dictionnaire

Sous la coupole

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On a raconté des tas d’histoires sur l’élection académique de Georges Clemenceau. A la vérité, le Président ne prise ni ne méprise cet honneur qui, comme beaucoup d’autres, semble lui être totalement indifférent. 

Aujourd’hui, on lui a persuadé que cette acceptation « était une victoire a remporter sur lui-même ». Certaines lui furent plus douces. Le Tigre est, comme chacun sait, membre de l’Université d’Oxford. C’est un rare, très rare hommage, et le président Wilson est, avec lui, le seul étranger qui ait été honoré de ce titre. 

Comme on lui en parlait dernièrement au sujet du projet caressé par certains de le faire entrer sous la coupole, il murmura :

A Oxford, au moins, il n’y a pas de dictionnaire.

« Les Potins de Paris. » Paris, 1918.

Trois jours à peine après la signature de l’armistice, le 21 novembre 1918, les 23 académiciens siégeant l’élurent à l’unanimité, au fauteuil d’Émile Faguet, comme ils venaient de le faire pour le maréchal Foch. Pas plus que le maréchal Foch qui partageait avec lui cet honneur, Clemenceau n’avait été candidat ni effectué les rituelles visites de présentation. Le Président du Conseil ne se montra d’ailleurs guère enchanté de son nouveau statut et pas une seule fois il ne vint siéger sous la coupole, où il redoutait — disait-on — d’être reçu par son ennemi intime, Raymond Poincaré. 

source : http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/georges-clemenceau

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Le dico

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Le premier volume de ce dictionnaire, attendu depuis si longtemps, était sous presse… Il a fallu en retarder l’impression…

On s’est aperçu, en effet, que la lettre A terminée depuis trente ans, n’était pas au point. On n’y voyait pas, en effet, les mots : avion, aviation, aviateur, et pour cause. A la lettre C, manquait le mot : cinéma.

Bien d’autres mots, de formation récente, étaient aussi absents du futur dictionnaire.

On va travailler à mettre ces mots nouveaux à leur place. Et le premier volume du dictionnaire de l’Académie pourra ainsi paraître sans risque de ridicule. Les Académiciens, qui n’en sont qu’à la lettre O, ne sont pas exposés à omettre, dans le second volume de leur dictionnaire, à la lettre R, les mots : radium et radiodiffusion.

« Cyrano. »  Paris, 1929. 

La médaille de Brébant

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Brébant vient de mourir : rappelons une anecdote sur ce célèbre traiteur qui mérita le nom de « restaurateur des lettres ».

Il les restaura surtout pendant le siège. A une époque où Paris mourait de faim, il trouva moyen de donner bonne chère à quelques hommes de lettres et journalistes habitués de son célèbre restaurant.

Le siège fini, ces gastronomes eurent, chose rare, la reconnaissance du ventre (pardon du vilain mot, mais il est consacré par l’Académie en son dictionnaire) et ils firent graver une médaille sur l’une des faces de laquelle on lisait :

Pendant
le Siège de Paris
quelques personnes ayant
accoutumé de se réunir chez
M. Brébant tous les quinze jours
ne se sont pas une fois aperçues,
qu’elles dînaient dans une ville
de deux millions d’âmes
assiégée

Cela est très flatteur pour le maître d’hôtel, mais peu pour les signataires de cette égoïste déclaration.

Sur le revers de la médaille, figurent les noms des hôtes ordinaires de ces dîners bimensuels :

A PAUL BRÉBANT

Ernest Renan.                    Thurot
P. de Saint-Victor.              J. Bertrand
M. Berthelot.                     Morey
Ch. Blanc.                         E. de Goncourt
Schérer.                             T. Gautier
Dumont.                           A. Hébrard
Nefftzer.                            …………………
Charles Edmond.

En tout quinze convives.

Un jour, l’un d’eux a eu un remords et il a gratté son nom sur la fameuse médaille qui est aujourd’hui au musée Carnavalet. Mais, grattage inutile, ce document désormais historique fait partie des annales culinaires et des annales de l’égoïsme. On ne le détruira plus et il faut que les signataires en prennent leur parti.

Ils ont mis leur nom au bas de cette manifestation de l’individualisme satisfait au milieu des affres d’une grande ville. Ces noms y resteront.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.
Illustration : Henri Pille (1844-1897).

Administration

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On peut être député socialiste et maire d’une grande ville de France, et ne pas avoir une culture très étendue. C’est le cas de M. Marquet, député de la Gironde et maire de Bordeaux, qui, lorsqu’il a un discours à prononcer devrait bien le faire rédiger par un de ses secrétaires. Il éviterait ainsi de faire des erreurs monumentales et qui ont dû faire sourire le lettré qu’est M. Herriot, et les autres personnes qui l’écoutaient.

C’était lors de la réception à l’hôtel de ville de Bordeaux des congressistes radicaux, en général, et de M. Herriot, en particulier. Adrien Marquet, s’adressant à l’ancien président de la Chambre, crut devoir l’accueillir par une phrase sortant de l’ordinaire et il ne trouva pas mieux que ceci :

Le maire de la ville où naquit Montaigne est particulièrement fier de recevoir le maire de la grande cité où naquit Rabelais.

Evidemment. le rapprochement était heureux, mais l’ennui c’est que Montaigne n’a jamais vu le jour à Bordeaux, mais au château de Montaigne, dans le Périgord, et que Rabelais n’a jamais été Lyonnais, étant né à Chinon !

A part cela, le reste est vrai.

Sacré M. Marquet ! avec les 45.000 francs qu’il touche à présent, que ne s’achète-t-il un dictionnaire ?…

« La Revue limousine : revue régionale. »  Limoges, 1926.
Illustration : Adrien Marquet, maire de Bordeaux, inaugure le nouveau stade de 1938.

Les mots nouveaux admis par l’Académie française.

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Vous en doutiez-vous ? Cacodylate, carbure, carpette, coricide et cuprifère n’étaient pas français puisqu’ils ne figuraient pas encore dans le Dictionnaire de l’Académie.

On vient de les accueillir sous la Coupole. On a même profité de la circonstance pour laisser entrer un autre mot, encore tout jeune, mais déjà pourvu d’une certaine notoriété : cinéma.

Il y a eu, d’ailleurs, quelque opposition. Deux Immortels (et non des moindres, dirions-nous, si ce qualificatif n’était ici déplacé) ont vivement protesté contre l’admission de ce nouveau venu. Mais la majorité des membres présents s’est inclinée devant la consécration populaire d’un mot qui, même sans l’Académie, n’est pas prêt d’être oublié !

« Revue Belge. » J. Goemare, Bruxelles, 1926.

D’un érudit au roi d ‘Angleterre.

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salièreL’ambassadeur du roi de Maroc étant en Angleterre, sous le règne de Charles II, présenta au roi une adresse en ces termes :

« Puisse le Tout-puissant saler votre majesté jusqu’à la consommation des siècles. »

L’érudit avait trouvé dans le dictionnaire, que conserver signifiait saler…