Cyrano de Bergerac

Jules Verne avait raison

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« Destination Moon » Irving Pichel, 1950

Jules Verne avait raison, dans quinze ans vous pourrez aller dans la Lune…

M Dautry vient de faire, à Londres, une brève mais importante déclaration, qui a retenu l’attention de toute la presse britannique, déclaration dans laquelle il a souligné que la France entrait désormais en jeu pour entreprendre des travaux gigantesques relatifs à l’utilisation de l’énergie atomique.

M. Dautry a même spécifié que nos savants pourront se livrer en toute quiétude à leurs dangereuses manipulations puisque c’est au cœur du Sahara que leurs recherches auront lieu. Cette information nous est particulièrement agréable, D’abord parce que nous sommes un peu loin du champ d’expérience — ce qui n’est pas à négliger lorsque l’on tient à sa bonne petite vie — ensuite parce que c’est un ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme qui annonce de telles nouvelles. Nous préférons certes que ce soit lui et non pas M. Diethelm qui nous parle de ces petits engins dont certaines villes japonaises ont récemment connu l’extrême douceur. M. Dautry a en effet déclaré :

« Notre premier souci sera d’utiliser la nouvelle énergie pour des fins industrielles et scientifiques. Son utilisation sur le plan militaire ne nous intéresse que très secondairement. »

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Hergé

Tant mieux ! Tous les êtres sensés doivent souhaiter que partout dans le monde il en soit ainsi… si l’on veut, bien entendu, que le monde existe encore pendant quelques années.

Il nous a semblé intéressant de rapprocher la « pacifique » déclaration de M. Dautry de l’interview du duc de Broglie parue il y a quelques jours dans un de nos confrères régionaux. Le grand physicien, membre de l’Institut et de l’Académie, terminait ainsi :

« Grâce à l’énergie atomique, nous pourrons bientôt aller dans la lune. Toutes les difficultés techniques sont maintenant vaincues; il ne s’agit plus que de mises au point, et je suis certain qu’avant quinze ans nous assisteront au premier voyage vers l’astre des nuits. »

De Cyrano à Jules Verne 

Le duc de Broglie, par son passé, par ses travaux, par ses titres, ne peut assurément pas être traité de plaisantin. On dit même officieusement qu’il sera un des principaux animateurs du commissariat à l’Energie atomique récemment créé par le conseil des ministres français.

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Dessin de Henriot (1857-1933)

Nous irons donc dans la lune. Les fantômes des savants, des écrivains, des romanciers et des poètes qui se sont penchés sur ce problème doivent en trembler de joie, car depuis des siècles et des siècles, nombreux sont les hommes qui ont fait ce rêve, jadis insensé.

Pour atteindre la terre des Séléniens, l’illustre Cyrano de Bergerac — le vrai, pas celui de Rostand — avait imaginé un ballon fantastique qui doit encore hanter les nuits du professeur Picard. D’autres avant lui s’étaient entourés de fioles emplies de rosée que les premiers rayons du soleil réchauffaient et entraînaient dans l’espace.

Dominique PADO. « L’Aurore. » Paris, 27 octobre 1945.

Le physique et le moral

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quasimodoVictor Hugo, en parlant de Charlemagne, dit quelque part « qu’il était de ces très rares grands hommes qui sont aussi des hommes grands ».

Avant lui, la sagesse des nations avait formulé ce précepte : « Dans les petites boîtes les bons onguents », auquel on oppose parfois cet autre : «… et dans les grandes les excellents », qui n’a que la valeur d’une boutade.

Il semble que cette remarque d’un rapport entre la taille et l’intelligence, qui conclut à une proportion inverse entre ces deux termes, ait été faite de tout temps. Virgile l’a constaté dans ce vers : Ingentes animos anguilo corpore versant, qui veut dire : Ils ont de grandes âmes dans des corps chétifs.

Ce qui veut dire aussi que les plus grands esprits ne sont pas logés toujours en des corps sans défaut. Les bossus ont une réputation d’esprit qui semble justifiée depuis Esope.

On ne serait guère embarrassé de citer de nombreux grands hommes qui furent, de leur vivant, peu favorisés sous le rapport des avantages physiques. Rappelons seulement Scarron et Byron.

Quand Victor Hugo voulut créer une sorte d’entité du dévouement et de l’esprit de sacrifice, il inventa Quasimodo, qu’il dota de toutes les disgrâces qui puissent déparer un pauvre corps humain. Et plus récemment, M. Rostand ne semble-t-il pas avoir voulu faire la même démonstration en mettant en parallèle Cyrano de Bergerac et Christian de Neuvillette ?

Mais la nature elle-même ne fournit-elle pas sa contribution à cette théorie en étendant au règne végétal cette espèce de contradiction. Ce n’est pas un mystère que les fleurs qui exhalent les parfums les plus suaves ne sont pas généralement celles qui offrent aux regards les couleurs les plus agréables et les plus éclatantes.

