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La légende du château de Vizille

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Lesdiguières.

Comme tout château qui se respecte, celui de Vizille a sa légende. On raconte, dans les veillées d’hiver du Dauphiné, que le mur d’enceinte du parc fut construit en une nuit par Satan et son armée de diables. Satan, dit-on,  aurait proposé à François de Bonne de Lesdiguières le pacte suivant :

Le maréchal partirait à cheval de son château à minuit sonnant, et s’en irait en droite ligne jusqu’au bout du parc. Si le mur était achevé avant son arrivée, le diable emporterait l’âme de Lesdiguières, et ce n’était pas grand bénéfice, car elle lui appartenait déjà pour les trois quarts et demi.

Le duc de Lesdiguières accepta, partit à minuit sonnant sur son fougueux cheval noir et piqua droit devant lui. 

Il arriva au bout du parc, comme les maçons de l’enfer allaient clore le mur, entassant rapidement moellon sur moellon.Le maréchal enfonça ses éperons dans le ventre de son cheval, et le mur fut franchi d’un bond. Mais les maçons allaient si vite que la queue du cheval resta prise.

Pincé ! s’écria le diable.

Mais le maréchal, tirant son épée, coupa au ras la queue de son cheval et s’en alla librement.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.
Illustration : montage perso.

Le diable à la veillée de cartes

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L’événement suivant s’est produit vers 1905, à Grâce Field dans la province de Québec. On raconte qu’une histoire semblable s’est produite à Timmins.

Dans la paroisse de Grâce Field, le samedi soir, on jouait aux cartes et on dansait chez un habitant. Cet habitant vivait dans une belle grosse maison de briques. Un dimanche, le curé du village monte en chaire et avertit ses paroissiens :

«Malheur à celui qui dansera passé minuit le samedi soir !»

Comme de raison, le samedi suivant, les gens dansent et jouent toujours aux cartes. Bien entendu, ils continuent à danser passé minuit. Alors, à minuit et vingt, un homme entre dans la salle. Il est bien habillé. Il porte des gants et un chapeau de castor. L’homme demande à jouer aux cartes avec eux. Les gens acceptent.

L’homme se met à jouer aux cartes et il gagne tout le temps. Une femme assise près de l’étranger, sent bien que quelque chose ne va pas. Elle échappe une carte par terre. En se penchant pour la ramasser, elle aperçoit sous la table des sabots de cheval, à la place des pieds de l’homme. Elle sort vite son chapelet et le brasse devant lui. L’homme a tellement peur qu’il se sauve en passant à travers le mur de briques. Le trou qu’il laisse dans le mur de briques a la forme d’un homme. La partie de cartes finit là.

On raconte que, pendant des années, on a essayé de boucher le trou dans le mur et de le colmater. Il n’y avait rien à faire. Jusqu’à ce que la maison soit démolie quarante ans plus tard, personne n’a jamais pu refermer le trou.

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Diablerie et magie

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On publia à Paris, en 1615, un livret intitulé : Histoire épouvantable de deux magiciens étranglés par le diable, à Paris, pendant la semaine sainte. Ce qu’il y avait de certain dans ces histoires, c’est qu’au mois de mars 1615, deux hommes, nommés César et Ruggieri, qui se donnaient pour magiciens à Paris, moururent de mort violente à quelques jours l’un de l’autre.

Il est à présumer que les auteurs de ces meurtres avaient quelque intérêt à les commettre, et peut-être furent-ils les premiers à faire circuler le bruit que ces deux malheureux avaient péri victimes du diable. Cette merveilleuse aventure n’eut pas de peine à s’emparer de la crédulité des esprits ignorants, capables de croire à la magie.

Le magicien César faisait, disait-on, tomber à sa volonté la grêle et le tonnerre, avait un esprit familier, et un chien qui portait ses lettres et lui en rapportait les réponses. Il fit une image de cire, ou volt, pour faire mourir en langueur un gentilhomme dont il croyait avoir à se plaindre ; il composait des philtres pour que les jeunes gens pussent se faire aimer des jeunes filles; il allait, disait-il, au sabbat, et se vantait d’y avoir obtenu les faveurs d’une grande dame de la cour. Ses vanteries et ses promesses magiques le firent renfermer à la Bastille, où, suivant la croyance d’alors, le diable vint avec un grand bruit l’étrangler dans son lit, le 11 mars 1615.

