dimanche

Le petit roman d’une violette sauvage

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violettes.

Dès les premières tiédeurs, je me suis risquée à pousser près de certain ruisseau de cristal où les petits pinsons vont boire. En prévision des gelées tardives, je me suis nichée de mon mieux sous des touffes, me ménageant seulement, entre deux feuilles lisses, une petite lucarne pour montrer le nez au paysage.

C’est aujourd’hui dimanche — je l’ai entendu babiller au passage par un vol de merles en goguette — un beau dimanche enluminé, éclaboussé d’allégresse. Les buissons sont ponctués de pousses vert tendre, les arbustes bourgeonnent, les vieux doyens d’arbres rajeunissent, l’eau folichonne est si jolie, si claire, que moi, la modeste, je ne peux résister à la tentation d’y mirer ma silhouette fragile, ma toilette d’un mauve doux. De sa voix de petite cascade, elle me chuchote, l’eau flatteuse, un compliment. Familiarisée, je penche jusqu’à elle ma collerette. Elle me conte, l’eau babillarde, des baignades d’oiselles et des suicides d’insectes, ses fuites à travers brindilles et mousses, ses intimités avec les joncs de la rive et le roman de ce saule éperdument épris dont elle détourna son cours par malice et qui mourut de grande soif d’elle.

A mon tour, je lui confie mon désir d’avoir une vie très longue et de nouer, moi aussi, des relations avec les frétillantes bestioles de l’été.

Un bruit de pas interrompt notre causette : c’est sans doute une bouquetière de la ville qui guette mon éclosion et celle de mes soeurs pour nous emporter sournoisement, ligotées d’un fil, à quelque étalage de la Grande Place !

Vite je me rapetisse, me dissimule dans ma niche.

Mais au lieu des espadrilles de cordelettes tressées de la bouquetière, je distingue toutes voisines, quatre bottines reluisantes comme des flaques dans les creux d’herbe.

J’entends des murmures pareils à ceux des feuillages sous la brise. La curiosité me sollicite. Je retrousse mon rideau de verdure. Ils sont deux : Lui est grand, beau et gai. Elle a l’air frêle et timide, des yeux de ma couleur, des cheveux pleins de soleil.

Après une semaine de langueur derrière une vitrine de drapier ou de libraire, ils viennent respirer la suave campagne, mouiller leurs doigts au ruisseau limpide, fredonner en liberté des ritournelles d’amour. Je ne crois pas que l’eau cristalline, au cours de ses mille et une équipées, ait flâné autour de plus gentil couple ni reflété plus gracieux minois féminin, plus flexible taille, plus fines chevilles !

Ils se sont assis contre mon refuge, pieds au flot, bras joints, regard émerveillé, pour badiner de tendresse.

J’ai senti à leurs discours, trembler d’émoi mon cœur sensible de fleurette. Et ils m ‘ont soudain révélé que notre douce mission à nous petites fleurs, n’est point d’émailler les prairies ou de baguenauder avec les sources, mais d’exhaler nos âmes parfumées, au soir d’une journée printanière, sur un corsage de vierge amoureuse.

Lors, je me suis évadée de ma tente verte et laissée cueillir.

Ils m’ont emportée vers la ville comme un trophée en évoquant d’autres renouveaux, d’autres moissons de violettes, d’anciens chers dimanches et en échangeant de savoureux baisers.

Cette fois, j’ai refermé mon calice comme une oreille discrète.

Lucette Dumont-Maliverg. « La Brise : littérature, art, histoire. »  Brive, 1913.
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Une conversion

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Les habitants du village de Murat, dans le Lot, n’avaient qu’une messe le dimanche, et ils désiraient en avoir deux.

Ils se sont adressés, à cet effet, à l’évêque de Cahors, qui n’a pas fait droit à leur demande. Qu’ont fait alors les habitants de Murat ? Ils se sont convertis en masse au protestantisme.

Voilà qui s’appelle avoir des convictions religieuses bien enracinées !

 « Journal Français. » Paris, 1891.