« Le Journal du dimanche. » Paris, 5 juillet 1903.
Photo : Patsy Ruth Miller et Lon Chaney  dans « The Hunchback of Notre Dame »  Wallace Worsley, 1923.

Cyrano de Paris

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Les échos, le plus souvent spirituels, de notre confrère le Petit Bleu, sont dignes du  pseudonyme :  Cyrano (de Paris). Quelqu’un s’étonnait, ces jours-ci, de cet assemblage de mots qu’il trouvait choquant :

 Car enfin, disait-il, ce qui caractérise Cyrano de Bergerac, c’est précisément sa verve gasconne. Ce personnage n’a rien de parisien. 

Et voilà l’erreur de beaucoup de gens ! Cyrano, qui s’appelait en réalité : Savinien de Cyrano-Bergerac pour le distinguer de son frère, M. de Cyrano-Mauvières, était comme lui Parisien, né, rue Saint-Sauveur, de parents parisiens. Son nom de Bergerac lui venait d’une propriété que sa famille possédait, près de  Mauvières, au lieu dit Bergerac, dans la vallée de Chevreuse (nous dirions aujourd’hui, en 1921, en Seine-et-Oise). 

Ce prétendu Gascon l’était donc aussi peu que possible et il n’est même point prouvé qu’il ait jamais mis les pieds à Bergerac en Gascogne. Cyrano de Paris est, par conséquent, le bien nommé. 

Il ne faut pas confondre l’histoire et les pièces d’Edmond Rostand.

« Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire. » Paris, 1921.

Le phonographe en 1650

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On a un peu la manie, aujourd’hui, de vouloir démontrer que nos inventeurs n’ont rien inventé, en allant chercher dans les temps passés l’idée primitive des découvertes qu’ils ont appliquées de nos jours. Voici pourtant cette fois un bien curieux passage que l’Intermédiaire a extrait du Voyage dans la Lune, de Cyrano de Bergerac, et où l’on trouve incontestablement l’idée du phonographe.

Cyrano de Bergerac vient de recevoir du génie qui le conduit dans la lune deux livres ayant des couvertures qui leur servent de boîtes, et il en ouvre un.

A l’ouverture de la boîte, dit-il, je trouvai dans un je ne sais quoi de métail presque semblable à nos horloges, plein de je ne sais quelques petits ressorts et de machines imperceptibles. C’est un livre à la vérité; mais c’est un livre miraculeux, qui n’a ni feuillets, ni caractères; enfin c’est un livre où, pour apprendre, les yeux sont inutiles; on n’a besoin que des oreilles. Quand quelqu’un souhaite donc lire, il bande, avec grande quantité de toutes sortes de petits nerfs, cette machine ; puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il désire écouter, et au même temps il en sort, comme de la bouche d’un homme ou d’un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent entre les grands lunaires à l’expression du langage.

N’est-il pas bien curieux de trouver déjà dans un livre qui remonte à plus de deux cents ans la description presque complète de ce merveilleux instrument que nous connaissons depuis seulement quelques années ?

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. » Paris, 1890.
Illustration : Henriot.

L’inventeur du phonographe

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invention-phonographe1Est-ce vraiment Edison ? Non, puisque le génial Américain prit son brevet le 19 décembre 1877, alors que, huit mois auparavant, Charles Cros avait déposé, sur le bureau de l’Académie des Sciences, un pli cacheté qui ne fut ouvert que le 3 décembre de la même année et qui contenait la description exacte et complète de ce merveilleux appareil.

Mais Charles Cros lui-même avait été devancé, si l’on peut dire, par Théophile Gautier, qui, en 1847, envisageait la possibilité de conserver les modulations de la sonorité. Et Théophile Gantier n’était pas encore le premier ! Ouvrez les oeuvres de Savinien Cyrano de Bergerac, telles qu’elles nous ont été restituées par l’éditeur Maurice Bauche. Un paragraphe de L’Autre Monde ou Histoire Comique des Etats et Empires de la Lune dit expressément :

« A l’ouverture de la boîte, je trouvai, dans un je ne sais quoi de métail presque semblable à nos horloges, plein de je ne sais quelques petits ressorts et de machines imperceptibles. C’est un Livre, à la vérité; mais c’est un Livre miraculeux, qui n’a ni feuillets, ni caractères; enfin, c’est un Livre où, pour apprendre, les yeux sont inutiles; on n’a besoin que des oreilles. Quand quelqu’un donc souhaite lire, il bande, avec grande quantité, toutes sortes de petits nerfs, cette machine; puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il désire écouter et, au même temps, il en sort, comme de la bouche d’un homme, ou d’un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands Lunaires, à l’expression du langage … »

Ne sont-elles pas merveilleuses, ces lignes tracées dans la première moitié du dix-septième siècle ? N’y a-t-il pas là le phonographe en germe? Qu’elle ait pour père Cros, Gautier ou Cyrano de Bergerac, la machine parlante est certainement française; ce qui ne diminue en rien les mérites d’Edison, le grand réalisateur.

Les Annales politiques et littéraires.  Adolphe Brisson, Paris, 1927.