croque-mort

Cumul

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corbillard.

En voyant passer un enterrement, on a pu se demander parfois pour quelle raison le cocher du corbillard, tout en surveillant la marche lente de ses chevaux, lorgne de droite à gauche, le nez en l’air, dans une attitude méditative, les façades des maisons.

Ce n’est pas, croyez-le bien, qu’il rêve aux tristesses de sa lugubre profession ni qu’il creuse l’éternel problème du To be or not to be… Très prosaïquement, il relève, pour le compte de quelque agence de location, les numéros des maisons où se trouvent des appartements, logements, boutiques à louer et ainsi, par ce cumul bizarre, il ajoute quelque peu à ses maigres appointements.

Tout en conduisant les morts à leur dernière demeure, le cocher de corbillard en cherche pour les vivants.

« La Joie de la maison : journal hebdomadaire. »  Paris, 1892.

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Les deux épouses de M. Gray

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couple

Un jeune et riche entrepreneur de pompes funèbres de Des Moines (Etat d’Iowa), M. Garry Gray, étant tombé très malade, se fit soigner par la doctoresse Georgia Stewart, qui le guérit, mais aussi se fit aimer de lui. Les deux jeunes gens se fiancèrent…

Au cours des nombreuses visites que M. Gray faisait à miss Stewart, celle-ci, entre deux baisers, lui demandait fréquemment des nouvelles de sa santé, lui ordonnant de nombreux purgatifs…

Récemment, le jeune homme reçut une note d’honoraires s’élevant à mille dollars, pour « consultations ».

Protestations du fiancé; insistance de la doctoresse, affirmant qu’en elle il y avait deux femmes : la fiancée de M. Gray et la disciple d’Esculape, que le devoir professionnel obligeait à réclamer ses honoraires.

M. Gray résolut de rompre avec une femme qui ne consentirait pas même à lui soigner le moindre rhume « à l’œil ». La doctoresse, à son tour, poursuivit M. Gray en violation de promesse matrimoniale, et le fit condamner à 20 000 dollars de dommages et intérêts.

Dommage ! L’union de la doctoresse et du croque-mort eût été si bien assortie !

« Ma revue. » Paris, 1907.

Les croque-morts de la rue Saint-Victor

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JAMES-ENSOR-THE-DRUNKARDS

La rue Saint-Victor était longue et rude gravir, les marchands de vins roublards, pensant que les croque-morts auraient besoin de faire des stations; avaient disposés des tréteaux devant leurs boutiques, il n’était pas rare que les promeneurs qui allaient au Jardin des Plantes, rencontrassent une vingtaine de cercueils attendant tranquillement que les croque-morts aient bu leurs chopines. Voici à ce sujet une anecdote racontée par un auteur du temps.

Dossion, le maître de danse, dont le fils était bien connu comme Arlequin au Vaudeville, mourut subitement, il habitait rue Serpente; le convoi se mit en route, Dossion suivait religieusement, mais il y avait loin de la rue Serpente à la rue des Fossés-Saint-Bernard. Dossion et les croque-morts s’arrêtèrent à la porte d’un marchand de vins, établirent le mort sur les tréteaux et entrèrent pour se reposer et se rafraîchir. Ils burent chopines sur chopines, deux heures plus tard, complètement gris, ils sortirent tant bien que mal et se mirent en route, en chemin, nouvelles stations, nouvelles chopines arrivés auprès du cimetière, l’un des croque-morts se mit à dire:

Mais il me semble que nous avons oublié quelque chose ?

Quoi donc ?

Le père de monsieur !

C’est vrai, pourvu qu’on ne nous l’ait pas volé.

Que veux-tu qu’on en fasse ?

Tous s’en retournèrent à la recherche du mort, mais quand ils arrivèrent chez le marchand de vins, le mort avait disparu, il avait été mis en fourrière !

:roll:

« Paris croque-mort. » Charles Virmaître & Henry Buguet, Paris, 1889.