denrées

Fâcheuses pratiques

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On se plaint fort actuellement des fraudes alimentaires. La chose n’est pas nouvelle.

« Les pauvre gens qui fréquentent les foires et les marchés sont souvent trompés et déçus par les paysans portant les denrées gatées ou fraudées,telles que : œufs pourris et couvés, lait écrémé et mouillé, beurre renfermant navets ou pierres… » Il ne s’agit pas  là,  comme on pourrait le croire, de plaintes d’huy ou d’hier, naïvement exprimées par une cuisinière bourgeoise au début du vingtième siècle.Ces paroles sont empruntées à une supplication que les consuls, bourgeois, manants et habitants de la ville d’Ambert présentèrent en 1481 à messire Jacques de Tourzel,  » seigneur d’Allègre, de  Viverois , de Riols et du pays de Livradois, de Saint-Just, de Somelys et autres terres ». Les quatre consuls en charge, « sages et discrets hommes, maîtres Jehan Bonnefoy, Damien Rolle, Benoist Gautier, François Nicolon », exposaient à Jacques de Tourzel les les « cautèles et larcins » qui se commettaient et se perpétraient dans leur ville : « Sans cesse il y a complaints, procès et différends tumultes, noises et débats y sont mus sur et à l’occasion desdits faits, bourgeois et paysans se chamaillant et se pelaudant les uns les autres. » Ils concluaient en le suppliant de mettre fin par d’énergiques mesures à une situation aussi intolérable.

foire-moyen-age

Jacques de Tourzel n’hésita pas : voulant à toute force « faire quitter de tant fâcheuses, laides et abominables pratiques et punir aigrement du monde si grand délinquant », il « voulut et ordonna » que, dans les trois cas ci-dessous énumérés, telles punitions soient appliquées.

« A tout homme ou femme qui aura vendu lait mouillé, soit mis un entonnoir dedans sa gorge, et ledit lait mouillé entonné, jusques à tant qu’un médecin ou barbier dise qu’il n’en peut, sans danger de mort, avaler davantage.

« Tout homme ou femme qui aura vendu beurre contenant navet, pierre ou autre telle chose, sera saisi et bien curieusement attaché à nostre pilori du Pontel. Puis, sera ledit beurre rudement posé sur sa tête, et laissé là tant que le soleil ne l’aura entièrement fait fondre. Pourront les chiens le venir lécher, et le menu peuple l’oustrager par telles épithètes diffamatoires qu’il lui plaira (sans offense de Dieu, du roi ni d’autre). Et si le temps ne s’y preste et n’est le soleil assez chaud, sera ledit délinquant en telle manière exposé, dans la grand’salle de la geôle,  devant un beau, gros et grand feu, où tout un chacun le pourra venir voir.

« Tout homme ou femme qui aura vendu oeufs pourris ou gâtés, sera pris au corps et exposé sur nostre pilori du Pontel. Seront lesdits oeufs abandonnés aux petits enfants qui, par manière de passe-temps joyeux, s’ébattront à les lui lancer sur le visage ou dessus ses habillements, pour faire rire le monde. Mais ne leur sera permis jeter austres ordures. »

pilori

Les Archives du Puy-de-Dôme, qui possèdent cette curieuse ordonnance, ne nous indiquent malheureusement pas si de pareilles mesures furent suivies d’un effet salutaire.

« Revue du traditionnisme français et étranger. »  Paris, 1910.
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