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L’écouteuse de trépassés

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Dans cette région qui s’étend de La Roche-Bernard à Vannes, les paysans de la lande et les pêcheurs de la grève gardent aux défunts un souvenir d’autant plus inaltérable que nul d’entre eux ne croit à la mort définitive. 

Il est admis que les trépassés reviennent, qu’ils se promènent dans les maisons et surveillent tous les actes de leurs descendants. Ce culte influe sur les décisions des vivants qui n’osent rien entreprendre sans avoir sollicité l’approbation des ancêtres. Aussi, existe-t-il, dans les hameaux qui entourent Ploërmel, de pieuses pauvresses dont l’exode, de chaumière en ferme, n’est qu’une perpétuelle patenôtre et qui ont conquis un pouvoir redoutable : celui d’écouter et de comprendre les trépassés dans tous les actes importants de la vie.  

Elles sont consultées par les paysans et les pêcheurs et elles servent d’intermédiaires entre les vivants et les morts dont elles font connaître les décisions.

L’une d’entre elles, Corentine Le Clech, écouteuse de trépassés depuis plus de trente ans, qui venait de  doubler le cap de la quatre-vingt-septième année, a été trouvée rigide dans le cimetière d’un village voisin de Ploërmel : elle était morte dans son champ d’expériences,  emportant dans l’au-delà le respect que les habitants de cette région attachent à la fonction de confidente des morts. 

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1913.
Peinture : Georges Belnet.

Le culte des morts chez les sauvages des temps  anciens et modernes

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hindous-culte-des-mortsLes Bretons, les Hibernois (Irlandais aujourd’hui) quoique élevés dans la religion des druides, mangeaient leurs morts.

Les habitants du Pont, les Massagètes, les Derbyces faisaient comme eux. Ces derniers, habitants de la Scythie asiatique, adoraient, on le sait, le soleil. Ils égorgeaient leurs septuagénaires, et dans leurs familles on mangeait les parents qui succombaient à une mort subite ou violente. Les Hircaniens n’enterraient les femmes que parce qu’ils les croyaient indignes d’avoir leur ventre mâle comme sépulture. Au Venezuela, en Amérique, on faisait rôtir les morts : puis on les découpait, on les pilait, et quand ils étaient réduits en bouillie, on les délayait dans du vin que l’on buvait religieusement.

Les Capanoguas d’aujourd’hui font également rôtir leurs morts, puis ils les mangent, dans la persuasion qu’ils ne sauraient mieux les honorer. Dans les îles Baléares, les habitants mettaient les corps en morceaux et les renfermaient ensuite dans une cruche qu’ils enterraient. Les Parthes, les Mèdes, les Barcéens, les Taxiles, les Hériens, tous les peuples de l’Asie, conquis par Alexandre le Grand, transportaient leurs morts au milieu des champs, des bois, des forêts, et ils les abandonnaient aux bêtes sauvages et aux oiseaux de proie. Ils attachaient aussi à des branches d’arbres les parents arrivés à une vieillesse décrépite et les laissaient expirer sans secours.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1885.  

Saint Chien, Saint Guignefort

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Moisand
Moisand

On était alors au milieu du XIIIème siècle et c’est un religieux de l’ordre de Saint Dominique qui va rapporter ce qu’il a entendu et vu :

Je prêchais contre les sortilèges et j’entendais ensuite les confessions. Beaucoup de femmes s’accusèrent d’avoir porté leurs enfants à S. Guignefort. Comme je pensais qu’il s’agissait de quelque saint, j’interrogeai et j’appris qu’il s’agissait d’un chien, d’un certain lévrier qui avait été tué de la façon suivante :

Dans le diocèse de Lyon, non loin d’un couvent de femmes appelé Neuville , dans la terre du sire de Villars, s’élevait un château, dont le possesseur était père d’un jeune enfant. Un jour, ce seigneur étant sorti avec sa femme, et la nourrice s’étant également absentée, l’enfant, couché dans son berceau, se trouva seul. Heureusement, un lévrier veillait sur lui, car, dans le moment où il était ainsi abandonné, un grand serpent était entré dans la maison et s’était approché du berceau. Voyant le danger que courait son jeune maître, ce lévrier se précipita sur le serpent, le poursuivit jusque sous le berceau, qu’il renversa dans la lutte. Le combat fut long, et les deux adversaires se firent à coups de dents de cruelles blessures. Enfin, le lévrier l’emporta, et son ennemi mort, il jeta le cadavre au loin. Il revint ensuite près du berceau et se coucha sur le sol, qui était taché de son sang et de celui du serpent. Il avait lui-même la gueule et la tête tout ensanglantées.