Ce César faisait métier de montrer le diable aux dupes qui payaient pour le voir. Mes lecteurs apprendront sans doute avec plaisir comment cet imposteur s’y prenait pour faire voir le diable et sa cour aux gens crédules. J’emprunte ces détails à M. Dulaure, qui les a tirés d’un auteur contemporain. Cet auteur fait parler ainsi César, auquel il donne le nom de Perditor

Vous ne croiriez pas combien il y a de jeunes courtisans et de jeunes Sérapiens ( Parisiens ) qui m’importunent de leur faire voir le diable. Voyant cela, je me suis avisé de la plus plaisante invention du monde pour gagner de l’argent : à un quart de lieue de cette ville (vers Gentilly, je pense), j’ai trouvé une carrière fort profonde, qui a de longues fosses à droite et à gauche. Quand quelqu’un vient voir le diable, je l’amène là-dedans; mais avant d’y entrer il faut qu’il me paie pour le moins quarante-cinq ou cinquante pistoles; qu’il me jure de n’en parler jamais; qu’il me promette de n’avoir point de peur; de n’invoquer ni les dieux, ni les demi-dieux, ni de prononcer aucune sainte parole.

Après cela, j’entre le premier dans la caverne; puis, avant de passer outre, je fais des cercles, des fulminations, des invocations, et récite quelques discours composés de mots barbares, lesquels je n’ai pas plus tôt prononcés, que le sot curieux et moi entendons remuer de grosses chaînes de fer et gronder de gros mâtins. Alors je lui demande s’il n’a point de peur. S’il me dit qu’oui, comme il y en a quelques-uns qui n’osent passer outre, je le ramène dehors; et, lui ayant fait passer ainsi son importune curiosité, je retiens pour moi l’argent qu’il m’a donné.

S’il n’a point de peur, je m’avance plus avant en marmottant quelques effroyables paroles. Etant arrivé à un endroit que je connais , je redouble mes invocations, et fais des cris comme si j’étais entré en fureur. Incontinent , six hommes, que je fais tenir dans cette caverne, jettent des flammes de poix-résine devant, à droite et à gauche de nous. A travers les flammes, je fais voir à mon curieux un grand bouc chargé de grosses chaînes de fer peintes de vermillon, comme si elles étaient enflammées. A droite et à gauche, il y a deux gros mâtins à qui on a mis la tête dans de longs instruments de bois, larges par le haut, fort étroits par le bout. A mesure que ces hommes les piquent, ils hurlent tant qu’ils peuvent, et ce hurlement retentit de telle sorte dans les instruments où ils ont la tête, qu’il en sort un bruit si épouvantable dans cette caverne, que certes les cheveux m’en dressent à moi-même d’horreur, quoique je sache bien ce que c’est. Le bouc, que j’ai dressé comme il convient, fait de son côté , en remuant ses chaînes, en branlant ses cornes, et joue si bien son personnage, qu’il n’y a personne qui ne crût que ce fût un diable. Mes six hommes, que j’ai fort bien instruits , sont aussi chargés de chaînes rouges et vêtus comme des furies. Il n’y a point là-dedans d’autre lumière que celle qu’ils font par intervalle avec la poix-résine.

Deux d’entre eux, après avoir fait extrêmement les diables, viennent tourmenter mon misérable curieux avec de longs sacs de toile remplis de sable, dont ils le battent tant par tout le corps, que je suis peu après contraint de le traîner dehors de la caverne à demi mort. Alors, comme il a un peu repris ses esprits, je lui dis que c’est une dangereuse et inutile curiosité de vouloir voir le diable, et je le prie de n’avoir plus ce désir, comme je vous assure qu’il n’y en a point qui l’aient, après avoir été battus en diable et demi.

