députés

Impopularité

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palais-bourbonL’impopularité de la Chambre s’accentue de jour en jour et prend des proportions formidables. André Servier, dans la Dépêche de l’Est, constate « le dégoût profond qu’inspirent à tous les éléments de !a société le bavardage et l’impuissance des députés. » 

Il apparaît nettement à tous, dit notre talentueux confrère qu’ils sont incapables de rien faire d’utile… Pendant la guerre, il a fallu que Clemenceau les licenciât pour obtenir la victoire. Depuis la guerre, ils ont saboté cette victoire, ils ont saboté le traité de Versailles et ils sont en train de saboter la France et la République. 

Le plus curieux, c’est qu ‘ils ne s’aperçoivent même pas qu’ils sont discrédités et méprisés au point que le titre de député est considéré maintenant comme une injure. A un fainéant, à un incapable, on crie : « Espèce de député !« 

Et l’autre jour, un tribunal a condamné un citoyen qui, au cours d’une discussion, avait traité son adversaire de « député », parce qu’il a estimé que ce mot, étant pris dans le sens de propre à rien et d’individu sans moralité, constituait une injure.

Suprême déchéance ! Et c’est de ces gens-là, conclut Servier, que nous attendons le salut. Nous pouvons nous armer de patience !

« Annales africaines : revue hebdomadaire de l’Afrique du Nord. » Alger, 1926.

L’électeur

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trainLa République est une bonne princesse, elle estime que les voyages sont capables d’instruire sinon la jeunesse au moins les députés, et, c’est pour cette raison qu’elle procure à nos honorables élus la faculté et l’avantage de voyager à l’oeil.

Voyager a l’oeil, aller, au théâtre avec des billets de faveur, telle est la double ambition de pas mal de Parisiens, qui dans ce but, se donnent souvent un mal qui ne vaut pas le voyage et qui leur revient plus cher qu’au contrôle.  

Mais nos députés, eux, réalisent sans peine cette ambition plus où moins légitime. 

Si la République, bonne fille, ne leur ouvre pas encore les portes de tous les théâtres, c’est qu’elle ne le peut pas, du moins, met-elle à leur disposition les meilleurs wagon des Compagnies sauf peut-être ceux de l’Etat, qui ne sont pas très sûrs.

On comprend qu’elle tienne à la santé de ses enfants préférés. 

Dernièrement, un de nos plus spirituels chroniqueurs prenait place dans un train de luxe pour le Midi : c’était bondé et notre confrère dut se réfugier dans un coin que lui consentirent difficilement sept personnages d’allure imposante et d’un bavardage généreux. 

On parlait de la R. P., de l’impôt sur le revenu, des syndicats, que sais-je ! On jonglait avec les rapports et les projets de loi. 

Un contrôleur survint qui jeta dans ce tapage le fatidique : « Billets, messieurs, s’il vous plaît. » 

Et le premier personnage imposant de répondre : 

Député. 

Le contrôleur s’inclina respectueusement. Le second personnage imposant répondit de même : 

Député. 

Et le contrôleur s’inclina encore plus respectueusement. 

Ainsi de suite jusqu’au septième personnage imposant. 

Ils étaient tous députés. 

Arrivé devant notre confrère, le contrôleur, qui commençait à en prendre l’habitude, allait simplement renouveler son inclinaison respectueuse. Mais notre confrère tendant le ticket qu’il avait dûment payé de ses deniers, s’écria : 

Electeur.  

Le contrôleur, étonné, perfora le billet et s’en, alla non sans une moue de dédain pour ce voyageur insensé qui avait osé payer sa place.

Paris, 1910.

Pertinence

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paysans

Les courtes vacances parlementaires qui ont accompagné ce qu’on a accoutumé d’appeler « la trêve des confiseurs » se terminent. Frileusement les députés ont été rendre compte de leurs mandats. Et nos électeurs ont fait de leur mieux pour les croire et pour être convaincus.

Dans le département de Seine-et-Marne les dernières élections législatives ont été particulièrement néfastes aux anciens élus. Les nouveaux honorables ont évidemment juré que tout allait changer dans le meilleur des mondes. Mais le Briard est méfiant, « près de ses sous » et désabusé.

Mercredi dernier, jour du marché, dans une importante sous-préfecture, deux fermiers causent ensemble.

— Alors ? demande l’un, en tirant de sa « commerciale » une pile de Coulommiers poudrés à frimas. Alors tu l’as vu pendant les vacances, not’ nouveau député ? Qu’est-ce que tu en penses ?  

Son compère fait la moue :

— Tu m’ croiras si tu veux ! J’ préférais l’ancien! I’ n’ tenait pas davantage, mais il promettait mieux….

« Lectures pour tous. » Paris, 1937.

Suivant que vous serez

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ministres

Ministres et députés compromis dans des scandales sont pour la plupart libres comme l’air. Mais…

Extrait des condamnations prononcées par le tribunal correctionnel de Saint-Lô dans la seule journée du 12 janvier 1934.

Joseph L….., 32 ans, et sa femme, née Berthe A….., 39 ans, ont été arrêtés à Saint-Martin-de-Bonfossé, le 9 janvier, en flagrant délit de mendicité.

J’avais envie de manger de la galette, déclara l’épouse qui est sur le point d’être mère.

Chacun quinze jours de prison.

Aurélie L………., 61 ans, a mendié à Tessy. Une dixième condamnation d’un mois de prison lui est infligée.

Emile L……., 55 ans, a été arrêté le 5 janvier à Torigny pour mendicité : quinze jours de prison.

