Dieu

La confession d’un soldat

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Parbleu ! Monsieur l’abbé, disait un vieux soldat à l’aumônier de son régiment, si jamais il me prend l’envie d’aller vous raconter mes péchés, ma confession ne sera pas longue.

Mon ami, l’homme le plus sage pèche au moins sept fois par jour, et s’il y a longtemps que vous ne vous êtes confessé…

Oui, il y en aurait long ; mais je vous expliquerais cela en peu de mots ; je vous dirais simplement ; tout ce qu’on peut faire de mal, je l’ai fait.

Vous mentiriez.

Non, foi de soldat , je ne connais pas de péché que je n’aie commis.

Vous vous flattez, mon cher.

Comment je me flatte ? puisque je vous dis que j’ai commis tous les péchés connus.

Mon enfant, la miséricorde de Dieu est infinie, et il laisse toujours au pécheur le plus endurci un moyen d’avoir recours à sa clémence. Je suis bien sûr qu’il y a des péchés bien condamnés par la réligion et que vous n’avez pas commis.

Oh ! mille bombes, s’écria le soldat, je parierais bien que non.

Ne pariez pas, mais répondez-moi. Avez-vous quelquefois prêté à usure ?

Prêté à usure ! comment ?

C’est un gros péché et que l’église défend et punit.

Ma foi, non ; j’ai quelquefois prêté et on ne m’a pas toujours rendu, mais à usure, jamais.

Vous voyez donc bien, mon ami, qu’il y a des péchés que vous n’avez pas commis, et quand vous voudrez que nous causions, je vous en indiquerai bien d’autres.

« Les souvenirs d’un vieux de la vieille. »  Arthur Halbert d’Angers, Paris, 1845.

La mort du Bon Dieu

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Paul-gauguin

Il était une jeune fille de Plédéliac qui alla à la messe le vendredi saint. Quand elle rentra chez elle, elle se mit à pleurer, et dit à sa mère :

Maman, tu ne sais pas, le Bon Dieu qui est mort ?

Rêves-tu, pauvre idiote ! lui répondit sa mère.

Mais non, maman. C’est bien vrai qu’il est mort; ils lui ont donné les prières ce matin.

Ah ! s’écria alors la mère, nous avons fait une grande perte, mais lequel qui est mort : était-ce le gars ou bien le bonhomme ?

Ils n’ont pas dit lequel, reprit la fille, mais je pense que c’était le bonhomme, car c’était le plus vieux. Mais qui est-ce qui commandera le ciel à présent que le pauvre bonhomme de bon Dieu est mort ?

Apparemment, répondit la mère, ce sera son gars.

Ah ! s’écria la fille, le gars est bien jeune, il s’abandonnera aux plaisirs et cela ne marchera pas aussi bien que quand son bonhomme de père vivait.

Et la bonne femme et la fille se mirent à se désoler, et si elles ne sont pas mortes, elles se désolent encore.

Conté en 1881, par Isidore Poulain, de Pluduno.

« Revue des traditions populaires. » Musée de l’homme, Paris, 1886.

David et le singe

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Un soir que l’abbé Porquet, aumônier de Louis XV, faisait lecture de la Bible au royal auditeur, il lui arriva de s’endormir à moitié, et de lire ainsi un passage :

Dieu apparut à Jacob en singe.

Comment ! s’écria le roi ; c’est en songe que vous voulez dire ?

Eh ! sire, répliqua vivement l’abbé, tout n’est-il pas possible à la puissance de Dieu ? 

Lafitte, Mémoires de Fleury.

illustration-montage: Gavroche.

La visite de Dieu

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Il commence à se faire tard. La fête bat son plein. Les gais compagnons sont hauts en couleur, bruyants et amoureux. Les belles filles, dégrafées, s’abandonnent. Leurs yeux, doucement se mi-closent, et leurs lèvres qui s’entrouvrent laissent apercevoir des trésors humides de pourpre et de nacre. Jamais pleines et jamais vides, les coupes ! Les chansons s’envolent, scandées par le cliquetis des verres et les cascades du rire perlé des belles filles.

Et puis, voilà que la très vieille horloge de la salle à manger interrompt son tic-tac monotone et ronchonneur pour grincer rageusement, comme elle fait toujours quand elle se dispose à sonner l’heure.

C’est minuit.

Les douze coups tombent, lents, graves, solennels, avec cet air de reproche particulier aux vieilles horloges patrimoniales. Elles semblent vous dire qu’elles en ont sonné bien d’autres pour vos aïeux disparus et qu’elles en sonneront bien d’autres encore pour vos petits-fils, quand vous ne serez plus là. Sans s’en douter, les gais compagnons ont mis une sourdine à leur tumulte, et les belles filles n’ont plus ri. Mais Albéric, le plus fou de la bande, a levé sa coupe et, avec une gravité comique :

Messieurs, il est minuit. C’est l’heure de nier l’existence de Dieu.

Toc, toc, toc !

On frappe à la porte.

Qui est là ?…

On n’attend personne et les domestiques ont été congédiés.

Toc, toc, toc !

La porte s’ouvre et on aperçoit la grande barbe d’argent d’un vieillard de haute taille, vêtu d’une longue robe blanche.

Qui êtes-vous, bonhomme ?

Et le vieillard répondit avec une grande simplicité :

Je suis Dieu.

À cette déclaration, tous les jeunes gens éprouvèrent une certaine gêne ; mais Albéric, qui décidément avait beaucoup de sang-froid, reprit :

Ça ne vous empêchera pas, j’espère, de trinquer avec nous ?

Dans son infinie bonté, Dieu accepta l’offre du jeune homme, et bientôt tout le monde fut à son aise. On se remit à boire, à rire, à chanter. Le matin bleu faisait pâlir les étoiles quand on songea à se quitter.

Avant de prendre congé de ses hôtes, Dieu convint, de la meilleure grâce du monde, qu’il n’existait pas.

« Faits divers. » Alphonse Allais.
Montage-photo: votre serviteur. 😀

Voltaire en promenade

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VoltaireVoltaire se promenant avec un de ses amis, un prêtre, suivi de son escorte, portant le saint viatique, vint à passer. Le philosophe ôte son chapeau; son ami lui demande s’il était réconcilié avec Dieu:

« Nous nous saluons, répondit Voltaire, mais nous ne nous parlons pas. »