Dieu

Les bons comptes font les bons alliés

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guerre

Les mémoires du comte de Ségur relatent, entre mille traits saisissants, celui qui concerne le roi de Prusse, Frédéric II.

Au commencement de la guerre de Sept ans, un ambassadeur d’Angleterre, qui résidait près du roi Frédéric, et dont il aimait l’esprit et l’entretien, vint lui apprendre que le duc de Richelieu, à la tête des Français, s’était emparé de l’île de Minorque et du fort Saint-Philippe.

— Cette nouvelle, sire, lui dit-il, est triste, mais non décourageante. Nous tâtons de nouveaux arguments et tout doit faire espérer qu’avec l’aide de Dieu nous réparerons cet échec par de prompts succès.
— Dieu ? dites-vous, lui répliqua Frédéric avec un ton où le sarcasme se mêlait à l’humeur, je ne le croyais pas au nombre de vos alliés.
— C’est pourtant, reprit l’ambassadeur, piqué, et voulant faire allusion aux subsides anglais que recevait le roi, c’est pourtant le seul qui ne nous coûte rien.
— Aussi, répliqua le malin monarque, vous voyez qu’il vous en donne pour votre argent. 

« Le Lisez-moi historique. » Paris, 1935.

Etranges visiteurs

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cardan

C’est en 1491 que Facius Cardan nota l’apparition de sept étranges visiteurs s’apparentant aux créatures des élémentaux qui intriguaient tellement le grand philosophe. Ce compte rendu est inclus dans les écrits de son fils, Jérôme Cardan, qui nous est bien connu comme mathématicien.

Jérôme Cardan vécut à Milan et ne fut pas seulement un mathématicien mais un occultiste et un physicien. Dans son livre De Subtilitate, Cardan explique qu’il a souvent entendu son père raconter l’histoire. Il en a extrait de ses archives le récit de l’événement.

13 août 1491. Quand j’en eus terminé avec les rites habituels, à peu près à la vingtième heure du jour, sept hommes exactement m’apparurent, revêtus d’habits soyeux, ressemblant aux toges des Grecs, et portant également de brillants souliers. Les vêtements qu’ils portaient sour leur plastron brillant et rouge semblaient tissés d’écarlate et étaient d’une extraordinaire beauté.

Cependant, tous n’étaient pas habillés de la même façon, mais seulement deux d’entre ceux qui semblaient appartenir à un rang plus noble que les autres. Le plus grand, rougeaud de teint, était accompagné de deux camarades, et le second, de teint plus clair et plus petit de taille, par trois camarades. Ainsi, en tout, ils étaient sept (Il ne spécifie pas si leur tête était couverte). Ils devaient avoir quarante ans environ mais n’en paraissaient pas plus de trente (?). Quand on leur demanda qui ils étaient, ils dirent qu’ils étaient des hommes faits d’air et soumis à la naissance et à la mort. Il est vrai que leur vie était plus longue que la nôtre, et pouvait durer jusqu’à trois cent ans.

Questionnés sur l’immortalité de notre âme, ils affirmèrent que rien ne survit de l’individu qui lui soit personnel. Quand mon père leur demanda pourquoi ils n’avaient pas révélé aux hommes les lieux où se trouvaient les trésors, s’ils les connaissaient, ils répondirent que cela leur était interdit en vertu d’une loi spéciale qui condamnait aux plus lourdes amendes celui qui communiquerait ce renseignement aux hommes.

Ils demeurèrent avec mon père pendant plus de trois heures. Mais quand il leur posa la question concernant la cause de l’univers, ils ne furent pas d’accord. Le plus grand d’entre eux refusait d’admettre que Dieu avait créé le monde de toute éternité. Au contraire, l’autre ajouta que Dieu le créait petit à petit, de sorte que s’il s’arrêtait de le faire, ne fût-ce qu’un instant, le monde périrait … Que ce soit fait ou fable, il en est ainsi.

Extrait de :  « Visa pour la Magonie« , Jacques Vallée.

PS : Après ses études à Pavie et à Padoue, Jérôme Cardan acquit rapidement une renommée européenne en médecine et professa, à partir de 1534, ses théories aux universités de Milan, Pavie et Bologne. Homme de son temps, Cardan croyait fermement à l’astrologie. Sa philosophie est imprégnée d’un vaste naturalisme qui considère le monde – et toutes choses au monde – comme des êtres vivants et animés. En mathématique, le nom de Cardan reste attaché à la formule de résolution de l’équation du 3e degré, dont la découverte est attribuée à Tartaglia. En mécanique, Cardan a décrit, entre autres, un mode ingénieux de suspension qui, depuis, porte son nom.