Qui donc disait que la justice n’était pas ferme et expéditive ?

Les malandrins de Chicago

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gangsters-chicagoChaque ville a sa petite spécialité gastronomique, architecturale ou pittoresque dont elle est fière : Marseille a sa Canebière, Dijon a sa moutarde, Nice a son Carnaval,  Le Caire a ses âniers, Paris a ses députés, Venise a ses gondoliers… Chicago a ses bandits.

Ils sont réputés dans le monde entier, les bandits de Chicago, et il ne se passe guère de semaine sans que l’univers retentisse du bruit de leurs exploits. Leur effectif s’élève dit-on à 50 000 hommes, dont les meilleurs « professionnels » formant l’élite de la corporation, sont organisés en plusieurs troupes rivales commandées par d’illustres gangsters, Bugs-Moran,_Al Capone et tutti quanti… Ces grandes compagnies qui souvent se livrent entre elles de véritables batailles rangées, image de la guerre civile, possèdent un outillage particulièrement soigné : mitrailleuses, autos blindées, canons, grenades, laboratoires de bombes et de gaz toxiques… Ce qui leur permet -de tenir en échec la police, fort bien armée elle aussi, et très active.

La ville de Chicago est donc le fief incontesté des malandrins et des bootleggers, et c’est là seulement qu’on peut assister à ce fameux et étrange spectacle, unique au monde, connu sous le nom de « Show Up ».gangstersLe Show Up est une exposition de malfaiteurs, que la police organise deux fois par semaine dans ses bureaux, le mercredi soir et le samedi après-midi. On amène là, et on place sur un rang, bien en vue, comme pour un concours de beauté, tous les gens sans aveu arrêtés dans les dernières rafles. Le public est invité à entrer (principalement les citoyens qui ont été victimes ou témoins de vols ou de violences dont les auteurs ont réussi à s’échapper), à examiner les sujets présentés, et s’il y a lieu, à les reconnaître et à dénoncer leurs forfaits.

Cependant, les bandes bien administrées possèdent une caisse de défense contre la justice, de sorte que les malfaiteurs sont pécuniairement soutenus dans leurs procès : on leur donne de bons avocats, on achète des témoins en leur faveur, on essaie de graisser la patte aux juges. De sorte que beaucoup d’entre eux peuvent poursuivre jusqu’au bout leur carrière, tel Al Capone. Celui-ci ayant fait fortune dans la vente illicite des bières et du whisky, aspire maintenant au repos complet et projette d’abandonner son titre et ses fonctions de chef de bande. En outre, il ne veut plus remettre les pieds à Chicago.al-caponeSon intention est de vendre sa propriété de Palm Beach, en Floride, qui fut le théâtre de nombreuses difficultés cadrant mal avec sa dignité de millionnaire, et de faire construire, à 30 milles au nord de Miami, un autre domaine. Sa nouvelle propriété aura une étendue de 1400 ares et sera entourée d’un mur de construction solide d’une hauteur de trois mètres, car, a-t-il dit, « il y a maintenant tellement de malhonnêteté… »

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Paris, 1930.

Cythère au Palais-Bourbon

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giovanni-boldini

Depuis quelques semaines, les membres du Parlement sont accablés de libellés multicolores, de prospectus alléchants (c’est le terme exact) dans lesquels des matrones habiles leur proposent sans la moindre pudeur, des cours de langue anglaise ou de massage très spécial.

Que font nos députés ?

Les uns se fâchent et jettent au panier les réclames de ces Vénus tarifées. D’autres profitent discrètement des jours où il n’y a pas séance… D’aucuns encore, plus naïfs ou moins au courant des mille petits métiers de Cythère, se sont laissés prendre au piège. Certaines dames très peu habillées, de la rue Henri Monnier, se souviennent encore de la récente visite que leur fit un honorable député du midi de la France, lequel, en compagnie de son épouse, était venu leur demander le prix d’un cours complet de la langue de Lloyd George.

Mais les plus malicieux d’entre nos députés ont trouvé le bon moyen de se défaire de ces prospectus déshonnêtes en jouant un tour amusant à un de leurs collègues : Chaque fois qu’il vient à la Chambre pour prendre son courrier, l’abbé Lemire, à sa grande stupéfaction, constate la présence inattendue de circulaires de miss B… ou de lettres de Madame Georgette qui n’ont qu’un très vague rapport avec les affaires du pays.

Ajoutons que le sympathique représentant de Béthune est le premier à rire de cette plaisanterie.

« La Grimace. » Paris, 1916.
Peinture de Giovanni Boldini.

L’amnistie

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assemblee-nationale

Au cours des orageux débats sur l’amnistie, les huissiers de la Chambre, empressés à séparer les députés qui se cognaient, reçurent force horions. Tout de même, le métier, dans ces conditions, leur semble impossible.

Lorsqu’une troisième fois, les députés s’élevèrent les uns contre les autres, les huissiers, comme s’ils s’étaient donné le mot, demeurèrent impassibles, refusant de se mêler à la bagarre.

Et il arriva ceci de stupéfiant. C’est que les députés, n’étant plus séparés par les huissiers, et se trouvant enfin face à face, sentirent leur colère s’apaiser, et desserrèrent leurs poings. Du moment qu’ils étaient obligés de se cogner les uns les autres, ils jugeaient inutile de se battre.

Et ainsi, l’abstention des huissiers mit fin à ce que l’on a appelé la semaine des Jeux Olympiques du Palais Bourbon.

« Cyrano. »  Paris, 1924.