Le voyant dans cet état, la nourrice et la mère, à leur retour, crurent qu’il avait dévoré l’enfant et se mirent à pousser de grands cris; le chevalier accourut aussitôt, et ne doutant pas davantage du malheur qui les frappait, il tira son épée et tua ce chien fidèle.

S’approchant alors du berceau, le père et la mère désolés trouvèrent leur enfant sain et sauf, qui dormait doucement. Ils découvrirent bientôt le corps du serpent, tout déchiré par les dents du chien… Se rendant compte alors de ce qui s’était passé, ils éprouvèrent une vive douleur d’avoir ainsi tué à tort un animal qui leur avait rendu un si grand service. Ils prirent son cadavre et le jetèrent dans un puits situé devant la porte du château, placèrent sur l’orifice de ce puits un grand monceau de pierres et, en souvenir du fait, firent planter des arbres autour de ce monument rustique.

Il arriva, quelque temps après, que le château fut détruit par la volonté de Dieu. Le lieu devint désert, mais les paysans de la région, qui avaient appris la noble action qu’avait faite ce brave lévrier et comment il était mort pour une chose qui aurait dû lui valoir toute sorte de bons traitements, vinrent en pèlerinage à son tombeau et l’honorèrent comme martyr, lui demandant son aide dans leurs maladies et leurs besoins.

Ce furent surtout les femmes qui avaient des enfants chétifs et malades qui se rendaient là. Elles les apportaient sur leurs bras et allaient tout d’abord dans un certain château éloigné d’une lieue environ, où elles trouvaient une sorte de vieille sorcière qui les initiait, leur enseignait les rites a suivre et la manière de sacrifier aux démons et de les invoquer.

La sorcière accompagnait la mère, et quand elles étaient arrivées, celle-ci offrait du sel et diverses autres choses, puis elle suspendait les langes de l’enfant aux buissons environnants et plantait des épingles dans le tronc des arbres qui avaient crû autour du tombeau de Guignefort. Cela fait, elle se plaçait en face de deux arbres rapprochés l’un de l’autre. La sorcière passait de l’autre côté, et, l’enfant ayant été complètement mis à nu, elles se le jetaient neuf fois de suite, en le faisant passer dans l’espace vide qui séparait les deux arbres. Elles invoquaient en même temps les démons et demandaient instamment aux faunes qui habitaient la forêt de prendre cet enfant qu’elles leurs vouaient, disaient-elles, et, l’ayant reçu faible et malade, de le leur rendre gras, gros, vif et en bonne santé.

Ces mères coupables (matricides, dit Etienne de Bourbon), après cette sorte de consécration aux faunes, prenaient l’enfant et le couchaient sur une paillasse ou une litière de paille, au pied de l’arbre spécialement consacré. Elles plaçaient de chaque côté de sa tête deux chandelles longues d’un pouce, les allumaient avec du feu qu’elles avaient apporté avec elles et les fichaient dans le tronc de l’arbre. Elles s’éloignaient alors et ne revenaient que lorsque les dites chandelles étaient consumées; elles allaient assez loin pour qu’il leur fût impossible de voir l’enfant et pour que ses cris ne pussent parvenir jusqu’à elles. Pendant leur absence, il arrivait que les chandelles tombaient sur lui, qu’elles mettaient le feu à la litière et qu’il était brûlé vif.

Une de ces femmes m’a raconté qu’au moment où elle se retirait, après a\oir invoqué une dernière fois les faunes, elle vit un loup qui sortait de la forêt et se dirigeait vers l’enfant. Si elle ne s’était pas hâtée de revenir vers celui-ci, les craintes maternelles l’emportant sur les croyances superstitieuses, le loup ou le diable en forme de loup, l’aurait probablement dévoré.

Si, lorsque ces femmes revenaient vers l’enfant, elles le retrouvaient vivant, elles le portaient non loin de là, dans les eaux rapides de la Chalaronne, et le plongeaient neuf fois dans le courant. Ceux qui n’avaient pas les entrailles très résistantes ne manquaient pas d’en mourir sinon de suite, souvent peu après.

