décès

Les ombres tristes

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grotte-miraculeuseLes journaux belges racontent que, depuis quelques semaines, une dame blanche se promène chaque soir sur la lisière des bois du pays de Thuin et, particulièrement, aux environs de l’abbaye d’Aulne. 

C’est peut-être le cas de rappeler que la dame blanche n’a rien de spécial au pays de Thuin. Elle occupe une place prépondérante dans la poésie germanique, mais on la trouve également en Ecosse, en Belgique, en France, jusqu’en Italie. Tout le monde connaît la dame blanche d’Avenel, cette si douce « Meg Merillis » du « Guy Mannering » de Walter Scott, dont Boïeldieu, aidé d’un médiocre livret de Scribe, fit un agréable opéra comique. La Dame blanche de l’hôtel de Cluny, à Paris, est célèbre : la Renaissance y voulut découvrir l’ombre plaintive de Marie Stuart, qui, veuve de François II, avait passé à Cluny le temps de son deuil, un deuil blanc, tel que les reines d’alors le portaient.

De même, l’ancien palais du comte d’Egmont, à Bruxelles, devenu l’hôtel d’Arenberg, possède la dame blanche, visible quand est prochain le trépas de quelqu’un de la  maison. Cardan rapporte, d’une famille noble de Parme, que lorsqu’un de ses membres devait mourir, on voyait toujours une vieille femme aux voiles blancs assise sous la cheminée de la demeure patrimoniale. C’est une Dame blanche encore qui, depuis des siècles, se montre dans les résidences impériales au moment du trépas des membres de la maison d’Autriche : c’est elle qu’on vit à Miramar la veille du jour où l’on allait exécuter l’archiduc Maximilien à Queretaro, et elle fut à la Hofburg lors du drame de Meyerling et de l’assassinat de l’impératrice Elisabeth. 

On pourrait prolonger à l’infini la nomenclature de ces ombres tristes, mais il suffira de rappeler la plus jolie, la plus touchante des histoires de Dames blanches. Elle vient de Flandre et n’est pas très répandue en dehors de son cercle d’origine :

Une pauvre campagnarde était morte en couche. Dès la première nuit après ses funérailles, comme le nouveau-né pleurait, on vit soudain entrer dans la maison en deuil, un fantôme blanc, ayant les traits et la stature, de la morte, qui prit l’enfant dans son berceau, s’assit  avec lui sur une escabelle, le caressa, le baisa au front, lui donna le sein, puis, après l’avoir replacé endormi sur sa couchette, disparut sans qu’on l’eût entendu marcher. Et la même ombre revint chaque nuit, durant des mois, pour faire exactement la même chose, jusqu’au moment où le petit fut assez fort pour être sevré. Alors, elle cessa ses visites. 

Mais la foi en cette légende devait rester tellement solide au cœur des paysans de certaines régions flamandes, que l’on y affirme encore couramment et énergiquement l’inutilité de s’occuper de la nourriture nocturne des poupons dont la mère mourut en les mettant au monde, car celle-ci sortira du tombeau et viendra chaque nuit allaiter son enfant aussi longtemps que ce sera nécessaire. 

Beaucoup de bébés ont souffert et furent victimes de cette croyance naïve, et, certes, jamais personne n’a vu une mère défunte allaiter son enfant. 

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1902.

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Le cheval du corbillard

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corbillard

La veille de sa mort, le jeudi, Me Paillet assistait au service de M. Jacquemin , ancien avocat à la Cour de cassation et chef du contentieux à la préfecture de la Seine.

La cérémonie dura une heure et demie, et Me Paillet accompagna le corps jusqu’au cimetière. Un ami lui demanda comment il allait :

Assez mal , répondit-il, je ne suis pas content de ma santé.  

A ce moment le cheval du corbillard se cabra, on eut beaucoup de peine à le maintenir.

Est-ce que par hasard , reprit Me Paillet, ce gaillard-là, aurait des actions dans l’entreprise des Pompes funèbres !  

C’est peut-être le même cheval, qui, trois jours plus tard, l’a conduit au cimetière. 

Journal parisien, 1955.

L’addition

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Ce n’est pas pour rien que l’on meurt au restaurant au cours d’un banquet.

Si nous en croyons le Cri de Paris, la famille de l’un des directeurs du Bon Marché (et cela est d’une belle ironie !)  mort récemment inter pocula, a reçu du restaurateur une note qui s’élève à la bagatelle de onze cent soixante-quinze francs.

Sur cette « douloureuse » figurent 25 fr. d’éther, 50 fr. d’auto (pour avoir été chercher le docteur), 100 fr. d’honoraires pour ce morticole et… 1.000 Fr. d’indemnité pour le préjudice causé à la maison par l’interruption de la soirée !

