domestique

Par la lucarne

Publié le Mis à jour le

Voici de quoi désespérer : la bonne dame qui ne sut jamais rien faire de ses dix doigts ne trouve pas de domestique. 

La ville ne veut plus servir, et la campagne se hérisse d’usines qui absorbent l’activité des filles des champs. On ne rencontre guère, à présent, la solide campagnarde aux joues rondes, trapue et robuste comme un arbre, et qui, l’air ahuri, débarquait à Paris pour devenir bonne à tout faire. Du village natal, où le travail des labours lui paraissait trop rude, elle accourait vers la ville, éblouie de son luxe, tel un phalène se brûlant à la lumière. 

Puis, commençait la réalité. La campagnarde disparaissait, absorbée par la cuisine exiguë des logis citadins. Son destin grisâtre s’y enterrait. De l’aube naissante à la nuit tombée, elle assumait de lourdes lâches et chaque jour effaçait un peu du rose de ses joues. Dans sa cuisine, la fenêtre ouvrait sur l’étroite cour sale, nauséabonde de relents ménagers. Là-haut, la chambre sous le toit n’avait qu’une lucarne, encadrant un étroit morceau de ciel. 

Cette lucarne sur le toit fut la première cause de la crise des servantes, et personne n’y a jamais songé. 

Plus de servante ! Réfléchissez à ce que peut être la vie d’une créature côtoyant plaisirs et chagrins, sans y prendre d’autre part que de la rancune ou du mépris. Représentez-vous cette fille assistant aux actes d’existences variées, mouvantes, sans qu’à ce témoin muet il fût jamais demandé s’il possédait une âme, un cœur, même des yeux. Imaginez-la, cette solitude, au milieu de la maison la plus peuplée. 

Alors, quand la journée était enfin terminée, quand, les jambes rompues de fatigue, la servante remontait sous le toit, la lucarne dessinait au-dessus d’elle un petit carré étoilé. Et la solitude de la mansarde froide se peuplait. Par la lucarne entraient les souvenirs du village, les voix de la lande, les images du village aux maisons coiffées de leur chapeau de tuile s’étageant sur le coteau. La petite servante, seule tout le long du jour, entendait, le soir, les appels du pays natal. Car le plus cruel isolement est celui d’une créature  perdue parmi des indifférents, qui ne songent jamais qu’elle peut aimer, haïr, pleurer. 

Et toute cette tristesse venait de la lucarne, avec la lumière qui tombait sur la malle usée, bombant le dos, lasse aussi, semblait-il, de tous les espoirs qu’elle avait contenus et qui se trouvaient défunts depuis longtemps. 

Fanny Clar. « Floréal. » Paris, 1920.

Publicités

L’agami

Publié le

agami-trompetteCet oiseau, que l’on trouve à la Guyane, est de la grosseur d’une grosse poule et appartient à l’ordre des échassiers.

On le nomme aussi « Agami trompette » à cause des cris rauques et retentissants qu’il fait entendre. L’agami est l’auxiliaire de l’homme, au même titre que le chien. Elevé en domesticité, il reconnaît la main qui le nourrit, s’attache à son maître, le suit partout. Il cherche à se rendre utile. De garde toute la nuit, il se tient aux écoutes à la porte de la maison et surveille ce qui se passe au dehors.

Son maître lui confie parfois un troupeau d’oies à conduire aux champs. On le voit alors prendre tous les soins pour y maintenir la police. Il le dirige avec intelligence, presse la marche, fait avancer les retardataires. Si un berger n’a pas de chiens pour conduire ses moutons, il prend deux agamis qui lui en tiennent lieu et qui font le service avec un zèle admirable.

L’agami mériterait, ce nous semble, d’être acclimaté parmi nous.

« L’Aventure : journal hebdomadaire. »  Paris, 1927. 
Photo illustration : Dick Daniels http://carolinabirds.org/

Un gentleman

Publié le Mis à jour le

couple-mondain.

Une dame galante de la rue Marboeuf, Lucienne G…, rencontrait au dernier bal de l’Opéra un gentleman des plus aimables, âgé de plus de quarante ans, mais très correct, très galant.

Il offrit à Lucienne G… un souper des plus délicats, et la jeune femme qui aime le vin de Champagne en vida de si nombreuses coupes qu’elle s’endormit presque. Le gentleman, qui avait déclaré s’appeler Octave de P…, reconduisit la jeune femme à son domicile.

Quand celle-ci se réveilla dimanche soir vers cinq heures, sa domestique lui remit une lettre ainsi conçue :

Chère belle,

En moins de six mois vous avez ruiné mon ami Raoul V… Le pauvre garçon a accepté une place en Cochinchine. Sa femme et ses deux enfants vivent à Paris, dans la plus  profonde misère. Les quelques objets dont vous constaterez la disparilion serviront à procurer du pain à cette famille. 

Lucienne s’aperçut bientôt qu’on lui ayant en effet dérobé un bracelet, une broche et des brillants d’oreilles valant environ trente mille francs. Le soi-disant Octave de P…, avait laissé une barbe postiche sur la table de toilette.

Lucienne G… a fait immédiatement prévenir  le commissaire de police du quartier. On apprit quelque temps après que Mme V… (la femme de Raoul) avait reçu un billet de cent francs et ces lignes : 

« Vous recevrez chaque semaine un pareil envoi. » 

Il est vrai que Lucienne G… a ruiné M. V…

On recherche le compagnon momentané de la demi-mondaine.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.

Le café, la reine et les religieuses

Publié le Mis à jour le

refectoire-palais-royal

L’édition en un volume du Traité des dispenses du carême d’Hecquet contient quelques anecdotes que la réimpression en deux volumes (Paris, 1741) ne renferme point. Ainsi au chapitre dix de la troisième partie l’auteur, examinant la tache prétendue originelle avec laquelle le café est venu en Europe de rendre les hommes « impropres » et les femmes infécondes, rapporte :

Une reine de Perse, ne sachant ce qu’on voulait faire d’un cheval qu’on tourmentait pour le renverser à terre, s’informa à quel dessein on se donnait et à cet animal tant de mouvements. Les officiers firent honnêtement entendre à la princesse que c’était pour en faire un hongre.

« Que de fatigues, répondit-elle. Il ne faut que lui donner du café ! »

Elle prétendait en avoir la preuve domestique dans la personne du roi son mari, que le café avait rendu indifférent pour elle. Comme l’ouvrage en question se lisait au réfectoire de Port-Royal, ce trait scandalisa les religieuses. Aussi Hecquet s’empressa-t-il de retrancher le passage dans son édition en deux volumes.

« Hier, aujourd’hui, demain. » Paris, 1923.

Les bottes

Publié le

domestique

Un domestique nouvellement engagé apporta le matin à son maître une paire de bottes, dont l’une était à longue et l’autre à courte tige.

Que diable fais-tu donc là ? lui dit le maître, tu m’apportes des bottes dépareillées.

Cela m’a paru étrange aussi, monsieur; mais qu’y puis-je ? l’autre paire qui est là dehors est tout aussi dépareillée.