Je me rendis sur les lieux, convoquai tous les habitants de la région et prêchai contre ces pratiques. Je fis exhumer le chien mort et couper le bois sacré et avec ce bois je fis brûler les os du dit chien. Enfin, un édit rendu par le seigneur de Villars défendit, sous peine de confiscation générale de tous les biens des contrevenants, de retenir en ce lieu pour un semblable motif.

PS: toutefois le culte de ce saint Lévrier a perduré pendant plusieurs siècles, jusqu’aux années 1930, et ce malgré les interdictions réitérées de l’Eglise catholique romaine.

« En marge de la Légende dorée. » Pierre Saintyves, E. Nourry, Paris, 1930.

Le culte des arbres

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cavalierAu Japon, lisons-nous dans le grand ouvrage que M. Humbert a publié sur ce pays, un véritable culte est rendu aux arbres chargés d’années.

On raconte que quand le seigneur de Yamalo voulut se faire faire un ameublement complet tiré du plus beau cèdre de son parc, la hache des bûcherons rebondit sur l’écorce, et l’on vit des gouttes de sang découler de chaque entaille. 

C’est que, dit la légende, les arbres séculaires ont une âme comme les hommes et les dieux, à cause de leur grande vieillesse. Aussi se montrent-ils sensibles aux infortunes des fugitifs qui viennent se mettre sous leur protection. Ils ont sauvé plus d’une fois, en les abritant dans leur feuillage ou dans les cavernes de leurs troncs, des guerriers malheureux sur le point de tomber entre les mains de leurs ennemis.

« Curiosités historiques et littéraires. »  E. Muller, Delagrave, 1897.

Les arbres à loques

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« Arbre à loques  » à Senarpont en Picardie

L’un des cultes païens les plus mystérieux pratiqués aujourd’hui encore en France est certainement celui des arbres à loques.

Les fervents viennent de nuit, seuls ou par petits groupes, suspendre dans les branches d’un arbre des vêtements, chaussons, layettes ou chemises appartenant à des malades proches. Cette besogne accomplie, ils invoquent les forces majestueuses de la nature pour obtenir les faveurs des dieux des forêts et des bosquets. Ces pèlerins, issus de toutes les couches sociales, célèbrent un culte venu du plus profond des âges, en psalmodiant de curieuses litanies gutturales, mélange d’ancien gaulois et de langue germanique.

On peut citer l’exemple de Thérèse Robin, agent comptable dans une grande surface de Châteaubriant, qui, à l’automne 1989, est venue tous les soirs en secret pendant cinq jours invoquer les bonnes grâces de sainte Pataude sur « la tombe à la Fille », au milieu de la forêt de Teillay. Dans ses prières, elle demandait la guérison de sa mère, victime d’un paralysie faciale et condamnée par le corps médical. Pour conforter les forces invisibles, elle avait suspendu aux branches d’un if un foulard appartenant à sa mère. Hasard ou intervention des forces invoquées, toujours est-il que sa mère sortit de l’hôpital au bout d’une semaine, en bonne santé.

« Tombe de la Fille » dans la forêt de Teillay

Aujourd’hui, le culte continue, et la tombe est toujours recouverte de tulipes, de camélias et de centaines de lettres adressées à sainte Pataude qui lui demandent santé, amour,  travail et … des gains au Loto. Derrière la tombe, suspendus à des branches, des vêtements de malades flottent au vent, et dans la fraîcheur du soir, de petits groupes prient. La légende veut que la tombe fleurie soit celle d’une jeune républicaine torturée et pendue ici-même il y a plus de deux cents ans par les chouans. Les pratiques magiques ayant lieu sur la tombe à la Fille ne sont pas des cas isolés.

La presse régionale cite régulièrement des exemples qui perpétuent le culte des arbres à loques et qui reproduisent sans en avoir connaissance les anciens cultes druidiques. Ainsi, à Senarpont, dans la Somme, les fervents viennent de toute la Picardie pour appeler la protection des dieux forestiers et de saint Claude, en suspendant aux branches d’un orme des loques, chaussons, chaussettes et vestes appartenant à des malades ont on souhaite ardemment la guérison. Certains dimanches, on compte plus de cent personnes priant autour de l’arbre sacré. Avec humour, les gens des alentours surnomment le site « l’friperie d’Saint-Gleude ».

« A la découverte de la France Mystérieuse »  2001.