docteur

Collatis consiliis informal

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dumas

Un médecin rendait visite à Alexandre Dumas. 

— Comment allez-vous ? demanda le docteur en entrant. Moi, j’ai un mal de tête affreux.
— Moi aussi.
— Vous savez qu’il faut très peu manger.
— C’est que justement j’ai de l’appétit…
— Ah ! ça, c’est différent. Mangez alors, il ne faut pas contrarier la nature… Mon Dieu ! que j’ai mal à la tête !
— Et moi donc ! Il faudrait peut-être prendre de l’exercice.
— Je cours toute la journée.
— Evitez les contrariétés.
— Elles viennent toutes seules.
— Si vous voyagiez un peu ?
— Bon ! Et mes malades ?
— Ah ! vous êtes désespérant ! Enfin, docteur, si vous preniez simplement un bain de pieds, en attendant mieux ?
— C’est une idée, un bain de pieds, parfait ! Je me sauve. Je souffre trop. Au revoir. 

Le médecin allait partir quand Dumas le retint par la manche.  

 Dites-moi, est-ce que vous ne me laissez pas cinq francs pour ma consultation ?
— Estimez-vous heureux, répartit le médecin, que je ne vous fasse pas poursuivre pour exercice illégal de la médecine ! 

Curnonsky et Bienstock.

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Triomphe

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jean-nicolas-corvisart

Un jour, Jean Nicolas Corvisart se trouvant aux eaux, entend tousser dans la baignoire séparée de la sienne par une cloison. A la récidive, il croit reconnaître que cette toux indique un commencement d’affection pulmonaire.

En sortant, les deux voisins se rencontrent. Le médecin voit un homme de six pieds et taillé en athlète. Il l’aborde et lui dit :

 Monsieur, je suis médecin, s’il m’est permis de vous donner un conseil, prenez garde à votre toux. Cela ne paraît rien et pourtant elle est d’une mauvaise nature.
— Ah ! monsieur, que me dites-vous là. Je me porte à merveille.

Et, en s’en allant, l’homme grommela : 

 Voilà un médecin sans client qui serait bien heureux de s’en procurer.

Quelques mois plus tard, le docteur revint dans la même station thermale et se rappela le tousseur. Comme sa taille le rendait remarquable, il en demanda des nouvelles au garçon.

 oui, monsieur X… Nous avons su qu’il était mort la semaine dernière.
— Il est mort, mais de quoi ?
— On nous a dit d’une maladie de poitrine.

Et Corvisart de s’écrier, malgré lui :

 Eh bien, voilà des choses qui font plaisir a un médecin. 

« Almanach des coopérateurs. » Limoges, 1936.

Ces bons paysans

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medecin

— Salut ! m’sieu l’docteur.
— Bonjour, mon brave !
— Vous ne me reconnaissez pas ?
— Votre visage ne m’est pas absolument inconnu.
— Vous m’ faites honneur. C’est moi qu’a été primé pour les cochons. Monsieur Mallet, je n’vous d’mandons pas des nouvelles de m’ame Mallet, j’ai eu le plaisir d’être tout près de vous à son enterrement. J’avais été invité par Jean-Louis Mallet, votre propre neveu, un brave garçon qui se porte comme un charme. C’est pas comme ma belle-mère, qu’a toujours des suffocations.
— Prenez garde, cela peut devenir grave.
— Vous croyez ?… De fait, malgré les purges, elle maigrit, elle maigrit… c’est comme mon primé, on dirait qu’on lui a quasiment lancé un sort. Voulez-vous lui donner une petite consulte ?
— A votre belle-mère ?
— A mon cochon…
— Je ne suis pas vétérinaire.
— Vous me direz toujours ce que vous en pensez. J’avons toute confiance en vous.
— Allons !
— Comment le trouvez-vous, là, ben franchement, mon cochon?
— Bon à abattre et à enfouir au plus vite. Il est infecté de trichine, une maladie tout nouvellement observée.
— Encore une que nous devons aux chemins de fer !… On verra à voir, m’sieu le docteur.
— N’en mangez pas, surtout ! Inoculée à l’homme, la trichine fait plus souffrir que la goutte et les rhumatismes, et elle est, pour le moins, aussi redoutable que la fièvre typhoïde…
— C’est-y qu’on en meurt, parfois ?
— Souvent.
— Ça s’devine-t-il, la trichine ?
— Difficilement,à l’œil nu, quoique cinq mille trichines puissent facilement se rencontrer dans la plus petite bouchée de votre porc. Vous voilà averti !

