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Les petites dettes d’Alphonse

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lamartineNous sommes à Saint-Point, et nous ne pouvons résister à la tentation de conter un trait au sujet de l’illustre poète, qui dirigeait si mal ses affaires. 

A cette époque déjà, Lamartine était criblé de dettes. Il devait surtout beaucoup de petites sommes à des gens du pays, passablement besogneux pour la plupart. On y mettait tout le respect possible, mais on le harcelait de demandes auxquelles il était incapable de satisfaire. Parmi ces petits créanciers se trouvait une vieille paysanne des environs. Lamartine lui devait une centaine de francs, pour prix d’une pièce de vin. 

Quand il était au château, la bonne femme, un panier au bras, venait lui faire hommage de gaufres qu’elle avait préparées pour lui. Le grand poète prenait les gaufres, donnait vingt francs à la paysanne et se confondait en remerciements. 

Ah monsieur notre maître, disait alors la vieille d’une voix gémissante, ce n’est pas, sauf votre respect, pour vous causer de la peine, mais la vie est bien chère et l’année n’a pas valu grand’chose. Il faut donc que je vous rappelle cette affaire des cent francs, vous savez bien… Non pas que je vous les demande seulement, voyez-vous, quand ça viendra, ça viendra bien 

Ma pauvre mère Bonnichon, répondait Lamartine, j’ai le cœur navré de ne pouvoir m’acquitter envers tous les braves gens qui, comme vous, ont eu confiance en moi. Mais je travaille, j’ai le meilleur espoir, et bientôt, peut-être. 

Faut pas que ça vous cause du chagrin, monsieur notre maître, reprenait la mère Bonnichon en se levant, ce que j’en dis, c’est pour dire. Je viendrai vous apporter des gaufres pas moins, puisque vous les aimez.

Et elle revenait elle revenait tous les mois et recevait vingt francs pour ses gaufres qui valaient cinq sous. 

Plusieurs années se passèrent ainsi. 

A chaque visite, la créancière et le débiteur se lamentaient de ne pouvoir en finir avec cette misérable dette de cent francs. 

Cette dette existe encore, et ni Lamartine ni la paysanne ne se doutèrent jamais qu’elle était éteinte depuis longtemps. 

Elie Berthet. « Histoires des uns et des autres. » Paris, 1878.

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Balzac épicier

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On sait qu’une des grandes préoccupations de Balzac fut d’arriver à la fortune, même par le commerce et l’industrie. Imprimeur, il en résulta pour lui des dettes qui l’angoissèrent presque toute sa vie.

Il voulut exploiter, en Sardaigne, des mines d’argent abandonnées par les Romains : on lui vola son idée. Aux Jardies, il rêva de battre monnaie avec un guano imaginaire, soi-disant déposé au pied des arbres. Il songeait aussi à cultiver les ananas, pour les vendre, en boutique, sur le boulevard Montmartre : chimères !

Un projet des plus chers à Balzac, en 1840, c’était la création d’une colossale épicerie, en pleine rue Saint-Denis. Mais il voulait, pour la faire prospérer, un personnel d’élite et qui eût attiré tout Paris ! On connaît les employés que se proposait d’appointer Balzac : lui, chef de la maison; Théophile Gautier, premier garçon; George Sand, caissière; Léon Gozlan, commis emballeur… Gozlan prit la chose en riant :

Attendons, dit-il, que les sucres soient en baisse. Et surtout,ne louez pas la boutique sans que je vous en parle.

Le silence obstiné de Gozlan enterra l’épicerie Honoré de Balzac.

« Revue Belge. »  J. Goemare, Bruxelles, 1926.
Illustration : montage fait maison 🙂

Les dettes

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coupleOn sait que les journaux anglais contiennent souvent des avertissements curieux et bizarres; en voici un de ce genre qu’on lit dans un journal d’une date récente:

« Je désire que personne ne fasse crédit à Marie Williams, ma femme ; parce que je ne payerai point ses dettes. »
Signé, Thomas Williams

On trouva le lendemain, dans le même journal, la note suivante:

« Thomas Williams aurait pu s’épargner l’avertissement qu’il a fait imprimer hier, il ne doit pas craindre qu’on me fasse crédit à cause de lui; comme il ne paye pas ses propres dettes personne ne comptera sur lui pour payer les miennes. »
Signé, Marie Williams

Les mille et une anecdotes comiques. »  Passard, Paris, 1854.