crimes

La conversion du bandit 

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proces-cuocoloA-t-on oublié le procès Cuocolo, plus ordinairement appelé procès de la Camorra, qui fut plaidé à Naples en 1913, et dont le scandale retentit dans le monde entier ?

L’un des principaux personnages de cette ténébreuse affaire fut Gennaro Abbatemaggio. On lui dut la découverte d’une grande partie des crimes de la Camorra. 

Or, Gennaro Abbatemaggio n’est plus simplement un héros de cour d’assises. Il vient de devenir un héros tout court. Si bien que le duc d’Aoste lui-même a épinglé sur sa veste la médaille d’argent de la valeur militaire, et l’a nommé caporal « pour mérites de guerre ». 

Niché dans une crevasse de la Tofana, Abbatemaggio a tenu tête, seul, pendant trois jours, à de nombreux ennemis. Il en a tué dix-sept, avec une habileté où l’expérience sans doute avait quelque part… Puis, ayant brûlé sa dernière cartouche, il a trouvé moyen de revenir sain et sauf dans les lignes, une mitrailleuse sur le dos, à travers d’incroyables péripéties. 

Le duc d’Aoste lui a serré la main. Alors Gennaro Abbatemaggio a fondu en larmes. Et il a dit : 

Je suis réhabilité, n’est-ce pas, Altesse ? 

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Origine du service de constatation des décès

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Il y a peu de nations qui aient des lois de police aussi sages que celles de l’Angleterre, disait le Mercure de France en 1772. Elles respirent le bon ordre et l’humanité: il serait à désirer qu’elles fussent adoptées partout ailleurs, et qu’on prévint par là les circonstances et les crimes qui ont donné lieu à leur premier établissement.

C’est, par exemple, un règlement bien utile que celui qui défend d’ensevelir aucun cadavre, avant que d’avoir appelé des experts-jurés. Il faut que ceux-ci examinent le cadavre, et certifient que le fer ou le poison n’a point abrégé ses jours. Voici quel a été le crime qui a donné lieu à cette loi:

Une belle marchande de Londres avait pris successivement six maris ; le premier, par obéissance pour ses parents, les cinq autres par son propre choix. Un Anglais fut assez hardi pour l’épouser en septième noce. Les premiers mois de leur nouveau ménage n’eurent rien que d’agréable. Un amour excessif rend aisément une femme indiscrète; celle-ci faisait dans les bras de son septième époux la satire des six qui l’avaient précédé. Ils lui avaient déplu, disait-elle, par leur ivrognerie ou par leur infidélité, et jamais elle ne les avait regrettés ni pleurés sincèrement. Le mari, curieux d’apprendre quel était le caractère de son amoureuse moitié, affecte de s’absenter souvent et de paraître ivre, toutes les fois qu’il rentrait tard chez lui. D’abord, on ne lui fit que des reproches, mais bientôt les menaces succédèrent aux représentations. Il continua son train, et feignit d’être encore plus adonné au vin.

Un soir qu’elle le crut ivre-mort et bien endormi, elle détacha un plomb de la manche de sa robe, le fit fondre et s’approcha du faux dormeur pour lui verser dans l’oreille, à l’aide d’une pipe, le métal en fusion. Le mari, ne doutant plus de la scélératesse de cette femme, l’arrêta et fit venir la justice.

La criminelle fut mise en prison, son procès fut instruit; les six cadavres exhumés déposèrent contre elle et la firent condamner à mort.

« La Mosaïque. »    Paris, 1873.

L’auberge rouge de Peyrebeille

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Photo DL/Fabrice HÉBRARD

Dans tout l’imaginaire de l’horreur, l’auberge où l’on assassine tient une place d’honneur. C’est une auberge reculée, perdue, que l’on ne peut éviter si l’on ne veut pas coucher dehors dans la nuit glaciale, et dont les hôtes massacrent , pour les détrousser, les malheureux voyageurs isolés.

Elle a existé ici au début du XIXème siècle dans un sévère décor de montagnes désertiques. Le plus étrange est que ses propriétaires, les époux Martin, ont exercé à loisir pendant plus de vingt-cinq ans leur coupable industrie avant d’être découverts en 1831.

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Ils furent décapités en 1833 dans la cour même de leur auberge après un procès retentissant dont les détails firent frissonner la France entière grâce à une presse à sensation à ses débuts. On ignore le nombre exact de leurs victimes, mais une si longue impunité témoigne de leur ruse et du soin avec lequel ils choisissaient leurs proies.

Fait étrange, la fiction avait précédé la réalité: quelques années avant ce macabre procès, un mélo qui fit courir le Tout-Paris pour applaudir Frédérick Lemaître, l’Auberge des Adrets, développait un thème à peu près analogue !

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La visite des lieux est impressionnante: ses propriétaires actuels ont su restituer une atmosphère très suggestive et, quand les curieux grimpent le sombre escalier où la domestique Rochette, âme damnée des épous Martin, guettait les clients pour les assomer, ils s’y croiraient. On a dit que l’on n’hésitait pas ici à servir les victimes en pot-au-feu aux clients suivants.

« A la découverte de la France mystérieuse. »  Sélection du Reader’s Digest, 2001.