onze minutes.

« Le journal universel. » Paris, 1903.

Histoire du cultivateur Martin

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paysans

On ne saurait revenir trop souvent sur les erreurs de la justice ; c’est en donnant la plus grande publicité possible aux exemples de sang innocent répandu juridiquement que l’on peut espérer de les voir devenir plus rares.

Vers 1764 ou 1765, un bon père de famille, nommé Martin , cultivateur, habitant d’un village du Barois, ressortissant au parlement de Paris, fut accusé d’un meurtre et d’un vol commis auprès de sa maison, tandis qu’il dormait profondément entre sa femme et ses sept enfants. L’accusé est confronté avec un passant qui avait été témoin de l’assassinat.

Je ne le reconnais pas, dit le passant; ce n’est pas là le meurtrier que j’ai vu, l’habit est semblable, mais le visage est différent.

Ah ! Dieu soit loué, s’écrie le bon vieillard, ce témoin ne m’a pas reconnu.

Sur ces paroles , le juge s’imagine que le vieillard, plein de l’idée de son crime, a voulu dire: « Je l’ai commis, on ne m’a pas reconnu, me voilà sauvé. » Mais,au contraire, il est clair que ce vieillard, plein de son innocence, voulait dire: « Ce témoin a reconnu que je ne suis pas coupable; il a reconnu que mon visage n’est pas celui du meurtrier. »

Le juge et ses assesseurs ne se donnent pas la peine de faire une plus ample enquête; l’exclamation naïve et joyeuse du bon Martin leur suffit pour attester son crime. On n’interroge ni sa femme, ni ses enfants, ni ses voisins; on ne va pas chercher si l’argent volé se trouve dans sa maison ; on ne tient aucun compte des précédents de l’accusé.

On rend un arrêt qui condamne ce vieillard à la question ordinaire et extraordinaire, et à expirer sur la roue. La sentence est portée à Paris; la Tournelle signe sans examen bien Jugé. Le pauvre malheureux expire sur la roue devant sa porte; son bien est confisqué; sa femme s’enfuit en Autriche avec ses petits enfants.

Huit jours après, le scélérat qui avait commis le meurtre fut supplicié pour d’autres crimes, et il avoua, à la potence, qu’il était coupable de l’assassinat pour lequel l’honnête Martin avait été rompu.

Une réclamation fut adressée au parlement de Paris. On promit de réparer ce malheur. Les temps ne le permirent pas, et la famille du malheureux Martin resta dispersée et mendiante dans le pays étranger !

« Chronique du crime et de l’innocence. »  Jean-Baptiste-Joseph, Paris, 1833.