cubisme

Les derniers Picasso

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picasso

Les derniers ouvrages de Picasso sont absolument ahurissants. Délaissant momentanément le cubisme (car les infidélités qu’il lui fait sont toujours passagères), le peintre malaguène choisit aujourd’hui une esthétique directement inspirée de l’ornementation des poteries précolombiennes.

A ce propos, il nous souvient d’un mot du sculpteur Manolo, à l’époque brillante des débuts du cubisme, qui semble tout frais d’actualité.

Dans son atelier, Picasso montrait à différents amis des « portraits » traités selon le nouveau code du grand art cubique. Le sculpteur espagnol, au nombre des invités, considérait chaque toile, ne disait mot, mais visiblement manquait d’enthousiasme. Tout à coup, n’y tenant plus, devant un tableau particulièrement audacieux, il se tourna vers le peintre et doucement lui dit, avec cet inimitable accent espagnol, intraduisible ici :

— Ecoute, Pablo ! Franchement. Qu’est-ce que tu dirais si tu voyais ton père et ta mère arriver de Barcelone à la gare d’Austerlitz avec des gueules pareilles ?

« L’Œil de Paris. » Paris, 1930.

Peintres modernes

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Auguste-Herbin

C’était en 1913, au vernissage du Salon des Indépendants qui avait lieu sous les baraquements du Cours-la-Reine. C’était la première grande manifestation de la peinture cubiste.

Verhaeren y était venu. Accompagné d’un critique d’art il regardait avec un peu d’effarement, mais aussi avec bienveillance, les œuvres des peintres modernes. Soudain quelqu’un signala la présence du poète Guillaume Apollinaire qui expliquait à une dame l’art orphique.

—  Je voudrais bien voir Apollinaire, sollicita Verhaeren.

La chose était aisée. On le lui montra. Verhaeren pendant un instant considéra le jeune poète, il était fort intéressé par sa vue. L’expression de son visage témoignait d’une réelle sympathie. A ce moment Guillaume Apollinaire déclarait à un groupe de visiteurs sceptiques :

Mais, si vous n’y comprenez rien, tant pis pour vous. Vous comprendrez plus tard. Le cubisme s’affirmera. Pourquoi voulez-vous que la peinture n’évolue pas comme le reste, comme la poésie même ? Tenez, voilà un poète qui passe et qui célèbre dans ses poèmes la beauté des cheminées des usines.

C’est curieux ce qu’il dit là, murmura Verhaeren.

« Comoedia. »  Paris, 1927.
Illustration: Auguste Herbin.