Fâcheuses pratiques

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marché

On se plaint fort actuellement des fraudes alimentaires. La chose n’est pas nouvelle.

« Les pauvre gens qui fréquentent les foires et les marchés sont souvent trompés et déçus par les paysans portant les denrées gatées ou fraudées,telles que : œufs pourris et couvés, lait écrémé et mouillé, beurre renfermant navets ou pierres… » Il ne s’agit pas  là,  comme on pourrait le croire, de plaintes d’huy ou d’hier, naïvement exprimées par une cuisinière bourgeoise au début du vingtième siècle.Ces paroles sont empruntées à une supplication que les consuls, bourgeois, manants et habitants de la ville d’Ambert présentèrent en 1481 à messire Jacques de Tourzel,  » seigneur d’Allègre, de  Viverois , de Riols et du pays de Livradois, de Saint-Just, de Somelys et autres terres ». Les quatre consuls en charge, « sages et discrets hommes, maîtres Jehan Bonnefoy, Damien Rolle, Benoist Gautier, François Nicolon », exposaient à Jacques de Tourzel les les « cautèles et larcins » qui se commettaient et se perpétraient dans leur ville : « Sans cesse il y a complaints, procès et différends tumultes, noises et débats y sont mus sur et à l’occasion desdits faits, bourgeois et paysans se chamaillant et se pelaudant les uns les autres. » Ils concluaient en le suppliant de mettre fin par d’énergiques mesures à une situation aussi intolérable.

foire-moyen-age

Jacques de Tourzel n’hésita pas : voulant à toute force « faire quitter de tant fâcheuses, laides et abominables pratiques et punir aigrement du monde si grand délinquant », il « voulut et ordonna » que, dans les trois cas ci-dessous énumérés, telles punitions soient appliquées.

« A tout homme ou femme qui aura vendu lait mouillé, soit mis un entonnoir dedans sa gorge, et ledit lait mouillé entonné, jusques à tant qu’un médecin ou barbier dise qu’il n’en peut, sans danger de mort, avaler davantage.

« Tout homme ou femme qui aura vendu beurre contenant navet, pierre ou autre telle chose, sera saisi et bien curieusement attaché à nostre pilori du Pontel. Puis, sera ledit beurre rudement posé sur sa tête, et laissé là tant que le soleil ne l’aura entièrement fait fondre. Pourront les chiens le venir lécher, et le menu peuple l’oustrager par telles épithètes diffamatoires qu’il lui plaira (sans offense de Dieu, du roi ni d’autre). Et si le temps ne s’y preste et n’est le soleil assez chaud, sera ledit délinquant en telle manière exposé, dans la grand’salle de la geôle,  devant un beau, gros et grand feu, où tout un chacun le pourra venir voir.

« Tout homme ou femme qui aura vendu oeufs pourris ou gâtés, sera pris au corps et exposé sur nostre pilori du Pontel. Seront lesdits oeufs abandonnés aux petits enfants qui, par manière de passe-temps joyeux, s’ébattront à les lui lancer sur le visage ou dessus ses habillements, pour faire rire le monde. Mais ne leur sera permis jeter austres ordures. »

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Les Archives du Puy-de-Dôme, qui possèdent cette curieuse ordonnance, ne nous indiquent malheureusement pas si de pareilles mesures furent suivies d’un effet salutaire.

« Revue du traditionnisme français et étranger. »  Paris, 1910.

La chapelle de Voltaire

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Oui ! Voltaire lui-même construisit une chapelle à Ferney et y entretint un curé de ses deniers, dont pourtant il était fort ménager. Un mémoire autographe de l’auteur du Dictionnaire philosophique est conservé à la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg, il se rattache à la construction de l’église. Il comprend les plans, devis, et jusqu’au contrat avec l’entrepreneur, passé le 6 août 1760, avec maître Guillot et maître Desplaces, entrepreneur.

