cuirassé

L’honneur du commandant

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vizcayaSi l’épopée n’était pas née en Grèce elle serait venue au monde en Espagne, dit le Gaulois. Qu’importent à l’Espagnol, la fièvre, la faim, la misère en haillons, s’il lui reste l’honneur. A propos de fierté le correspondant du Figaro conte l’anecdote  suivante survenue durant le conflit hispano-américain : 

Lorsque le cuirassé espagnol Vizcaya leva l’ancre pour sortir du port de New York, son départ fut salué par de formidables coups de sifflets et par des huées que lançaient des milliers de Yankees réunis sur les quais. Le commandant du cuirassé, M. Eulate, entendit l’ovation et fit stopper immédiatement. Il ordonna de mettre son canot à la mer et dit au second du navire :

 Je vous confie le commandement. Je vais descendre seul à terre. Si vous entendez un coup de feu, bombardez New York ! 

Il sauta dans le canot et se fit débarquer sur le quai, au milieu de la foule hostile. S’adressant à un groupe il s’écria :

— Le premier qui siffle, je lui brûle la cervelle !

Personne ne siffla, et pendant vingt minutes M. Eulate se promena sur le quai, devant la foule silencieuse. Lorsqu’il regagna son bord et que le Vizcaya se mit en marche définitivement, on n’entendit aucun coup de sifflet.

L’anecdote est authentique. 

Nous ne mettons pas en doute la valeur guerrière des Américains, mais avec de pareils adversaires ils auront certainement fort à faire. 

« La Joie de la maison. » Paris, 1898.

Vaisseaux énigmatiques

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vaisseau-fantôme

Le vaisseau-fantôme n’est pas une légende. On peut même assurer qu’il existe plusieurs vaisseaux fantômes qui se promènent abandonnés et désemparés de par l’immensité des océans.

Ces jours derniers, un télégramme de Queenstown (Irlande) annonçait que le vapeur américain Narragansett avait rencontré, à 160 milles au large, le vieux cuirassé français Richelieu, qu’on croyait coulé au large d’Ouessant. Et ce n’est pas un exemple unique des vaisseaux abandonnés et qui continuent à flotter sur les eaux.

L’impressionnante gravure en illustration, représente la rencontre émouvante que des pêcheurs français firent dernièrement dans la mer du Nord, d’une de ces dangereuses et fantastiques épaves. Il s’agit d’un voilier danois que son équipage avait abandonné il y a plusieurs mois à la suite d’une collision et qui, depuis lors, erre, lamentable et terrible au gré des courants et des vents.

« Le Petit journal. » Paris, 1911.

Potemkin

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général-Potemkin

La triste aventure de ce cuirassé russe au nom célèbre remet en lumière la figure très curieuse du général Potemkin, qui fut le favori de l’impératrice Catherine II.

Il était très beau, très brave, mais non moins adroit. Et, dès que Catherine eût arraché la couronne à la faiblesse de son époux Pierre III, il devint… ou feignit de devenir éperdument amoureux de sa souveraine. Le comte Orloff, qui régnait alors sur elle, crut s’en débarrasser en l’envoyant guerroyer contre les Turcs. Il se battit bravement, revint couvert de gloire, et, dès lors, sa faveur fut considérable. Il fut nommé prince, feld-maréchal, commandant en chef de toutes les armées, grand amiral, premier ministre, gouverneur de ceci, de cela, grand hetman des cosaques, etc. Il avait la puissance d’un souverain.

Il s’en montra digne par son ambition pour l’empire russe, accomplit la conquête de la Crimée, provoqua la guerre contre les Turcs à laquelle il s’était préparé longuement par l’organisation d’une puissante armée… Que nous sommes loin de ce temps-là !…

Il était devenu si puissant qu’un nouveau favori, Zoubof, essaya de le détruire auprès de Catherine. On le gêna alors beaucoup dans ses entreprises contre les Turcs, et il dut revenir à la Cour pour défendre ses projets. Comme il regagnait son armée, il fut pris en route d’un mal foudroyant : il expira au pied d’un arbre dans une vaste solitude. On supposa qu’il avait dû être empoisonné.

Si on a pu lui reprocher une vie de barbare, un goût effroyable pour le luxe et le désordre sous toutes ses formes, ainsi qu’un caractère passionnément sanguinaire, on ne saurait oublier qu’il fut un homme d’Etat remarquable, un général hardi et qu’il contribua considérablement à la grandeur du règne de Catherine II.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire. »  Paris, 1905.

Balles humanitaires

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Petropavlovsk

C’est le prince Don Jaime de Bourbon, fils de Don Carlos, qui a baptisé ainsi les balles japonaises, dans des lettres fort intéressantes que publie le Correspondant.

Don Jaime se trouve en Mandchourie, depuis le commencement de la guerre, et il y a vu de nombreux blessés qui sont déjà en voie de guérison, après avoir reçu plusieurs balles. « Avec ces balles-là, dit-il, on est tué, ou l’on s’en tire très vite. Les complications sont rares. »

Il rapporte la plus curieuse anecdote à propos de la perte du Petropavlovsk :

Le grand-duc Cyrille avait, pour aide de camp, le lieutenant de marine Cube. Celui-ci portait toujours sur lui une médaille, que lui avait donnée un pope, un jour qu’il visitait l’église où l’on conserve les reliques de Sainte-Barbe. Cette médaille avait touché les reliques, et le pope avait dit au lieutenant Cube : « Ne vous en séparez jamais, elle vous portera bonheur. »

Au jour de Pâques, le lieutenant voulant faire un cadeau à son chef, lui offrit cette médaille. Ses camarades lui firent observer qu’il avait tort de s’en séparer puisque, pendant cinq années qu’il l’avait portée, il ne lui était jamais rien arrivé de fâcheux.

Le lieutenant n’en persista pas moins à l’offrir au grand-duc. Quelques heures après, le lieutenant disparaissait dans la catastrophe de Petropavlovsk, tandis que le grand-duc s’en échappait, comme par miracle.

« Touche-à-tout. Revue hebdomadaire. »  Paris, 1904.