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Mon curé chez les électeurs

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C’est le curé de l’une des plus belles églises de Paris. Décoré de la croix de guerre, il s’est acquis une popularité de bon aloi par sa rondeur, sa franchise et sa jovialité.

Sa paroisse est fréquentée par nombre de pécheresses par trop fardées parfois pour un lieu saint. Mais notre curé, comme tous les ecclésiastiques qui ont fait le coup de feu, est plein d’indulgence et ferme les yeux. Aussi bien l’église ne désemplit pas aux offices le dimanche. Les pauvres, pour lesquels il est une véritable providence, n’y perdent rien.

Inutile de dire que les vieilles dévotes du quartier N.-D. de Lorette sont désemparées et ne s’expliquent pas l’attitude de leur pasteur. Or, ces jours derniers, quelle ne fut pas leur stupéfaction d’apprendre qu’il s’était rendu à maintes reprises, à l’occasion de la campagne électorale, chez divers marchands de vin où il n’avait pas cru déchoir en trinquant avec de simples ouvriers.

On eut toutes les peines du monde à leur faire entendre que notre curé ne faisait en l’occurrence que mettre en pratique les instructions d’un mandement du cardinal Dubois qui ordonné aux ecclésiastiques de prendre une part active aux élections en vue de combattre le communisme.

« Chantecler : littéraire, satirique, humoristique. »  Hanoï, 1932. 
Illustration : Aubert d’après Plalier.

Un cabaret de campagne au grand siècle

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Au dix-septième siècle, Auteuil, dont les derniers jardins disparaissent pour faire place à des maisons de rapport, était un calme lieu de villégiature, avec des vignes, des prés, des chaumières, des bois, et le village comptait à peine cinq cents habitants.

Boileau, qui a célébré son jardin et son jardinier d’Auteuil dans une épître bien connue, pratiquait largement l’hospitalité. Il attira Racine et Molière dans cette tranquille retraite. C’est à Auteuil que racine composa ses joyeux Plaideurs, et la légende prétend qu’il en écrivit plusieurs scènes au sein de festins qui se prolongeaient pendant une bonne partie de la journée, sous les tonnelles du cabaret du Mouton Blanc, rue d’Auteuil. Une enseigne de restaurant en rappelle encore le souvenir aujourd’hui. Souvenir qui se mêle à celui de nos plus belles gloires littéraires.

Tous les grands écrivains, ainsi que leurs amis, quittaient à Auteuil les soucis de la grand’ville. Ils devaient accrocher aux patères du Mouton Blanc les majestueuses perruques qui leur donnaient un air si imposant.

Il y avait bien à Auteuil une source d’eau minérale, qui coulait dans le village, et qui passait pour avoir des propriétés ferrugineuses. On la recommandait pour soigner l’anémie et les défaillances du foie. Il existe même un ouvrage, vieux de plusieurs siècles, rédigé par Pierre-Habert Escuyer, « médecin ordinaire de Monseigneur, frère unique du Roy », qui s’intitule Récit véritable des vertus et propriétés des eaux minérales d’Auteuil.

Mais ce n’est pas pour boire de l’eau ferrugineuse que Boileau et ses compagnons venaient à Auteuil. D’ailleurs, on ne servait pas d’eau au Mouton Blanc, et ils pratiquaient plutôt une cure de ce petit vin guilleret dont les contemporains disent tant de bien et que produisaient les coteaux qui descendent vers la Seine. Ils poussaient même parfois l’amour du vin d’Auteuil assez loin. Mais cela n’était pas trop mal vu à cette époque, et le médecin Fagon n’avait-il pas guéri Louis XIV par une cure de Bourgogne ?

Bref, un beau soir où la dose de reginglard avait peut-être été exagérée (mais on était en pleine canicule et c’était déjà une circonstance atténuante) après quelques discussions philosophiques et littéraires qui les avaient encore altérés, ces bons vivants décidèrent soudain, dans un de ces accès de mélancolie qui naissent au milieu des plaisirs les plus exubérants, que la vie était une bien piètre aventure et que mieux valait en finir tout de suite avec cette marâtre. Et, d’un bel enthousiasme, ils se levèrent pour courir jusqu’à la Seine.