Sur la porte, Voltaire avait fait peindre cette inscription : Soli Deo et sur le frontispice, graver cette autre en lettres d’or sur marbre noir : Deo erexit Voltaire. Quand l’église fut bâtie, il s’enquit d’un curé et il en trouva deux : l’un en payant, l’autre qui payait pour avoir l’honneur d’être de la suite du philosophe. Aussi écrit-il à d’Alembert : « J’ai deux curés dont je suis assez content, je ruine l’un et je fais l’aumône à l’autre. »

Le desservant rétribué touchait huit cents livres de traitement par an, comme nous l’apprennent les comptes de Voltaire, très bien tenus par le philosophe lui-même par « Doit » et « Avoir » comme ceux d’un petit commerçant. Huit cents livres étaient une assez jolie somme pour l’époque et au prix où étaient les congruistes, celui de Ferney pouvait s’estimer heureux.

Ces détails connus du temps de Voltaire sont généralement ignorés du nôtre : ils expliquent bien des actes du patriarche et cette phrase célèbre : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ». Voltaire assistait du reste de temps à autre aux offices en compagnie de sa nièce Mme Denis, qui était dévote, et il exigeait les honneurs dus à un seigneur justicier qu’il était à Ferney. Il ne faisait grâce à son curé ni d’un coup de goupillon, ni d’un coup d’encensoir.

Etranges contradictions de l’esprit humain, même quand il s’élève jusqu’au génie.

« Journal littéraire et bibliographique. »  Paris, 1890.  
Illustration : bidouillage maison.

Candeur virginale

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couvent

Nul n’est exempt de parasites, même les saintes personnes qui vivent emmurées dans un couvent. Témoin soeur Tècle, jeune novice, à l’âme pure, mais au corps souillé par la présence d’un hôte incommode qui s’était incarné en elle, l’immonde taenia solium.

L’expulsion fut décidée et, en qualité d’exorciste, fut mandé le vieux docteur, lequel ordonna une préparation à base de kousso. Vains efforts, quelques cucurbitains seuls firent preuve de bonne volonté en vidant (métaphore) les lieux. En dernier ressort, l’homme de la science déclara à la nonnette qu’il lui fallait avoir recours à la fougère mâle.

Terreur et rubéfaction de la sainte fille :

De la fougère mâle… Grand Dieu… Enfin, je demanderai une dispense.

« Le Passe-temps médical : journal des curiosités médicales. » Lyon, 1899.

La prévision du temps

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Georges-Seurat

Quotidiennement les journaux nous amusent de prédictions sur le temps, qui une fois sur deux ne se réalisent pas.

Dans un article sur la possibilité d’un nouveau mode de prévision du temps, qu’il a donné au Correspondant, M. de Lapparent conclut qu’en attendant le résultat des nouvelles études, il est plus prudent de s’en tenir aux pronostics du bureau central météorologique. A ce propos, il cite le passage suivant, emprunté à la fameuse Pantagruéline pronostication de Rabelais.

En esté, je ne sçay quel temps ni quel vent courra; mais je sçay bien qu’il doit faire chauld et regner vent marin. Toutesfois, si autrement arrive, pourtant ne fauldra renier Dieu : car il est plus sage que nous et sçait trop mieulx ce qui nous est nécessaire pour nous-mesmes.

Voilà un langage qu’il serait encore assez sage de tenir aujourd’hui, car, depuis trois siècles et demi que ces lignes ont été écrites, nous ne sommes guères plus avancés aujourd’hui sur ce point.

« Gazette  littéraire et artistique. »  Paris, 1891.
Illustration : Georges Seurat.

Dieu lui-même

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lenine

On avait lu devant la tsarine le manifeste, publié par les journaux, par lequel la Russie proclamait sa résolution de se libérer du régime tsariste. Et la tsarine, irritée, les yeux gonflés de larmes, se refusait à croire.

Je ne me fie qu’à l’Armée et ne redoute que Dieu, répétait-elle. Je méprise les perturbateurs et leurs gazettes vulgaires.

Puis s’adressant au grand-duc :

 — Je vous en prie, rappelez du front nos meilleurs régiments. L’armée nous est fidèle; le peuple nous appartient. Et si même ceux-là nous trahissaient, Dieu est avec nous, et il sauvera le trône.

Madame, répondit le grand-duc, Dieu lui-même adhère à la révolution.

« Le Carnet de la semaine. »  Paris, 1917.
Illustration : d’Issaak Brodski.