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La boulangerie 

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boulangersL’antiquité n’avait pas de boulangers. On mangeait alors le blé sans préparation, comme les autres produits de la nature. Lorsque l’on eut imaginé le moyen de le moudre, on fit d’abord de la bouillie et un certain temps se passa sans qu’on fit servir la farine à un autre usage. Mais dès qu’on lui eut reconnu la plus nutritive des propriétés, on en fit du pain. Il était confectionné une heure seulement avant le repas, et les dames romaines, que cette occupation regardait, ne s’en trouvaient point dégradées. 

Ce fut en Orient qu’on commença à cuire le pain dans des fours, usage qui ne s’introduisit en Europe qu’un siècle environ avant Jésus-Christ. 

Une loi romaine défendait aux boulangers de délaisser leur profession, et, lorsque, dans les années désastreuses, ils s’étaient distingués par leur zèle, la république, pour reconnaître leurs services, élevait les principaux d’entre eux à la dignité de sénateurs. boulangerieEn France, on ne saurait préciser l’époque à laquelle se forma la corporation des boulangers. Ce fut sous Louis IX qu’Étienne Boileau, prévôt de Paris, fit publier, dans une assemblée de notables, le plus ancien règlement relatif aux boulangers, nommés alors talmetiers, du nom du talmis qui leur servait à passer la farine. C’est dans ce règlement qu’on trouve le nom de geindre, attribué pour la première fois au chef des varlets, ou aides-boulangers. Le nom de boulangers vient de la forme de boule qui fut donnée primitivement au pain. 

Sous Charles le Sage, les boulangers reçurent, pour la première fois, l’injonction de faire les pains du même poids, d’une même façon et du prix de 2 ou 4 deniers, et non au-dessus. Quant aux différentes espèces de pain, elles ne furent établies que sous le règne du roi Jean, et elles portèrent successivement les noms de pain chailli ou pain blanc, de pain coquille et de pain bis. Le poids de chacune de ces sortes de pain établissait seul la différence du prix de vente.

Mais les boulangers ayant profité des troubles survenus en France sous le règne du roi Jean, pour vendre à faux poids, Charles V, jaloux de réprimer cet abus, fit expédier une commission à deux conseillers au parlement et au prévôt de Paris. Ils étaient chargés d’expérimenter sur une certaine quantité de blé converti en farine et de farine convertie en pain. Ces expériences permirent de régler pour l’avenir le poids et le prix du pain. 

A partir du règne de Henri IV, le prix du blé ayant considérablement augmenté, les boulangers s’empressèrent encore de recourir à la fraude. Des amendes furent de nouveau prononcées contre eux. Mais cette légère répression pénale n’ayant amené aucun résultat avantageux pour l’économie domestique, on eut recours aux peines corporelles. jules blancEn 1491, trois boulangers, convaincus de dol et de vente à faux poids, furent condamnés, par sentence du prévôt de Paris, à être fustigés de verges par les carrefours. 

En 1521, la vente à faux poids avait pris de telles proportions que quatre autres boulangers furent condamnés par sentence du prévôt, que confirma un arrêt du parlement, « à être menés par des sergents depuis le Châtelet jusqu’au parvis Notre-Dame, nuds teste, tenant chacun un cierge de cire du poids de deux livres allumé, et à demander pardon à Dieu, au roy et à la justice des fautes par eux commises en la façon et au poids de leurs pains; que, pour ces faits, ils seraient conduits dans l’église et y offriraient leurs cierges pour y brûler jusqu’à ce qu’ils fussent consumés; avec injonction à tous les boulangers de faire leurs pains du poids et de la qualité requise par l’ordonnance, à peine du fouet. » 

Cette sentence fut exécutée, ainsi que beaucoup d’autres, successivement rendues à différentes époques par le Châtelet et confirmées par arrêts du Parlement. 

Aujourd’hui, le boulanger coupable de sophistication est puni de 15 à 30 fr. d’amende et de quelques jours de prison. Lorsque le décret d’abolition du monopole sera mis à exécution, il est à désirer qu’un redoublement de surveillance empêche la falsification de se produire. 

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1864. 

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