Plus tard.

— Dis donc, la Brenet, sais-tu que notre cochon est quasiment pestilencié. Le docteur dit qu’il faut l’abattre bien vite.
— Qu’on peut tout d’ même le vendre abattu, pas vrai, not’homme ?
— Que ceux qui en mangeraient seraient en péril de crever, qu’il affirme !
— Mon doux Jésus ! C’est-y vraiment croyable ? Et ta pauvre mère qui aime tant la cochonnerie ! Si elle apprend qu’on a saigné Bastien sans lui en offrir, elle est dans le cas d’favoriser ton frère !
— C’est la pure vérité… Avec ça qu’il enœille la pièce du grand puits, le finot !
— Sans compter que par notre bail, nous devons aux nouveaux propriétaires, pour redevances, les deux jambons du premier tué de l’année ! Faut-il pas faire honneur à ses engagements, le Brenet ? Cours le saigner ! Quoiqu’en dise le docteur, il n’en sera jamais que ce que le bon Dieu décidera !

« La Vie parisienne. » Paris, 1864.

Le colis

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daumier

Un monsieur fort bien mis monte dans un wagon de première classe du Métro. Il porte un colis bien ficelé, que, pour sa facilité, il dépose dans le filet.

Au moment de descendre, il constate que son colis a disparu. Un voyageur lui fait remarquer qu’à l’arrêt précédent, une dame a ramassé tout ce qu’il y avait dans le filet.

Il y a comme ça des voleuses, explique le voyageur volé. Ça avait l’air d’un paquet de grand magasin. La femme s’est dit : « Ça doit être du crêpe de Chine. Comme ça tombe bien avec le printemps ! »
Eh bien, vous ne savez pas ce qu’elle m’a volé, cette dame ?
Non…
C’est un bras, un bras d’homme coupé !

On devine l’effroi des voyageurs à cette nouvelle. Eh bien, le voyageur n’était qu’un simple chirurgien. Après avoir coupé le bras de son client, il reportait ce membre chez lui afin de déterminer par une étude plus approfondie le cas du malade.

Mais on a peine à s’imaginer la tête de la voleuse quand elle a déballé son butin Malgré son indéfrisable, ses cheveux se seront dressés tout droits sur sa tête !

« Le Conteur Vaudois. »  Lausanne, mai 1934.
Illustration : Daumier.

Chinoiseries

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medecin-chinoisLes Chinois ne croient guère à la médecine européenne.

Si un chrétien tombe malade on lui fait avaler les drogues consacrées par la tradition, et il meurt. Si on leur demande pourquoi il n’ont pas consulté le missionnaire, docteur en médecine, il faut s’attendre à cette réponse inattendue :

Nous ne voulions pas faire de la peine au Père. S’il n’avait pas réussi à guérir le malade, il aurait eu trop de chagrin ! 

Avouez qu’on ne peut pas s’exprimer plus diplomatiquement.

« L’Aventure : journal hebdomadaire. »  Paris, 1927. 

Candeur virginale

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couvent

Nul n’est exempt de parasites, même les saintes personnes qui vivent emmurées dans un couvent. Témoin soeur Tècle, jeune novice, à l’âme pure, mais au corps souillé par la présence d’un hôte incommode qui s’était incarné en elle, l’immonde taenia solium.

L’expulsion fut décidée et, en qualité d’exorciste, fut mandé le vieux docteur, lequel ordonna une préparation à base de kousso. Vains efforts, quelques cucurbitains seuls firent preuve de bonne volonté en vidant (métaphore) les lieux. En dernier ressort, l’homme de la science déclara à la nonnette qu’il lui fallait avoir recours à la fougère mâle.

Terreur et rubéfaction de la sainte fille :

De la fougère mâle… Grand Dieu… Enfin, je demanderai une dispense.

« Le Passe-temps médical : journal des curiosités médicales. » Lyon, 1899.

Honoraire et Pignon

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docteur

« L’Universel : magazine hebdomadaire. » Paris, 1903.