des sciences mathématiques

Un enfant prodige

Publié le Mis à jour le

william_james_sidisIl y a eu des enfants prodiges. On cite le grand historien anglais, Macaulay, qui à l’âge de sept ans rédigea un résumé de l’histoire universelle; Blaise Pascal, le célèbre penseur français; Ampère, l’illustre physicien, qui posa les lois fondamentales de l’électricité. Mais leur précocité intellectuelle semble être dépassée par celle d’un jeune américain de onze ans, William James Sidis, étudiant à l’Université de Harvard.

Avant même qu’il eut atteint l’âge de deux ans, il pouvait lire. A trois ans, il se servait de la machine à écrire. A cinq ans il inventait un nouveau calendrier, et à six ans, il passait avec succès les examens d’entrée à l’école de médecine d’Harvard.

Depuis, il a appris six langues, inventé de toutes pièces un nouveau langage universel auquel il a donné le nom de Vendergood.

L’histoire, l’astronomie, les sciences physiques et chimiques, la littérature même n’ont pas de secrets pour lui. Chaque matin, le jeune Sidis lit avec attention les nouvelles politiques dans son journal et les discute avec les grandes personnes qui l’entourent.

Il a conquis son premier grade scolaire à Brooklyn. Il était alors neuf heures du matin; à midi il possédait déjà son troisième grade.w_james_sidisMais c’est surtout dans les sciences mathématiques que William Sidis excite l’étonnement et l’admiration des hommes les plus savants des Etats-Unis.

Récemment, il a fait une conférence sur une des parties les plus difficiles et les plus abstraites des sciences mathématiques : la géométrie à quatre dimensions. A l’école nous apprenons communément qu’il n’y a que trois dimensions : la longueur, la hauteur et l’épaisseur. Le jeune Sidis en emploie une quatrième. Nous n’essaierons pas de vous exposer sa théorie, parce que nous ne le pourrions pas nous-mêmes. Nous vous dirons seulement que, pour l’expliquer à son savant auditoire, il a fait usage de figures à lui. Ce sont des figures qui ont jusqu’à six cents côtés. Il les a baptisés lui-même avec des noms qu’il a inventés et que nous recommandons à votre mémoire ce sont les hecatonicosihedrigonas et les hexacosihedrigonas.

Après sa conférence, les professeurs lui ont posé les questions les plus difficiles, mais il leur a été impossible de le coller.

Nous dirons pour terminer que le jeune William Sidis est d’une extrême modestie. Il ne doit nous en être pour cela que plus sympathique.

E. Dupuy. « Figaro : journal non politique. » Paris, 14 avril 1910.