L’autre magicien, nommé Ruggieri, Florentin de nation, était abbé de Saint-Mahé, et avait la réputation d’empoisonneur. Il demeurait chez un maréchal de France. Quatre jours après la mort de César, il fut, dit-on, assailli par le diable, avec un tintamarre effroyable, et étranglé pendant la nuit.

Toutes ces absurdités étaient reçues chez les courtisans et chez les bourgeois de Paris comme des vérités incontestables.

« Chronique du crime et de l’innocence. » Jean-Baptiste-Joseph Champagnac, Paris, 1833.

Une distinction délicate

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Le pape Clément XIV, l’un des plus dignes successeurs du pieux et tolérant Benoît XIV, faisait un jour des observations tout apostoliques à l’archevêque-électeur de Cologne, sur le luxe effréné et l’appareil plus que mondain qu’il déployait dans son archevêché.

Ce prélat, en effet, ne sortait jamais de son palais sans être accompagné d’une suite nombreuse et bruyante de gentilshommes des plus élégants, et escorté d’une compagnie de soldats à cheval.

Très Saint-Père, répondit l’Archevêque, je supplie humblement Votre Sainteté de faire cette distinction : Je suis à la fois Prince de l’Empire et Dignitaire de l’Eglise. Quand je sors de ma résidence pour parcourir les rues de Cologne, c’est en ma qualité de prince que je développe la pompe militaire digne de mon rang. Mais, dans ma cathédrale, c’est le pontife qui officie, et là, je suis seulement entouré de mon chapitre et de mon seul clergé.

A merveille, reprit le pape, avec un doux et fin sourire, mais, dites-moi, mon bien aimé fils, quand le Prince ira au diable, que deviendra l’Archevêque ?

« L’Album photographique universel. »  Bordeaux, 1865.

La légende de saint Dunstan

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Le Gaulois donne des renseignements pittoresques sur Tunbridge-Wells, ville dans l’ouest du Kent, et à la limite du Sussex en Angleterre :

La légende dit que saint Dunstan, orfèvre très habile, habitant une cellule dans le charmant village de Mayfield (Champ-de-Mai), à dix milles de Wells, fut un jour dérangé par le diable, au moment où il travaillait à un splendide calice. Le diable, se moquant de lui et lui faisant toute sorte de niches, finit par impatienter le saint, qui, saisissant une paire de pincettes qui se trouvaient toutes rouges dans la fournaise, prit le diable par le nez pour le faire sortir de chez lui.

Satan, aussitôt qu’il put lui échapper des mains, fou de peur et de douleur, se mit à courir, sautant les haies, escaladant les collines, faisant enfin le diable à quatre pour arriver à Tunbridge-Wells, où existait une source naturelle d’eau froide. En y arrivant, il y plongea son nez incandescent et en fut soulagé.

Dès lors, ces eaux de la source ont acquis une saveur spéciale et le pouvoir de fortifier les affaiblis et d’égayer les mélancoliques.

« Revue des journaux. » Paris, 1885.

« Au diable vert »

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Ruines du château de Vauvert.
Ruines du château de Vauvert.

Le diable de Vauvert habitait le château de Vauvert ou Val vert (vallis viridis), qui a disparu de nos jours pour faire place à l’allée qui conduit du Luxembourg à l’Observatoire. Philippe-Auguste, excommunié par le Souverain-Pontife pour avoir, sans motif réel, répudié la princesse Ingelburge, sa femme légitime,en faveur d’Agnès de Méranie, se retira au château de Vauvert.

Sans doute les alarmes de sa conscience et les terreurs populaires qui venaient jusqu’à lui peuplèrent cette habitation royale d’esprits de ténèbres. On prétendait que le diable y était entré et s’y était établi; car le peuple de ce temps, bien que partagé entre la souveraine autorité de l’Eglise et un roi tendrement aimé, tout en n’osant maudire ce cher coupable, ne subissait qu’en gémissant la réprobation sainte qui du trône retombait sur lui. L’excommunication, c’était bien réellement le deuil pour notre belle France catholique. La juste colère de l’Eglise couvrait de ténèbres ses splendeurs. La conscience publique grondait sourdement et accusait tout bas l’auteur de tous ces maux.

