discours

Un piètre discours

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academie-française.

Bernard Le Bouyer de Fontenelle avait composé un discours pour un jeune magistrat. Il connaissait fort bien le père, et dînait quelquefois chez lui. Le fils, sûr du secret, s’était donné à son père pour auteur de la pièce, et lui en avait laissé copie.

Un jour, mais longtemps après, le père, qui avait donné à dîner à Fontenelle, lui dit qu’il voulait lui lire une bagatelle de son fils, qui sûrement lui ferait plaisir. Fontenelle avait totalement oublié qu’il eût fait ce discours; mais il se le rappela dès les premières lignes. Par une sorte de pudeur, il ne donna à la pièce que peu de louanges, et d’un ton et d’un air qui les affaiblissaient.

La tendresse paternelle en fut piquée, et la pièce ne fut point achevée.

Je vois bien, dit le père du jeune magistrat, que cela n’est pas de votre goût. C’est un style aisé, naturel, pas trop correct peut-être. Un style d’homme du monde. Mais à vous autres, messieurs de l’Académie, il faut de la grammaire et des phrases.

« Dictionnaire encyclopédique. » Victor  Fournel, Paris, 1872.

Administration

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marquet

On peut être député socialiste et maire d’une grande ville de France, et ne pas avoir une culture très étendue. C’est le cas de M. Marquet, député de la Gironde et maire de Bordeaux, qui, lorsqu’il a un discours à prononcer devrait bien le faire rédiger par un de ses secrétaires. Il éviterait ainsi de faire des erreurs monumentales et qui ont dû faire sourire le lettré qu’est M. Herriot, et les autres personnes qui l’écoutaient.

C’était lors de la réception à l’hôtel de ville de Bordeaux des congressistes radicaux, en général, et de M. Herriot, en particulier. Adrien Marquet, s’adressant à l’ancien président de la Chambre, crut devoir l’accueillir par une phrase sortant de l’ordinaire et il ne trouva pas mieux que ceci :

Le maire de la ville où naquit Montaigne est particulièrement fier de recevoir le maire de la grande cité où naquit Rabelais.

Evidemment. le rapprochement était heureux, mais l’ennui c’est que Montaigne n’a jamais vu le jour à Bordeaux, mais au château de Montaigne, dans le Périgord, et que Rabelais n’a jamais été Lyonnais, étant né à Chinon !

A part cela, le reste est vrai.

Sacré M. Marquet ! avec les 45.000 francs qu’il touche à présent, que ne s’achète-t-il un dictionnaire ?…

« La Revue limousine : revue régionale. »  Limoges, 1926.
Illustration : Adrien Marquet, maire de Bordeaux, inaugure le nouveau stade de 1938.