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Désespoir et superstition

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Un médecin qui avait été appelé auprès d’un enfant atteint d’une méningite, ayant jugé le cas désespéré, promettait, par égard pour la douleur des parents, de revenir dans la soirée.

Il fut fort surpris, à cette seconde visite, de constater que la tête de l’enfant était complètement ensanglantée. Sa mère lui expliqua qu’une voisine l’avait engagée à essayer du remède suivant : elle avait appliqué sur la tête du petit enfant un pigeon vivant qu’elle avait égorgé, de sorte que le sang se répandît sur le cerveau du malade. 

Le médecin demanda d’autres renseignements et il constata que cette pratique est d’un usage plus répandu qu’on ne pourrait le croire. 

Il y a, en effet, une superstition populaire qui veut que le sang du pigeon absorbe la méningite. Il lui fut raconté qu’il existait même aux Halles une marchande dont la spécialité était la vente de pigeons destinés à cet étrange sacrifice. On ajouta qu’elle en vendait ainsi dix ou douze par jour en moyenne. 

Il va sans dire malheureusement que ce remède n’est d’aucune efficacité et que particulièrement, dans le cas dont il s’agit, il n’a pas sauvé le petit malade. 

« Le Rappel. » Paris, 1888.
Peinture de Victor Gilbert.

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L’enfant de Bohème

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Une fenêtre d’un grand hôtel de la  promenade des Anglais de Nice s’ouvrait  brusquement, un soir, et un homme venait s’abattre sur le trottoir.

C’était un gentleman qui portait avec distinction un des plus grands noms d’Ecosse. Il ne s’était pas tué par neurasthénie, ni de dégoût de ne pouvoir monter à cheval sans tomber, comme le prince de Galles, ni même pour avoir pris au jeu la tragique culotte. Il s’était tué par désespoir d’amour.

A Londres, il avait fait la connaissance d’un joli mannequin qui rêvait de devenir danseuse et qui était en passe de le devenir, ayant remporté un premier prix à Paris et un autre à Nice. Le jeune mylord voulait épouser le joli mannequin. Mais le joli mannequin signifia au jeune mylord qu’elle préférait la danse aux révérences à la cour de Buckingham et au traditionnel château en Ecosse. Le compatriote de Walter Scott, entendant ça, ouvrit la fenêtre et se précipita. Cette aventure tragique a causé dans la gentry anglaise une véritable consternation.

Eh quoi, ont dit les joyeuses commères de Windsor et d’ailleurs, être noble, riche, beau et se tuer pour une dancing girl, alors qu’il y a dans la société tant de jeunes filles qui sèchent sur pied.

Hélas ! bonnes gens, l’amour est toujours enfant de Bohême, même lorsqu’il porte la jaquette bordée et le monocle d’un jeune membre du Savage Club. Notre jeune Ecossais était coiffé de sa petite fille de rien du tout et il a fait poum ! de désespoir d’en être dédaigné. Lord Byron, ce Don Juan hautain et sec, n’aurait pas approuvé cette histoire d’amour terminée par une défenestration. Mais lord Byron aima-t-il vraiment ?

Ce bon jeune homme qui s’écrase, comme un vulgaire calicot amoureux, sur l’asphalte lui est, à mon avis, infiniment supérieur.

André Négis, 1929.
Peinture : Angelo Garino.

On ne discute pas les ordres

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armée-autriche

La garnison de Klausenbourg (Autriche-Hongrie) a été mise en émoi, samedi dernier, par le suicide qu’un officier de cette garnison a accompli dans des conditions véritablement extraordinaires.

Le lieutenant d’infanterie Charles Mangesius. en proie à un accès de désespoir causé par un événement que l’on ignore encore, donne l’ordre à un soldat de son régiment de se présenter à telle et telle heure, avec armes et munitions, dans son appartement.

L’homme arrive. Le lieutenant lui dit de charger son fusil. L’homme, étonné, obéit en hésitant.

Le lieutenant s’agenouille et ordonne au soldat de tirer sur lui. Le soldat refuse. L’officier insiste et fait comprendre au troupier qu’il n’a qu’un devoir : celui d’obéir à ses supérieurs et que, s’il n’obéit pas, il sera frappé des peines les plus sévères.

Le troupier obéit enfin, l’officier commande : Feu ! et tombe foudroyé.

Charles Mangesius était fils d’un général de division en retraite.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.