Mais Molière, qui souffrait déjà de la maladie qui devait l’emporter et qui, ce soir-là, n’avait bu que du lait, démontra à ses amis qu’un si noble exploit ne pouvait s’accomplir nuitamment, mais en plein midi, devant un grand concours de peuple.

On écouta le sage Molière. On remit au lendemain cette action si valeureuse et l’on alla se coucher, après une dernière rasade. Inutile d’ajouter que ces désespérés se réveillèrent la tête un peu lourde et un peu honteux de leur stupide projet…

« Le Pêle-mêle : journal humoristique hebdomadaire. » Gaston Derys, Paris, 1930.
Illustration : « Un Cabaret à Bouxwiller. »  Marchal, 1876.

 

 

Jeanne l’aristo

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Allons ! Bon ! Voici que Jeanne d’Arc, dont on à fêté dimanche le 500e anniversaire, n’était pas du tout une paysanne, ni une bergère !

L’abbé Mandre, curé de Damvilliers, dans la Meuse (1742-1820), a écrit jadis que le père, Jacques d’Arc, et la mère, Isabelle Romée, n’étaient, point, de pauvres laboureurs, mais des gentilshommes campagnards possédant 20 hectares de terre qu’ils faisaient valoir eux-mêmes.

Jehanne était une demoiselle de château, parfaitement au courant de la politique et des faits généraux qui se passaient en France. Elle a conduit les troupeaux de ses parents et ceux de ses voisins, à son tour de rôle, partageant, la besogne selon l’usage avec les autres filles du pays, selon l’usage patriarcal de ces temps sans snobisme.

Et voilà !

La famille Jeanne d’Arc était une famille d’aristos. La fête devient, dès lors, anti-démocra-tique. L’abbé Mandre avait bien besoin de venir nous raconter ça !

« Les Potins de Paris : politiques, financiers, théâtraux. » Paris, 1929.
Illustration : Fête de Jeanne d’Arc à New-York, CN (cliché Central News photo service) USA : Agence Rol. 1920 

Cure anglaise

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Les voilà qui, non contents d’avoir introduit dans nos moeurs les ablutions extérieures à l’eau froide, essaient maintenant de nous faire laver journellement nos intestins à l’eau chaude !

Nos voisins anglais n’y vont pas de main morte et, pour être dans le mouvement… hygiénique, il faudra se résigner désormais à déguster une chopine d’eau chaude quelque temps avant chacun de nos repas, afin de «rincer» consciencieusement les vingt mètres de boyaux qui s’entortillent aussi bien sous le galbe d’une idéale beauté que sous le monstrueux embonpoint d’un bon vivant sexagénaire.

Déjà, il y a quelques années, on parla un peu de cette doctrine, au moment où le docteur Salisbury, un Américain, la fit connaître pour la première fois, mais sa grande vogue en Angleterre date de la cure de mistress Stuart qui utilise ses forces retrouvées à la propagande du nouveau traitement.

Les volumes de mistress Stuart se vendent, dans les diverses possessions de la Grande-Bretagne, par des milliers, qui rivalisent en nombre avec les productions de Zola. Sur toutes les devantures, dans tous les salons et jusque sous l’oreiller des vieilles filles légendaires de la chaste Albion, on voit de gentilles bouillottes écumantes ornant les gracieuses reliures anglaises qui portent ce titre séduisant : Que faire pour guérir et comment conserver sa santé ?

En quoi consiste ce fabuleux traitement ? Nous allons vous le dire :

La recette est toute simple : laver ses intestins à l’eau chaude plusieurs fois par jour.

Si vous êtes malade ça vous guérit, si vous ne l’êtes pas ça vous tient en bonne santé. Mais, Messieurs, ne vous croyez pas autorisés à additionner votre eau chaude de sucre, de citron et de brandy. Nous disons eau chaude pure et bientôt à la terrasse des cafés retentira, avec le boum traditionnel cet annoncez nouveau : « Trois eaux chaudes biens tirées, trois ! »

« La Joie de la maison. »  Paris, 1892.