On crut entendre depuis ce temps tous les bruits de l’enfer dans cette demeure royale. Il s’y faisait, disait-on, un épouvantable tapage, et cette tradition, qu’elle fut fondée ou non, avait cours encore parmi le peuple au XVIIe siècle. Si bien que le diable de Vauvert était la plus parfaite expression de Satan, ainsi qu’on lit dans d’Assoucy :

Bref, tant en esté qu’en hyver,
On fait le diable de Vauvert.

Il faut croire aussi que le vent, s’engouffrant dans les nombreuses carrières qui existaient près  de ce vieil édifice, n’était peut-être pas pour rien dans ces bruits étranges qui faisaient la terreur de Paris et des environs.

Toujours est-il qu’on se débarrassa du château de Vauvert en 1257 ou 1258. Saint Louis le donna aux Chartreux à cette époque; mais la tradition dit que les bruits n’en continuèrent pas moins.

Maintenant, ni le diable ni le château ne sont plus là. On a démoli le manoir royal. La locution à laquelle il donnait lieu n’a pas disparu tout à fait; mais elle est du moins bien altérée. On ne dit guère plus, Envoyer quelqu’un au diable de Vauvert, mais au diable vert (au diable Vauvert, de nos jours). Or, comme Vauvert était très éloigné du vieux Paris, on se sert de cette expression pour indiquer la plus grande distance possible. Envoyer quoiqu’un au diable vert, c’est l’envoyer promener bien loin.

« Les proverbes : histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons français. » Joséphine Amory de Langerack, Lille, 1883.

 

Le diable de l’abbé Adam

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Il y eut un temps où l’on voyait le diable en toutes choses et partout, et peut-être n’avait-on pas tort. Mais il nous semble qu’on le voyait trop matériellement. Le bon et naïf Césaire d’Heisterbach a fait un livre d’histoires prodigieuses ou le diable est la machine universelle; il se montre sans cesse et sous diverses figures palpables. C’était surtout à l’époque où l’on s’occupait en France de l’extinction des templiers.

Alors un certain abbé Adam, qui gouvernait l’abbaye des Vaux-de-Gernay, au diocèse de Paris, avait l’esprit tellement frappé de l’idée que le diable le guettait, qu’il croyait le reconnaître à chaque pas sous des formes que sans doute le diable n’a pas souvent imaginé de prendre. 

Un jour qu’il revenait de visiter une de ses petites métairies, accompagné d’un serviteur aussi crédule que lui, l’abbé Adam racontait comment le diable l’avait harcelé dans son voyage. L’esprit malin s’était montré sous la figure d’un arbre blanc de frimas, qui semblait venir à lui.

C’est singulier, dit un de ses amis; n’étiez-vous pas la proie de quelque illusion causée par la course de votre cheval ?

Non, c’était Satan. Mon cheval s’en effraya; l’arbre pourtant passa au galop et disparut derrière nous, il laissait une certaine odeur qui pouvait bien être du soufre.

Odeur de brouillard, marmotta l’autre.

Le diable reparut, et cette fois c’était un chevalier noir qui s’avançait vers nous pareillement. Éloigne-toi, lui criai-je d’une voix étouffée. Pourquoi m’attaques-tu ? Il passa encore, sans avoir l’air de s’occuper de nous. Mais il revint une troisième fois ayant la forme d’un homme grand, et pauvre, avec un cou long et maigre. Je fermai les yeux et ne le revis que quelques instants plus tard sous le capuchon d’un petit moine. Je crois qu’il avait sous son froc une rondache dont il me menaçait.

Mais, interrompit l’autre, ces apparitions ne pouvaient-elles pas être des voyageurs naturels ?

Comme si on ne savait pas s’y reconnaître ! comme si nous ne l’avions pas vu derechef sous la figure d’un pourceau, puis sous celle d’un âne, puis sous celle d’un tonneau qui roulait dans la campagne, puis enfin sous.la forme d’une roue de charrette qui, si je ne me trompe, me renversa, sans toutefois me faire aucun mal !

Après tant d’assauts, la route s’était achevée sans autres malencontres.

« Dictionnaire infernal. » Collin de Plancy, H. Plon, Paris, 1863.