daguerre

La photographie avant les photographes

Publié le Mis à jour le

montage photo
montage photo

Nous trouvons dans les Mélanges d’histoire naturelle, publiés en 1765 par Alléon Duval, la mention d’une série de faits qui, sans avoir pu influer en rien sur l’importante découverte de Talbot, de Niepce et de Daguerre, nous ont semblé devoir être rappelés comme curiosité appartenant à l’histoire de la photographie.

Un seigneur danois partit de Copenhague dans son carrosse avec sa femme et une fille de chambre, le 17 janvier 1744. Après avoir couru tout le jour les glaces fermées, ils arrivèrent à Corseur, et le soir même on mit le carrosse, dont les glaces étaient toujours fermées, dans le navire où il devait traverser le Belt le lendemain. Quand les voyageurs entrèrent dans leur carrosse pour partir, ils remarquèrent que les glaces étaient couvertes de gelée blanche, comme cela arrive souvent en hiver aux vitres des maisons.

Mais, ce qu’il y avait de singulier, c’est que sur cette légère couche de glace on découvrait un paysage parfaitement dessiné, comme pourrait être une estampe. Ce seigneur, s’étant douté que ce paysage pouvait ressembler à celui des environs, vit, en l’examinant de plus près, qu’il n’y avait pas un trait dans le dessin en glace qui ne répondit aux objets situés entre la ville de Corseur et le rivage, les pieux du môle, les bergeries, les huttes du voisinage. C’était les formes, les proportions, en un mot, tout ce qu’aurait pu être l’image dans une chambre obscure, excepté la couleur.

Le voyageur se ressouvint alors d’avoir ouï raconter à M. de Korff, envoyé de Russie à Conpfenhague, qu’étant à Pétershorf, dans l’antichambre de l’impératrice, il avait vu l’allée d’arbres, qui est vis-à-vis, dessinée par la gelée sur les vitres. Depuis l’observation de Corseur, on a appris qu’un des officiers de la maison du roi avait vu sur les vitres du château, les rames et les antennes des bâtiments qui étaient à cent pas de là dans le canal. Une autre personne avait aussi reconnu la tour, le faîte et le toit de l’église du Holm, qui est plus loin encore. Le célèbre poëte de Hambourg, M. Brockes, a déjà décrit un semblable phénomène dans ses Irdisches Vergnügen in Gott. Part. I, page 331.

Au commencement de 1745, on a vu aussi à Copenhague, sur les vitres de la maison d’un particulier, le jardin si bien représenté qu’on pouvait y distinguer un homme portant du bois. Enfin, le Giornale di litterati in Italia, t. XXXVI, p.367,raconte un fait pareil avec les circonstances les plus capables de lui donner du poids. On y trouve seulement cette différence, qu’au lieu de voir sur les vitres l’image des objets extérieurs, il s’y trouvait la représentation de plantes renfermées dans une serre. C’est d’après ces faits que le savant M. Gramm a composé l’article des Mémoires de la Société royale de Copenhague, intitulé: Images formées naturellement sur les vitres gelées.

Deux savants étrangers, consultés sur le fait de Corseur, l’ont attribué, l’un tout à fait, l’autre en partie, à la force de l’imagination des observateurs, qui leur a tracé des ressemblances, dont cette faculté de leur âme a presque fait tous les frais. Le dernier de ces deux savants a pourtant eu recours à une hypothèse physique pour rendre raison de ce phénomène.

M. Gramm est persuadé qu’on ne peut former aucun doute raisonnable sur la réalité du fait; il s’attache à en développer la possibilité, et il augure qu’il pourrait bien en être comme de l’électricité, qui, après avoir été si longtemps négligée par les physiciens, est devenue un des plus grands objets de leur attention.

 La Mosaïque : revue pittoresque illustrée de tous les temps et de tous les pays.  Paris, 1874.

Publicités

La photographie au VIème siècle

Publié le Mis à jour le

Constantin Simonides
Constantin Simonides

On sait qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil; mais voici qui a bien le droit d’étonner: la photographie remontant jusqu’au sixième siècle !

C’est pourtant ce qui résulterait d’un manuscrit ayant pour titre: Instructions chimiques du moine Pansélénus de Piorime, à Constantinople, et qui fait, dit-on, partie de la riche bibliothèque du couvent Dionysius, au mont Athos. Le moine Pansélénus vivait de 441 à 521. D’après la traduction, peut-être un peu libre, qu’on a faite de ce document écrit en mauvais grec, l’auteur aurait, avant J.-B. Porto, découvert la chambre noire.

En effet, il se servait d’une sphère creuse en cuivre étamé d’un côté et peinte en noir de l’autre, munie de deux petites portes opposées l’une à l’autre. Le système optique se composait d’une lentille de verre blanc placée au centre de la partie creuse de la sphère, d’un miroir de cuivre poli en avant, d’un verre jaune d’ambre plaqué d’or en arrière, et enfin d’un verre vert de grenouille. Le tout était supporté par un pied à trois branches. Les plaques sur lesquelles « l’image ressemblante»   des objets était reproduite, se composaient de cuivre argenté. Après les avoir nettoyées et polies, on les sensibilisait en les soumettant successivement aux vapeurs de deux corps dont les noms sont intraduisibles, mais qui agissaient identiquement comme l’iode et le bronze, découverts seulement en 1812 et 1826. Enfin on fixait à l’aide du vif-argent.

Ce curieux document a été reproduit dans l’introduction d’un ouvrage publié en 1864 sous le titre Fac-similé de certaines parties de l’Évangile de saint Mathieu, par le docteur, qui ne craint pas d’accuser ouvertement Daguerre de plagiat. Dans un voyage au mont Athos, il se serait approprié tout simplement l’invention de Pansélénus.

C’est le cas ou jamais de finir par la locution consacrée:  « Sous toutes réserves. »

« Musée universel »  A. Ballue, Paris, 1873.