« La Grimace. » Paris, 1921.
Peinture de Fred Zeller.

L’hommage Radiola

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La littérature française est en deuil. Pierre Loti, le romancier dont nous avons tant apprécié les oeuvres, est mort à Hendaye.

Pour honorer sa mémoire, Mademoiselle Marthe Dupuis a écrit quelques vers qui ont été lus devant le microphone du poste Radiola de la « Compagnie française de Radiophonie » dont les milliers d’auditeurs ont vivement apprécié l’émission.

« Les Maîtres de la plume. »Paris, 1923.

Les morts qui vont trop vite

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Les nécrologies prématurées ne sont pas rares. Par ce temps de reportage à outrance, il est probable qu’elles se multiplieront. Il suffit de s’entendre et de considérer les nouvelles de la dernière heure comme étant simplement des nouvelles de l’avant-dernière…

Mark Twain connut les honneurs de l’oraison funèbre « anthume », comme disait Allais. Il écrivit à son Bossuet que la nouvelle de sa mort était un peu exagérée. Lord Brougham, lui, avait fait annoncer son décès, pour connaître l’opinion de ses contemporains à son sujet. Il fut déçu. Monseigneur Strossmayer, le célèbre prélat, félicité lui-même le correspondant de notre confrère Le Temps pour la très aimable nécrologie qu’il avait publiée sur lui. L’amiral Rodjestvensky, M. de Nelidoff furent enterrés deux mois trop tôt par les journaux anglais, y compris le Times.

Pareille mésaventure arriva récemment à un de nos plus spirituels doyens, Emile Blavet, qui put dire, lui aussi, avec le personnage de Corneille :

Les gens que vous tuez se portent assez bien !

« Excelsior : journal quotidien : informations, littérature, sciences, arts, sports, théâtre, élégances. »  Paris, 1910.
Illustration : Jean Hélion.

Décès de l’écrivain et académicien Alain Decaux

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L’écrivain Alain Decaux, qui a incarné pendant près de 50 ans l’histoire à la radio et à la télévision, est décédé dimanche à l’Hôpital Georges-Pompidou à Paris, à l’âge de 90 ans.

Élu à l’Académie française en 1979, ministre de la Francophonie du gouvernement Rocard (1988-1991), ce grand conteur et vulgarisateur a créé et animé plusieurs émissions devenues cultes. En 1951, il crée «La tribune de l’histoire» à la radio (diffusée de 1951 à 1997). En 1956, c’est le tour de la télévision avec «La caméra explore le temps» (avec Stellio Lorenzi et son complice André Castelot), qui ne s’arrêtera que dix ans plus tard. De 1969 à 1987, dans «Alain Decaux raconte», «Alain Decaux face à l’histoire», puis «Le dossier Alain Decaux», il occupe le petit écran chaque mois pendant une heure, traitant d’un personnage ou d’un événement historique.

Né le 23 juillet 1925 à Lille, ce fils d’avocat a étudié le droit à Paris et suivi des cours d’histoire à la Sorbonne, sans se soucier d’obtenir un diplôme. Il publie son premier livre, «Louis XVII retrouvé», en 1947 et est couronné par l’Académie française, trois ans plus tard, pour son second ouvrage, «Letizia».

En 1960, il fonde la revue Histoire pour tous, et va collaborer à de nombreux journaux et revues. Dialoguiste du film «Les misérables» (1982) de Robert Hossein, avec qui il aura une intense collaboration artistique, il est aussi biographe de Victor Hugo et admirateur d’Alexandre Dumas, à qui il consacre en 2010 un «Dictionnaire amoureux», et de Sacha Guitry, dont il était l’ami intime. On lui doit aussi «Alain Decaux raconte la Bible aux enfants», «C’était le XXe siècle» (en quatre volumes), «Le Tapis rouge», sur son expérience ministérielle, ou au théâtre, «N’ayez pas peur» sur le pape Jean Paul II.

Alain Decaux a été en 1973 le premier président, élu au titre de la télévision, de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. En 1989, il a été nommé coordonnateur de la politique télévisuelle extérieure française. Depuis 1999, il existe un prix Alain Decaux de la francophonie.

Marié deux fois, père de trois enfants, il a été élevé en 2014 à la dignité de grand’croix de la Légion d’honneur.

http://www.courrier-picard.fr/region/deces-de-l-ecrivain-et-academicien-alain-decaux-a-90-ans-ia201b0n748985

Adieu Monsieur Delpech

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 Photo : Marie Astier