Qu’on se le dise !

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gare

La direction des chemins de fer vient de décider que, pendant la prochaine saison des voyages, tous les chapeaux de curé de plus de 80 centimètres de diamètre seront considérés comme roues de bicyclettes ou de chars dont on leur appliquera le tarif. Ils devront donc être déposés aux bagages.

La raison en est que ces chapeaux sur les têtes des ratichons empêchent les voyageurs de contempler le paysage.

Le voilà, le « chapitre des chapeaux »

« Almanach de La Calotte. »  Paris, 1911.

Un curé ennemi des chevaux de bois

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"Le manège enchanté" Photo : Presse-Océan
« Le manège enchanté »
Photo : Presse-Océan

Il nous faudrait la plume de Paul-Louis Courier pour raconter l’histoire de ce curé, qui, à l’occasion de la fête patronale du village de Boulay (Lorraine), a défendu aux enfants du village de monter sur les chevaux de bois, cette distraction étant immorale. Le propriétaire du carrousel, qui avait subi de ce fait une perte assez sensible, porta plainte contre le curé, lequel fut condamné par le tribunal cantonal à payer une indemnité au plaignant.

Mais le curé porta l’affaire au tribunal d’appel à Metz, et celui-ci vient d’infirmer le jugement de première instance en déboutant le propriétaire du carrousel de sa plainte.

Dans ses considérants le tribunal dit qu’un curé, comme directeur des âmes, a déjà le droit et le devoir de donner des conseils et des avertissements à ses ouailles dans des questions de morale, sans qu’un tiers qui voitpar là souffrir ses intérêts matériels puisse lui en demander compte. Un curé qui combat le luxe des vêtements, l’ivrognerie, etc., ne pourra pas être traduit en justice par des tailleurs, des débitants, etc.

Mais des droits plus étendus encore appartiennent au curé vis-à-vis d’enfants fréquentant l’école, lorsqu’il agit en sa qualité de professeur de religion. En ce cas, il exerce, comme tout instituteur, une partie des prérogatives des parents, de sorte qu’il faut lui reconnaître non seulement le droit d’ordonner et de défendre certains actes, mais encore d’employer des moyens de coercition.

Le curé de Boulay n’a donc fait qu’user d’un droit qui lui appartient, quand bien même il aurait défendu à la jeunesse des écoles de monter sur les chevaux de bois,en menaçant les contrevenants d’une punition, quoi qu’on puisse d’ailleurs penser de la convenance du procédé.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1890.

Le club des dyspeptiques

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La mauvaise humeur des personnes qui souffrent du foie ou de l’estomac est une chose bien connue. Tandis que les gens qui digèrent bien sont d’un commerce agréable, d’un tempérament jovial, l’infortuné dyspeptique est quinteux, grincheux, insociable.

Un riche Américain, affligé d’une maladie de foie incurable, et conscient de la situation difficile de ses compagnons d’infortune, s’est avisé d’essayer sur lui-même et sur eux, un traitement en quelque sorte homoeopathique. Il s’est dit que, puisque la mise en contact d’un dyspeptique et d’un homme sain produisait de fâcheux effets, une réunion de dyspeptiques dégagerait sans doute, à défaut d’une folle gaieté, une atmosphère tolérable. Afin d’expérimenter ses théories, il a installé un hôtel magnifique, siège social d’un cercle de nouveau genre : le Dyspeptic-Club.

Pour en faire partie, il faut posséder une lésion stomacale bien déterminée, certifiée par un médecin bien connu. Moyennant ce certificat, sont admis au Dyspeptic-Club, tous les malades, quel que soit leur sexe, leur âge, leur nationalité. Les distractions les plus variées sont à la disposition des membres souffrants du cercle : journaux, revues, romans, jeux divers. On y fait de la musique. Tous les instruments, sauf le fatal piano, ont droit d’entrée.

Jusqu’ici, il n’apparaît pas que la cure inaugurée par le philanthrope américain ait donné des résultats bien sensibles. Attendons…

Paris, 1903.

Illustration-montage : Gavroche.